TRAITEMENT DES MALADES A DOMICILE
vrai que ce genre d’assistance ne doit être employé qu’avec beaucoup de discernement et sous certaines précautions, parce qu’il peut devenir un abus, et l’on a raison, par conséquent, de ne point l’admettre , lorsqu’on n’est pas en mesure d’y apporter l’attention convenable.
N’y aurait il pas au reste divers moyens d’améliorer indirectement le logement du pauvre?
Il est dans nos villes certains quartiers qui semblent spécialement destinés à devenir le séjour des misérables. Ce sont toujours les plus insalubres, ceux où règne le moins de propreté, qui jouissent le moins des bienfaits de l’eau , de l’air et du jour. C’est déjà en soi un grave inconvénient, que cette agglomération des indigens sur un même point. Les mauvaises habitudes y deviennent facilement contagieuses; les indigens se familiarisent trop avec une situation qu’ils doivent tendre à améliorer; ils se trouvent trop éloignés de leurs protecteurs ; le patronage, la surveillance deviennent plus difïiciles;on a plus de peine à spécialiser les secours; l’indigence s’isole trop ; elle est en quelque sorte séquestrée ; elle tend à former une caste à part ; le mécontentement s’y propage; les riches oublient plus aisément son existence et scs douleurs.
L’administration publique aurait, dans son ressort, diverses mesures pour faire disparaître ces espèces de cloaques de la misère; la bienfaisance individuelle aurait aussi des moyens simples et sûrs pour distribuer les indigens dans les diffère ns quartiers. Jadis, avant la construction des casernes, chaque habitant des villes avait la charge des logemens militaires ; la bienfaisance des riches ne pourrait-elle s’imposer celle du logement des pauvres? Qu’en coûteraitil pour réserver, dans des maisons spacieuses, un gîte modeste pour un pauvre honnête, sauf même à en exiger un prix modéré de location? Le pauvre alors obtiendrait plus encore qu’un asile; il aurait un patron.
Un ami de l’humanité a conçu parmi nous l’idée de faire construire des édifices ad hoc , qui seraient spécialement destinés à servir d’habitations aux indigens. La distribution des lieux y serait faite en conséquence; on y réunirait toutes les conditions hygiéniques, en même temps que celles que recommande l’économie. Cette idée, sous un aspect, est fort plausible. Mais on y trouve les inconvéniens qui accompagnent toute agglomération des indigens : leur séquestration du reste de la société.
Des secours spéciaux .
Du traitement des malades à domicile.
Il n’est aucune situation qui, plus que celle du malade indigent, ait droit aux sympathies des amis de l’humanité : en guérissant la maladie on guérit aussi souvent l’indigence elle-même; on en prévient le retour. Mais il n’est pas aussi d’assistance qui demande des soins plus attentifs, plus économiques.
Malheureusement, faute d’être prises à temps, les maladies des pauvres contractent souvent un caractère de gravité qu’il eût été facile de prévenir; et, faute d’être bien traitées, elles dégénèrent souvent en affections chroniques qui ruinent à-la-fois la santé et les ressources.
Il faut supposer que le pauvre occupe un logement sain, suffisant; qu’il a un lit séparé ; qu’il n’est pas isolé. Car ces trois conditions au moins sont nécessaires pour qu’il puisse être, en cas de maladie, traité à domicile.
Alors le premier des secours doit consister dans les conseils des hommes de l’art.
Nulle part elle ne se montre plus noble et plus belle , la mission conférée par la Providence à l’art de guérir, que dans le soulagement qu'il apporte aux souffrances du pauvre. On aime à le reconnaître, à le proclamer : les hommes qui exercent ces nobles professions se montrent généralement dignes de la mission de bienfaisance qu’elles leur offrent l’occasion de remplir. Au milieu des fléaux qui , pendant ces dernières années, ont frappé une portion de l’Europe , ils ont acquis des droits éternels à la reconnaissance de l’humanité.
Le médecin du pauvre doit réunir à l’instruction généralement exigée de ceux qui exercent la profession médicale, une expérience spéciale des maladies propres aux indigens. Il doit réunira un grand désintéressement, une bonté sincère, une grande patience; il découvrira ce que son malade ne sait pas lui expliquer; il pénétrera le secret des causes morales qui souvent aggravent le mal ; il aura à triompher de plus d’un préjugé , de plus d’une résistance.
La crédulité, compagne de l’ignorance, n’exerce jamais plus d’empire que sur les ma-
lades. Les malades de la classe indigente se fient aveuglément aux charlatans, et repoussent les conseils des hommes éclairés. On fera déjà beaucoup en les arrachant aux vendeurs de remèdes secrets , en les préservant des poisons des empiriques.
11 y avait, dès l’antiquité , dans la plupart des villes de la Grèce, des Archiâtres, médecins publics, qui, moyennant un traitement reçu du trésor de 1 état, assistaient gratuitement les malades pauvres; cette institution s’est perpétuée, comme nous 1 avons vu , en Italie, et s’est reproduite en diverses contrées de l’Europe. Elle devrait être universelle, elle devrait surtout être générale dans les campagnes où les malades sont moins à portée de recevoir d’utiles conseils. L’intervention de l’autorité publique dans le choix de ces médecins, après des épreuves suffisantes, garantira leur capacité et leur zèle.
Lorsque le malade n’est point alité, rien n’est plus facile que de lui offrir les avis dont il a besoin, par une consultation gratuite. Que des consultations fie ce genre soient donc aussi multipliées qu’il est possible ; qu’elles aient lieu sur tous les points , tous les jours, dans les hôpitaux et hospices, aux dispensaires, dans les maisons de secours, à la demeure des médecins euxmêmes; qu’elles accompagnent aussi les cours de clinique. Notre célèbreDupuytren ne donnait pas moins de trente consultations gratuites, à la suite de chacune de ses leçons. Qu’un registre exact soit tenu des malades qui y auront eu recours, des cas pour lesquels ils s’y seront présentés , des prescriptions ordonnées , de l’effet obtenu, et que leS expériences comparatives, tirées de ces registres, soient classées et résumées de manière à répandre sur l’art lui-même de nouvelles lumières. Elles enrépandront aussi sur les habitudes et les mœurs du pauvre.
Les consultations gratuites soulagent sans frais, cent fois, mille fois plus de malades que les hôpitaux ne pourraient en contenir. Elles conviennent surtout à ces affections morbifiques si communes chez les pauvres et nées souvent d’un mauvais régime de vie, qui n’empêchent point l’homme laborieux de continuer l’exercice de sa profession. Elles rendraient un service im-
[i] On trouvera d’excellentes dispositions dans le réglement établi à Copenhague, dès 1792, et dans celui qui a été mis en vigueur à Hambourg, pour le service médical des malades à domicile. Elles embrassent dans son véritable esprit la mission du médecin des pauvres.