TROISIÈME PARTIE. LIVRE III. CIIAP. I
femmes, en signale-t-on quelque exemple.
Une partie de ces institutions s’éteignit, après une existence plus ou moins prolongée.
Les ordres religieux d’hommes voués au service de l’hospitalité se convertissent aussi fréquemment en ordres militaires. C’était à l’époque où l’esprit de la chevalerie s’associait à l’enthousiasme religieux. Les ordres célèbres de Saint-Jean de Jérusalem en donnent le premier exemple. Un hôpital de Saint-Jean-l’Aumônier avait été érigé à Jérusalem, par des marchands d’Amalfi ; bientôt les hospitaliers de Saint-Jean - Baptiste furent fondés par Gérard, en 1115, sur ce théâtre de luttes acharnées avec les musulmans ; ils ceignirent l’épée, pour joindre le service militaire au service des pauvres.
Cette milice religieuse était l’image vivante de l’esprit du temps, comme elle naissait des circonstances locales. Les Templiers marchaient a sa tète; les hospitaliers de Saint-Lazare, en se dévouant au service des lépreux, suivirent leurs traces, et devinrent des chevaliers de Saint-Lazare. Les chevaliers de Saint-Lazare s’engageaient par leurs vœux, à fonder des hôpitaux, spécialement pour les lépreux, et les plaçaient hors des villes. L’un des plus anciens de ceux qui furent leur ouvrage, était situé à Bavie. Grégoire xm, en restaurant les deux ordres de Saint-Maurice et de Saint-Lazare, les réunit en un seul, vers 1582. Ainsi renouvelés, ils érigèrent de nombreux hôpitaux en Piémont, à Turin, à Nice, à Aoste, à Valence, à Lanzo, etc.
Les chevaliers de l’ordre Teutonique, vers le milieu du xne siècle, portèrent la même institution en Allemagne. En 1149, l’ordre de Saint- Lazare fut appelé par Louis vu en France, afin de prêter scs secours contre la peste; les mêmes fléaux le firent désirer dans toute l’Europe, et partout il porta son assistance. Le service militaire, dans ces institutions, était d’abord subordonné au service hospitalier, et avait en partie pour but de protéger celui-ci ; cependant il acquit peu-à-peu une prééminence marquée. Cette prééminence s’accrut à mesure que le zèle se refroidissait ; bientôt le service militaire devint l’attribution exclusive. Cependant l’éclat qui environnait ces ordres leur donnait de nombreux émules. J/Espagne vil naître en 1170 l’ordre religieux militaire de San-Iago Calatrava y Alcantara, qui plus tard a été réuni à la couronne. En 1208, un ordre militaire de Sainl-Simson se forma à Constantinople.
Les hospitaliers d’Albrac, dès l’origine, comp-
taient, comme nous l’avons vu, une classe de chevaliers parmi leurs membres. L’ordre du Saint-Esprit, d abord purement religieux, quoique laïque, prit par la suite des titres chevaleresques, se donna un grand-maître ; l’institution changea de nature. Les frères hospitaliers de Lurgos voulurent aussi subir cette transformation. L’ordre de Saint-Lazare fut réuni en Piémont à celui de Saint-Maurice; en France, à celui du Mont-Carmel, qui tous deux se changèrent en une institution séculière, devinrent un moyen de récompenses, de faveurs décernées par les princes; les biens primitivement destinés aux pauvres formèrent la dotation de ces titres mondains. L’héritage de diverses congrégations hospitalières supprimées fut réuni à leurs possessions, et c’est ainsi, par exemple, qu’en France, les biens des frères de la Charité passèrent (à l’ordre de Saint-Lazare.
Dans le tableau de cette époque singulière où la piété, la charité se confondent avec l’héroïsme guerrier, avec les distinctions nobiliaires, figurent aussi des chapitres de dames chanoinesses ; elles sont annexées aux ordres de chevaliers de Saint-Jean, de Saint-Lazare et de San-lago.
Le leu Saint-Antoine et la lèpre avaient peuà-peu cessé leurs ravages. Des nombreux asiles destinés à en recevoir les victimes, les uns furent supprimés, les autres prirent une nouvelle lorme. Les dotations qui y étaient affectées reçurent une autre destination. Les communautés religieuses qui les desservaient prirent un autre caractère; le zèle delà charité se refroidit avec la ferveur religieuse.
Ainsi s’effacèrent peu-à-peu les vestiges des créations primitives. Le clergé, les monastères, les administrateurs civils, avec la suite] des temps, en laissèrent perdre les traditions, dénaturer les monumens. Le but de la Clémentine fut manqué. Les dons des fidèles, patrimoine de l’indigence, servirent à former des bénéfices ecclésiastiques ou des richesses profanes, et devinrent l’aliment du luxe et de la vanité ; la cupidité envahit Je domaine de la charité ; les courtisans se parèrent des dépouilles du pauvre. Trop souvent les dépositaires des bienfaits furent les premiers agens de ces spoliations. Douloureux spectacle, mais qui renferme une instruction salutaire !
Les monumens de notre législation attestent que les asiles qui survécurent à ces envahissemens, eurent eux-mêmes à souffrir de la négligence et du désordre qui s’introduisirent dans