TROISIÈME PARTIE. LIVRE II. CHAI». II
On peut procurer au pauvre des fournitures à un prix réduit, sans faire un sacrifice pécuniaire égal à celui qu’on lui épargne; car on opère alors sur de plus grandes quantités par approvisionnernens, et on obtient ainsi des marchés plus avantageux ; on soigne aussi les qualités mieux qu’il ne le ferait souvent; on lui évite d’être trompé [1].
Ce mode d’assistance a ses limites; il ne peut s’appliquer qu’à des demi-indigens : car il suppose à ceux qui en profitent, des ressources personnelles suffisantes pour acheter. Il pourrait donner lieu à quelques abus : si l’accès des magasins de vente à un prix réduit n’était pas exclusivement réservé aux indigens, une perturbation fâcheuse serait apportée dans le commerce ordinaire qui débite les objets analogues ; le taux naturel des salaires pourrait en être affecté, l’activité des ouvriers serait ralentie. Les boutiques où se débitent des alimens préparés, si elles sont placées à de trop grandes distances, feront perdre un temps précieux aux indigens ; la réunion d’un grand nombre d’indigens sur un même point peut avoir quelquefois des conséquences fâcheuses, surtout pour les enfans ; ces boutiques remplacent le repas de famille, qui a aussi son économie, et qui surtout entretient les affections domestiques.
Il est certains effets mobiliers qui peuvent être prêtés aux indigens pour un temps plus ou moins long, comme les lits, les meubles, les ustensiles, le linge : ce sont ceux qui sont susceptibles d’une certaine durée. Ce genre de prêt offre, à quelques égards, des avantages analogues à ceux des distributions à prix réduit; il en a aussi qui lui sont spécialement propres.
Le prêt d’un effet confié 'a l’indigent ménage mieux sa dignité, que l’abandon qui lui en serait fait gratuitement; l’indigent sent mieux l’obligation qu’il a contractée ; il est tenu par devoir à conserver ce qui lui a été remis, et tout accomplissement de devoir est utile ; cette responsabilité le ramène aux idées sérieuses. II est sollicité à améliorer sa situation, pour obtenir
[2] C’est dans cet esprit qu’ont été établies ces boutiques de village, si multipliées en Angleterre depuis quarante ans. On y débite non-seulement des substances alimentaires de tout genre, mais encore des vétemens, du charbon, de la chandelle, du savon, etc. \oyez les Rapports de la société de Londres, pour améliorer le sort des pauvres, n. 2, 18, 76, 81.
Des boutiques de vente à prix réduit pour les pau-
son indépendance, et pour posséder en propre ce dont il est redevable à autrui. Il y a d’ailleur des choses qui ne lui sont nécessaires que d’une manière momentanée, comme un approvisionnant extraordinaire de linge, en cas de maladie.
Ce système est plus conforme à la règle fondamentale des secours, laquelle veut que le secours ne soit donné que dans la forme et la quantité indispensables. Or, pour un effet mobilier qui se conserve, le pauvre n’a besoin que de l’usage, non de la propriété même.
Enfin, ce système offre le moyen d’assister beaucoup plus abondamment et un plus grand nombre d’indigens, avec la même dépense.
II exige, il est vrai, des soins, des précautions, de la vigilance; rien ne se fait de bien, en matière de secours, qu’en prenant beaucoup de peine. Il ne suffit pas de marquer les effets d’un timbre pour les signaler et les reconnaître; il faut prendre garde qu’ils ne soient détruits, endommagés, aliénés. Cela même conduit à mieux s’assurer de la moralité des pauvres, à la surveiller de plus près, et c’est encore un effet utile qu’on en recueille.
Des secours ordinaires et généraux.
De tous les besoins du malheureux, la faim est le plus urgent; l’idée la plus naturelle qui se présente, dans la distribution des secours à domicile, est donc d’offrir du pain à l’indigent.
Toutefois, d’autres considérations viennent ici s’offrir à la pensée de l’ami de l’humanité. Ce qu’il faut à un malheureux, ce n’est pas seulement un aliment; c’est souvent un bon régime de vie. Si sa santé est débile, il lui faut une
vres, sont ouvertes aussi dans la plupart des villes de l’Allemagne et de la Suisse. On y vend des comestibles, des combustibles ; souvent les pauvres sont admis à prendre dans une salle voisine, leur modeste repas, avec les alimens qu’on leur a préparés. Ces alimens sont variés, pour avoir égard aux exigences des santés débiles. — A Berne , le magasin reçoit les vieux habillemens, et les fait rétablir.