SECOURS AUX VIE1ELARDS ET INCURABLES
Sont sortis, en 1838, des hôpitaux de Paris,
convalescens 50,076
Sur ce nombre, n’avaient pas droit au secours, parce qu’ils avaient séjourné moins de5 jours dans les hôpitaux 19,875
Restaient 50,201
Sur ce nombre , ont été adressés aux bureaux de bienfaisance , sur les rôles desquels
ils étaient inscrits , et secourus par ces bureaux 2,780
N’étaient pas domiciliés à Paris. . . 1,868 I
N’ont pas été trouvés au domicile indi- > 9,797
qué 2,774 l
Ont refusé le secours 2,575 !
Demandes examinées 20,404
Secours accordés 15,328
Les autres demandes ont été rejetées, parce que les convalescens ont été reconnus être sans droits à l’assistance.
Les secours ont consisté, savoir :
En argent
Pain
! Viande crue
Viande cuite
Bouillon
Layettes et demi-layettes. .
Objets d’habillement , outils, etc
. . . fr. 54,907 95 26,698 94 6,836 80 ]
La moyenne a été de 9 53
11 convient de remarquer que 404 convalescens n’ont pas retiré le secours qui leur a été accordé malgré l’avis qu’ils en ont reçu [i].
Secours aux vieillards et aux incurables.
Ici, l’ami du pauvre est moins exposé à être trompé sur la réalité du titre en vertu duquel le secours est sollicité; en présence du vieillard,
de celui qui est privé de ses sens ou de l’usage de ses membres, un sentiment de respect s unit à la compassion. On voit des besoins augmentés, des ressources réduites, souvent une absolue impuissance.
Cependant, une investigation attentive est encore nécessaire pour déterminer l’étendue des besoins, et celle des ressources [2] : elle doit embrasser surtout les relations du vieillard ou de l’infirme avec les personnes qui sont appelées à l’aider, par la voix des affections ou les liens de la nature.
Mais, lorsqu’un vieillard, un incurable, ou un aveugle, peuvent encore être plus ou moins utiles aux autres et à eux-mêmes, il convient qu’ils rendent, en effet, tous les services dont ils sont capables.
Une grave considération morale se présente ici à la pensée de l’ami du bien.
La présence des vieillards, au sein de la société humaine, est, dans les desseins de la providence, un enseignement qui doit porter ses fruits, une source d’obligations imposées aux familles.
La présence des vieillards doit enseigner ce sentiment de respect, si nécessaire au maintien des bonnes mœurs; il faut pour cela, d’une part, qu’eux-mêmes se montrent respectables ; d’un autre côté , qu'ils obtiennent les égards qui leur sont dus.
C’est un spectacle affligeant et funeste, que celui de la vieillesse affaissée, humiliée sous le poids de la misère. C’est un spectacle plus affligeant et plus funeste encore, que celui de la vieillesse dégradée par le vice.
Patrons du pauvre ! employez donc tous vos efforts , pour sauver la vieillesse indigente de l’avilissement auquel elle pourrait s’exposer par ses propres fautes. Préservez-la de ces vices qui , pour ('Iles, succèdent malheureusement quelquefois aux passions d’un autre âge! Déjà, en lui conservant ou en lui créant des occupations, vous la protégerez contre ce péril , vous entretiendrez son activité, vous lui conserverez plus de dignité et d’indépendance. Veillez ensuite à
[1] Cette expérience est d’autant plus curieuse , que l’exemple qui en résulte est jusqu’à ce jour unique en Europe; elle a eu lieu en même temps sur une échelle fort étendue ; elle fournit une instruction positive sur la position , à leur sortie des hôpitaux , des personnes qui y ont recouru pour être traitées en maladie.
0] Mais, si l’on n’est pas trompé sur l’âge, on peut être
trompé sur la réalité des besoins. Le comte Folchino Scbizzi cite un vieillard nonagénaire, qui avait sollicité et obtenu d’être inscrit à Crémone sur le rôle des indigens, et qui fut reconnu posséder des sommes considérables ( Introduction au Visiteur du pauvre , p. xxxiv). L’auteur du présent ouvrage a connu personnellement trois cas semblables.
ce qûe ceux qui l’entourent lui rendent les égards, les soins qui lui sont dus; faites-leur comprendre que cet hommage rendu aux cheveux blancs est une bénédiction répandue sur ceux qui s en acquittent ! Combattez, détruisez, flétrissez cet odieux égoïsme qui voit un fardeau dans les devoirs à remplir envers elle ! Appelez donc la famille à payer ici la dette de la reconnaissance ; encouragez-la , s’il le faut, en vous associant à elle! mais bornez-vous à fournir le supplément d’assistance nécessaire ; un secours en argent servira quelquefois à obtenir ce but ; il a d’ailleurs moins de danger pour les pauvres âgés et infirmes, qui sont moins tentés d’en abuser. Mais , prenez garde de le remettre toujours directement au vieillard ou à l’infirme, et de ne pas accroître sa dépendance , en le mettant à la discrétion de ceux qui l’entourent !
De hautes considérations morales viennent encore s’unir aux vues de la bienfaisance, dans l’assistance offerte aux femmes et aux enfans ; elles la dominent; elles lui ouvrent une nouvelle carrière. Si l’appui de la bonté est dû principalement à la faiblesse qui ne peut se protéger elle-même, une tutelle de l’ordre le plus relevé doit assurer les secours de la raison et de la vertu, aux êtres environnés des périls de la corruption et de l’ignorance, et pour lesquels la pauvreté accroît encore ces périls.
C’est de ce point de vue que doit être, à notre avis , déterminée la direction des secours en faveur de ces deux classes d’indigens.
Les deux ordres de secours qui s’y rapportent ont une liaison naturelle.
C’est une règle sage , de n’admettre une famille au rôle des secours matériels , comme chargée d’enfans, que lorsqu’elle compte au moins trois enfans en bas âge. Avec ce nombre d’enfans, elle ne doit même y être admise que par exception. Mais, cette limite cesse d’être nécessaire, s’il s’agit de faciliter l’admission gratuite ou semi-gratuite des enfans à la salle d’asile, à l’école, ou de favoriser leur apprentissage.
En rendant ces divers services aux enfans, suivant leur âge, on se trouvera le plus souvent dispensé de fournira la famille des secours matériels.