MODIFICATIONS DES ÉTABLISSEMENTS HOSPITALIERS
forifé ecclésiastique en prenait la direction, mais ne les dotait pas. Leurs ressources dérivaient des dons de leurs fondateurs, ou des libéralités des fidèles.
Quelquefois les ordres religieux érigeaient eux-mêmes les asiles du malheur; d’autres fois, ils étaient appelés à les desservir. Le concile d’Arles, en 1240, avait même prescrit ce mode de service, comme une règle générale.
Les chapitres s’étaient aussi imposé le devoir de l’hospitalité envers les pauvres. L’un de leurs dignitaires portait le titre d liospitalarius, et en remplissait les fonctions [1] . On en vit qui érigeaient, à leurs frais, des asiles, et qui se chargeaient en même temps de soigner les malades.
Plusieurs confréries se vouèrent au même service; quelquefois même, elles érigèrent, à leurs frais, des asiles charitables. A l’époque du jubilé, en 1500, une confrérie dédia à saint Roch et à saint Martin, un hôpital formé à Rome, et bientôt après agrandi par les dons du cardinal Salviati. En général, au moyen âge, les maisons hospitalières étaient desservies par des communautés religieuses, composées de prêtres ou de laïques.
/ icissitudes subies par les établissemcns hospitaliers, vers la fin du moyen âge.
Les institutions fondées par l’inspiration des senlimcns les plus purs et les plus élevés n’en sont pas moins sujettes à s’altérer ; plus l’œuvre qu’elles ont entreprise est grande, difficile, héroïque, et plus elles ont besoin d’entretenir l’esprit qui les vivifie. Déjà, dès les premiers siècles de l’église, plusieurs conciles, et entre aulrcs celui de Chalcédoine [2], et le troisième de Tolède [3] furent contraints de rappeler aux évêques, la destination marquée aux biens déposés dans leurs mains; au ve siècle, ils durent faire des revenus ecclésiastiques quatre parts, dont l’une était affectée au soulagement des pauvres [4],
Les conciles, dans les siècles suivans, ne cessèrent point de montrer cette sollicitude en faveur des établissemcns hospitaliers. Celui d’Aixla-Chapelle recommande l’emploi fidèle des
[i] Thomassin, Discip. eccles., lre partie, liv. l«r5 chap. 90. —[2] Canon 20. [3] Canon 26.
fonds qui leur sont destinés. Le concile de Paris, en 1212, en règle le régime et la discipline. Cependant on voit, en 1240, le concile d’Arles se plaindre de ce que les biens sont détournés par les administrateurs. Celui de Ravcnnes, en 1511, s’élève contre les laïques qui se sont emparés de ces asiles sacrés. Au célèbre concile de Vienne, sous Clément v, l’évêque Durant retrace le tableau de leur décadence ; il gémit de ce qu’ils ont dégénéré, de ce que leur service est négligé; il en provoque la restauration; il propose d’en augmenter le nombre ; la célèbre constitution Clémentine est rendue, pour remédier aux abus, pour en prévenir le retour.
D’une part, entre les mains des ecclésiastiques chargés de les diriger, les maisons hospitalières se convertissaient en bénéfices : le. concile de Vienne réprime cet abus, et appelle pour ce motif les laïques à leur administration.
D’un autre côté, sous l’influence du régime féodal, et sous la gestion des laïques, ces établissemens tendaient à se convertir en fiefs, et cet autre abus est réprimé par les ordonnances de nos rois [5].
Au commencement du xvie siècle, le concile de Bologne répète le même blâme. Il signale et censure la négligence et le désordre par l’effet desquels les biens des asiles charitables ont été dissipés; il proclame la nécessité de restaurer et de réformer ces établissemcns; il recommande d’en ériger de nouveaux pour les pauvres de tout âge et de tout sexe.
Les ordres religieux eux-mêmes, qui s’étaient dévoués avec tant de zèle au service des maisons hospitalières, dégénéraient aussi quelquefois, ou, sous l’influence des mœurs et des temps, changeaient d’esprit eide caractère. Tantôt les maisons hospitalières se transforment en abbayes, comme il arriva de celle d’Albrac, dans le Rouergue ; ou en commanderies, comme on le vit pour les nombreux établissemcns des frères de la Croix, qui furent ensuite détruits en IGoG. Tantôt les désordres, l’inconduite, les dissensions forcent de supprimer ces congrégations, ainsi qu’on le raconte des congrégations d’hommes fondées à Abbeville et à Beauvais, vers la fin du xm0 siècle. Toutefois, et ceci est digne de remarque, cette décadence, ces abus ne se manifestent que dansles ordres religieux d'hommes; à peine, parmi ceux qui sont composés de
[4] Thomassin, ibid. part. 5, liv. 2, chap. 13.
[5] Ibid., Ibid ., part. 1, liv. 2, chap. 90.