CHEZ LES ANCIENS
rer, panser, traiter les malades et les blessés.
Un trait qui nous est cité par Tite-Live [4] fait bien connaître toute l’étendue des secours qu’offrait à l’infortune, l’hospitalité privée. Lorsque, l’an 28 de notre ère , 50 mille personnes périrent ou furent blessées par la chute de l’amphithéâtre de Fidêne , les blessés furent transportés, suivant V usage ancien, dit l’historien , dans les maisons des principaux citoyens, et y reçurent l’assistance des médecins, les remèdes et les soins convenables.
A certaines époques solennelles, le devoir de l’hospitalité recevait même une extension illimitée. Pendant la célébration des lectisternes , les habitations restaient ouvertes; on y admettait, sans distinction , les gens connus ou inconnus [5].
Le Cynosarge d’Athènes, ancien temple dédié à Hercule, placé au-delà de l’ilissus, à peu de distance de la porte du devant, fut ensuite destiné à recevoir le dépôt des eufans illégitimes. Ils y étaient nourris, élevés aux frais de la république. Ils étaient ensuite appelés à la servir [e]. L’état adoptait aussi les orphelins dont les pères avaient succombé en défendant la patrie.
Ces divers genres d’établissemens, combinés entre eux, répondaient, quoique d’une manière imparfaite sans doute, aux nécessités du malheur, dans l’état de la société, telle qu’elle existait alors.
Dans l’église primitive elle-même, et pendant le premier âge du christianisme, les hôpitaux ne se formèrent pas encore; ils eussent été inutiles. La maison de tout chrétien était ouverte à tout frère; ils partageaient entre eux, suivant les ressources de l’un et les besoins de l’autre. Il n’y avait pas d’hôpitaux , parce qu’il n’y avait pas de pauvres [7]. Le même phénomène se reproduit de nos jours, dans quelques congrégations religieuses. La maison des évêques et des prêtres était un asile ouvert aux pauvres et aux étrangers; leur table elle-même était commune aux hôtes qu’ils y recueillaient [s]. St. Jean Chrysostôme nous apprend que la nécessité
[5] Ibid, liv. 5, chap. 13.
[6] Suidas, au mot Kgnocargos.
[7] Dividebatur singulis, prout cuique opus erat . neque quisquam inter illos egenus erat (Act. apost. iv, 15, 35.) — Saint Justin, martyr, Apologet. 11.
[s] Thomassin, Fétus et nova eccles. discipl. part. 1, lit). 2, cap. 89.
d’instituer des asiles publics ne s’est fait sentir que lorsque la charité a commencé à se refroidir. Il fallut bien suppléer par des élablissemens collectifs, aux ressources que ne fournissaient plus suffisamment la bienfaisance individuelle, et chercher, dans le caractère durable de ces élablissemens, une perpétuité , une sécurité, qu’on ne trouvait plus dans les œuvres des particuliers. Le génie de la religion fit germer cette pensée dans quelques âmes généreuses, et créa, comme autant de monumens , ces asiles où la charité se montre vivante [i].
La mission de la charité s’étendait en effet à mesure que, frappé dans son principe parle christianisme, l’esclavage se renfermait dans de plus étroites limites, et que les affranchissemens, en se multipliant, étendaient la classe des prolétaires. Le pauvre , au lieu d’aliéner sa liberté, recourut à l’assistance d’autrui , et l’abondance même des secours encouragea l’empressement à en profiter. Le christianisme d’aiileurs était de préférence embrassé parles malheureux auxquels il offrait à-la-fois et des consolations célestes et une protection sur la terre.
Fondation des premiers établissements hospitaliers.
Les premiers asiles ouverts par la charité chrétienne furent destinés à recevoir les étrangers voyageant par un motif de piété, les pèlerins (peregrini) . Tels furent, et celui que, sous la protection de l’empereur Constantin , le prêtre Zotique fonda à Constantinople, dans un vaste édifice ; et celui qu’en 370, saint Basile fit construire près de la ville de Césaréc, enCappadoce , avec une rare magnificence. C’était, comme on le voit, une sorte de continuation de l’hospitalité antique, un intermédiaire entre les institutions des âges précédons , et celles des âges modernes. L’un des premiers dignitaires de chaque église était chargé d’exercer envers les étrangers le devoir de l’hospitalité. Il était désigné chez les Grecs , par le nom de xénodo-
[1] Saint Jean Chrys.,/« meth. xxvn,10; homél.85.
[2] Ad ncceanuni; de Fabiola ; in epitaphium Fa biolœ.
[3] Feu M. Montez, de l’Académie des inscriptions, a montré que cette fondation fut le premier exempte d’un