‹ De la bienfaisance publiqueChapitre 314 sur 450 · LIVRE III. CH AP. II · texte numérisé non relu

LIVRE III. CH AP. II

ainsi réunis permet une grande économie de temps, de services , et même à quelques égards une certaine économie de dépenses. La santé des pauvres y est confiée ordinairement aux hommes de l’art du plus éminent mérite; les médecins et chirurgiens, dans une seule visite, y voient plus de malades qu’ils ne pourraient en visiter à domicile, pendant plusieurs jours, en y consacrant tout leur temps. La surveillance est plus continue, plus éclairée. Les approvisionnemens , la pharmacie et tous les autres services, étant établis sur une grande échelle, y occasionnent beaucoup moins de frais. L’art médical y trouve un théâtre d’observations où l’abondance des faits se réunit à la facilité des comparaisons. Un seul exemple suffirait pour montrer d’une manière manifeste combien les hôpitaux sont nécessaires à notre état de société : c’est le succès des hôpitaux payans, auprès des gens aisés eux-mêmes. Et là où les établissemens publics n’offrent pas des places payantes à la convenance des gens aisés, ne voiton pas des maisons de santé formées par entreprise pour satisfaire à ce besoin ?

Mais, en reconnaissant la nécessité des hôpitaux pour des circonstances déterminées , reconnaissons aussi que celte nécessité a seslimites Que ces limites ne soient pas dépassées ! Si l’indigent peut être traité avec succès au milieu des siens, qu’il reste à son domicile. Que jamais la famille du malade ne se soulage, à l’aide de l’hospitalité publique, des devoirs imposés par la nature ! Qu’elle exerce le dévoùment, dont l’occasion lui est offerte. Qu’elle en sente le prix ! que les bonnes actions se multiplient sous le toit domestique ! que ces grands momens d’épreuve soient pour tous une circonstance favorable à leur amélioration ! Et si l’infortuné vient à succomber, que sa famille recueille ses derniers soupirs, reçoive sa bénédiction, entoure son lit de mort, et se pénètre des instructions attachées à un spectacle aussi solennel !

Des conditions de V hospitalité .

De l’admission des malades.

Dans quelques villes, les portes des hôpitaux ne s’ouvrent qu’aux personnes domiciliées dans

le pays; on voit même des villes où elles rie s ouvrent qu’aux habitans qui jouissent des droits de bourgeoisie. Mais, dans la plupart des établissemens de ce genre, notamment en France, en Italie, l’hospitalité est accordée, sans distinction, à tous les malades qui se présentent, quelle que soit leur patrie. Cette dernière manière d’agir est non-seulement généreuse, mais équitable; elle est plus conforme à la destination naturelle des hôpitaux. Car, ce sont les étrangers qui, en cas de maladie, se trouvent surtout isolés et dépourvus de moyens pour se faire traiter dans une demeure privée. Les recueillir alors dans les asiles publics, c’est remplir envers eux un devoir d’hospitalité, imposé par les lois suprêmes et générales de l’humanité.

Exigera-t-on, à la porte de l’hôpital, la preuve que le malade qui en sollicite l’entrée, est reconnu comme indigent? Ce serait encore méconnaître le vraie destination de ces établissemens; car, pour le plus grand nombre des infortunés qui se trouvent dans la dure nécessité d’y recourir, l’admission à l’hôpital est plutôt un préservatif contre la misère, qu’un remède à la misère déjà réelle, et le bienfait, même avec ce caractère, n’en a pas moins de prix.

De graves abus, cependant, peuvent s’introduire dans les admissions, et les exemples n’en sont malheureusement que trop nombreux.

Ces abus sont de deux sortes :

Les uns naissent de l’admission de vrais malades qui eussent été plus convenablement soignés à domicile ;

Les autres naissent de l’admission de faux malades.

Quelques malades, sans doute, peuvent être attirés dans les hôpitaux, dans l’espoir d’y être mieux traités, d’y trouver une sorte de bienêtre dont ils ne pourraient jouir à leur demeure. N’augmentons pas cet attrait, en laissant introduire dans les asiles du malheur, un luxe contraire à leur destination. Mais, nous ne prêterons pas l’oreille aux discours de sir Arthur Young; nous ne chercherons pas dans les rigueurs et les privations d’un mauvais traitement, le moyen de repousser les malades : les hôpitaux sont destinés à les guérir. Qu'ils réunissent toutes les conditions pour remplir ce but; rien de plus : le régime en sera assez austère, à raison de ces conditions mêmes. L’entrée de ce séjour fera toujours naître des impressions pénibles; la répugnance qu’elle excite sera une sorte de barrière naturelle.

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