‹ De la bienfaisance publiqueChapitre 283 sur 450 · TROISIÈME PARTIE. LIVRE II. CHAP. H · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE. LIVRE II. CHAP. H

Du mobilier.

Indépendamment de son utilité directe, le mobilier est nécessaire pour que le pauvre puisse trouver facilement à louer un logement, et ne le paie pas à un prix trop élevé. La possession d’un mobilier donne au pauvre le sentiment et le goût de la propriété, lui impose quelques soins, l’exerce à la prévoyance, lui donne l’esprit de conservation. Le mobilier est la condition de l'existence d’un ménage, et, par conséquent, de cette vie de famille qui est si consolante et si avantageuse pour le pauvre. A l’aide d’un petit mobilier, plusieurs indigens veufs ou célibataires pourront se réunir pour former en commun un ménage, et vivre ainsi plus économiquement.

Le comte de Rumpford avait imaginé un lit portatif fort simple, de l’entretien le plus facile; qui pouvait se redresser pendant le jour, et prendre la forme d’un siège; où l’air encaissé à l’aide d’une toile tendue faisait la fonction d’un matelas, et qu’on pouvait établir à très-bon marché. On dormait fort bien sur cette espèce de lit de camp; on n’a pas réussi à en faire adopter l’usage. On reconnaît aujourd’hui que l’air peut remplacer avec avantage la laine et le crin, dans les matelas ; mais les riches seuls commencent à user d’un procédé qui conviendrait encore plus au pauvre. A défaut, la paille, surtout la paille de maïs, pourvu qu’elle soit fraîche, est le meilleur coucher pour l’indigent, non-seulement par rapport à l’économie, mais aussi par rapport à la salubrité.

Les tissus imperméables, si l’on parvenait à les établir à bon marché, pourraient remplacer avec avantage les couvertures de laine.

Du logement.

Lecteur ! avez-vous quelquefois visité la demeure du pauvre ? Avez-vous pénétré dans cette ruelle étroite et obscure, avez-vous mis le pied

[î] En 1831 , une association charitable de Paris découvrit un père de famille, qui, avec trois enfans en bas âge, dont un encore à la mamelle , ayant tout perdu par un incendie, s’était trouvé réduit à chercher avec sa famille un réfuge dans une carrière à plâtre vers la

dans cette maison dégradée de vétusté, gravi cct escalier sombre, escarpe, pour arriver à un réduit elevc, presque inaccessible, et qui ressemble plutôt a je ne sais quel antre, quel repaire , qu a une habitation humaine? Oucl spectacle s’est alors offert à vous! et ce tableau s’effacera-t-il jamais de votre mémoire? Tantôt une privation presque entière d’air respirable et de jour, une odeur infecte ; tantôt un séjour mal clos, qui laisse accès au vent, à la pluie; un espace tellement restreint que la famille y est comme entassée; qu’à peine pouvez-vous y trouver place. Tout y est noir; tout tombe en ruines. Peut-être l’un des membres de la famille est-il gravement malade; peut-être il vient d’expirer ! C’est encore là que ses derniers restes attendront l’heure de la sépulture , sans que ceux qui lui survivent aient un autre refuge! Grands Dieux ! que de calamités dans une seule ! Comment la santé de l’indigent résisterait-elle à l’influence d’un tel séjour? Comment le découragement et la tristesse ne mineraient-ils pas ses forces ? Comment, dans un tel gîte, se livrer à un travail productif? Comment de pauvres petits enfans s’élèveront-ils, croupissant dans une semblable atmosphère?

En cependant, qui le croirait? le lover d’un misérable galetas, dans nos villes, est pour le pauvre d’un prix exorbitant ; le loyer devient l’une des principales causes de la ruine du pauvre, l’une des principales difficultés de sa position. La crainte qu’a le propriétaire de ne pas être payé, le porte à exiger un prix de location plus élevé. Si le pauvre ne peut, en effet, s’acquitter au terme, il est expulsé ; le peu de meubles qui lui restaient sont vendus ; le voilà sans asile.

Sans asile! Oui, souvent telle est l’extrémité à laquelle l’indigent est réduit [î] ; telle est celle vers laquelle il gravite sans cesse, s’il n’est pas assisté avec un soin convenable. Voilà les confins par lesquels l’indigence touche au vagabondage.

L’administration des secours publics répugne cependant à comprendre le paiement des loyers au nombre des secours à domicile qu’elle applique, et quelquefois même se l’interdit, il est

barrière de Bussy. Il y vivait depuis quinze jours, se nourrissant de chair de cheval, et se dépouillant le soir de ses vétemens , pour en couvrir ses enfans... 11 suffit de cet exemple.

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