DU CHAUFFAGE
pourrait l’avilir à ses propres yeux , aux yeux d’autrui; il y a, même au sein de l’indigence, une certaine tenue indispensable au maintien de la dignité humaine. Le pauvre doit pouvoir se présenter sans rougir à ceux avec lesquels il traite, auprès desquels il peut trouver de l’emploi.
1 Sans doute il ne suffit pas, pour atteindre ce but, des libéralités accordées à l’indigent. 11 faut aussi et surtout son concours personnel, pour lui faire prendre une mise décente; pour lui faire conserver, entretenir les effets à son usage; mais c’est encore un avantage, en donnant au pauvre des vêtemens convenables, que de lui imposer ainsi l’obligation de soigner ce qu’il a reçu, d’observer les convenances, et de lui enseigner ainsi indirectement et l’esprit d’ordre et le respect qu’il se doit à lui-même : c’est en même temps une épreuve salutaire.
La nécessité de renouveler ses vêtemens, à l’entrée de l’hiver, a, pour le pauvre, l’inconvénient de toutes les dépenses qui ont lieu par sommes agglomérées. Pendant la belle saison, il respire; il détourne les yeux de celle qui doit lui succéder. La société récemment établie à Londres, pour la visite des pauvres, a organisé un moyen fort ingénieux pour lutter contre cet inconvénient. Elle admet et encourage le pauvre à déposer d’avance la modique somme d’un penny, à des époques fixes et fréquentes, en se munissant de la recommandation d’un bienfaiteur qui joint 2 sous 6 deniers à chaque penny versé par le pauvre. Ce dépôt conservé à la caisse d’épargnes, portant intérêt, est employé à vêtir le pauvre à l’entrée de l’hiver. L’indication des vêtemens qui lui sont nécessaires est donnée au commencement d’octobre, et les vêtemens sont délivrés le 1er décembre [i].
Du chauffage.
Deux choses ici doivent occuper la sollicitude de l’ami du pauvre : le choix du combustible, le choix de l’appareil de chauffage, et l’un doit se trouver en relation avec l’autre. Parmi les appareils, on donnera la préférence à ceux qui réuniront à-la-fois l’avantage de répandre la
[i] Voyez le plan d’opérations de la General society for promoting district visitiny. Londres, 1815,
chaleur, et celui de pouvoir servir en même temps aux usages domestiques. L’appareil le plus économique est celui qui est formé avec les matériaux les moins coûteux, construit de manière à consumer la fumée le mieux possible, et à éviter toute déperdition de chaleur. Les conditions de ce genre d’appareil ont aussi occupé Rumpford [2]; M. Bouriat, l’un de nos plus zélés philanthropes, les a remplies par un fourneau en briques, portatif, et du prix le plus modique. On voit avec regret se dissiper en plein air, dans nos villes, une énorme quantité de chaleur, qui se perd au-dessus des toits. Pourquoi les architectes, lorsqu’ils construisent nos maisons, n’imaginent-ils pas une manière de faire profiter au malheureux qui gèle de froid dans les combles, la chaleur qui s’exhale, avec la fumée, de la cheminée du riche logé dans les étages inférieurs?
On a imaginé dans quelques villes, d’ouvrir, pendant l’hiver, des chauffoirs communs, où les indigens se réunissent pendant le jour: on en réchauffe ainsi un grand nombre à peu de frais. Cette combinaison toutefois ne peut être utile qu’à une certaine classe d’indigens, à ceux qui peuvent sans inconvénient passer la journée hors de chez eux, à ceux qui n’ont pas d’occupation obligée; elle offre peu d’avantages pour les membres d’une famille, lorsque le ménage entier ne peut en profiter, et qu’il conserve un foyer domestique. L’établissement des chauffoirs communs exige beaucoup de soins, pour y entretenir la propreté, pour y renouveler l’air. Il importe de n’v admettre que des indigens d’une moralité connue. La difficulté de remplir ces conditions a fait plus d’une fois échouer les tentatives faites pour offrir aux pauvres ce genre d’assistance.
Lorsque plusieurs familles d’indigens habitent sous le même toit, elles peuvent se réunir, à la faveur du voisinage, pour profiter en commun du même foyer, de la même lumière, et elles obtiennent ainsi une économie sensible, en même temps qu’elles peuvent se rendre de mutuels services. Puissent-elles aussi, dans ces réunions, n’y donner , n'v rencontrer que de bons exemples !
A Stuttgard, les indigens ont la permission de se reposer et de se chauffer pendant une heure dans les corps-de-garde.
page 16. — 0] Voyez le quatrième Essai, chapitres I. 2 et 3.