DE L’ADMISSION DES MALADES
Ce qu’il y a de plus à craindre, ce sont les dispositions de ceux qui entourent les malades. Trop souvent ceux dont le devoir serait de les soigner à domicile, méconnaissent une obligation aussi sacrée, cherchent à se soulager de l’embarras, de la dépense, de la fatigue qu’elle entraînerait, et peut-être même du spectacle des souffrances qu’ils auraient sous les yeux. Souvent même, on frémit de le dire, mais on est forcé de le reconnaître, le malade est envoyé mourant à l’hôpital, uniquement pour y rendre le dernier soupir, pour épargnera ceux qui l’entourent, et la vue de ses dernières angoisses, et la présence de son corps inanimé, et les frais des funérailles! Quels moyens y a-t-il de prévenir une conduite aussi dénaturée? Les chercheronsnous dans les mesures administratives ? Comment contraindre l’égoïsme au dévoùment de l’affection? Il n’est ici qu’un remède, celui qui va à la source du mal, l’amélioration des mœurs populaires. Ravivons le foyer des affections domestiques! et que servirait d’ailleurs de condamner le malade à rester au milieu des siens, s’il ne devait y trouver qu’une cruelle indifférence?
Il est plus facile de prévenir l’admission des faux malades ; chaque jour, sans doute, des fainéans se glissent dans nos hôpitaux, poury vivre aux dépens du public ; à Paris, ils ne sortent d’un hôpital, que pour s’introduire dans un autre ; ils feignent une maladie difficile à vérifier. Souvent aussi l’indisposition, quoique réelle, est peu grave; elle ne devrait pas enlever celui qui en souffre, à ses occupations habituelles. La perspicacité des gens de l’art peut déjouer ces ruses. C’est dans ce but qu’en 1802, l’administration des hospices de Paris créalebureau central d’admission. Dès la première année, sur 31,788 personnes qui se présentèrent pour être reçues dans les hôpitaux de la capitale, 22,470 seulement furent reconnues avoir des titres réels et sufiïsans pour y obtenir l’hospitalité; 3000 furent refusées, comme n’étant aucunement malades ; 7G27 furent renvoyées avec des consultations verbales ou écrites, jugées suffisantes pour le rétablissement de leur santé ; à l’égard de 700, le traitement externe offert par certains hôpitaux, et accompagné de quelques pansemens, fut estimé suffire pour assurer la guérison ; 2183, atteintes d’infirmités qui exigeaient seulement quelques précautions prolongées, un régime hygiénique, et certains appareils, reçurent une
assistance et des conseils, à l’aide desquels elles purent retournera leur travail ; enfin, 1793 dont la vraie maladie n’était autre chose que l’excès de la misère et l’effet des privations, lurent adressées aux bureaux de bienfaisance de leurs arrondissemens respectifs, poury être secourues. Les mêmes mesures , appliquées avec le même discernement, ont, depuis cette époque, continué à produire les mêmes résultats. Cependant, elles n’ont pu encore réussir à détruire entièrement l’engeance de ces êtres dégradés, vraies sangsues delà bienfainsance publique, qui, en parfaite santé, se font nourrir comme malades dans les hôpitaux. Mais les médecins expérimentés découvrent dans les salles ces parasites, à certains signes qui trahissent le mensonge, et alors prescrivent leur renvoi, ou, dans le doute , recourent à une épreuve ingénieuse et sûre, en leur prescrivant une diète austère.
Les mêmes motifs qui conseillent une juste vigilance dans les admissions, recommandent aussi de ne pas laisser prolonger le séjour de la personne admise , au-delà du temps nécessaire pour son traitemeut.
On remarque généralement que le nombre des femmes admises dans les hôpitaux est sensiblement inférieur à celui des hommes, quoique la condition des femmes qui vivent du travail de leurs mains, soit beaucoup plus défavorable que celle des hommes. Ce contraste s’explique, lorsqu’on considère que les femmes sont en général plus attachées aux habitudes domestiques; que, plus facilement accessibles aux impressions vives, l’abord de l’hôpital leur inspire une plus grande horreur; et qu’enfin la population flottante d’ouvriers et de journaliers venant du dehors, se compose presque exclusivement d’hommes.
Lorsque le malade apporté dans un hôpital a déjà reçu, à domicile, quelques soins d’un homme de l’art, celui qui l’a traité devrait lui remettre une note indiquant l’origine, les phases antérieures de la maladie, le traitement essayé. Les parons et les amis qui accompagnent le malade devraient être interrogés sur son tempérament, sur les circonstances les plus remarquables qui ont pu se lier à l’altération de sa santé. Ces informations éclaireraient le médecin qui va être chargé de la suite du traitement, pourraient lui éviter des méprises, et donneraient une marche plus sûre à scs prescriptions.