NOMBRE, PROPORTIONS, ETC., DES HOPITAUX
De la constitution des hôpitaux.
Du nombre , des proportions et de la classification des
hôpitaux.
Jusqu’à quel point convient-il de multiplier et de disséminer les hôpitaux, ou de les réunir au contraire et de concentrer les services auxquels ils sont destinés? Lesquels des grands ou des petits hôpitaux méritent la préférence?
Ces questions long-temps n’ont été décidées qu’en fait, par le résultat des circonstances. Les asiles se sont ouverts là où les besoins se faisaient sentir , et où les libéralités venaient y satisfaire. Érigés, dans l’origine, par des bienfaits privés, ils se formèrent naturellement d’abord sur de petites proportions , et, par conséquent, ils se multiplièrent d’une manière indéfinie. Lorsqu’elle en prit la haute direction, l’administration publique sentit le besoin de simplifier , de régulariser , de coordonner le système de ces établissemens, en les concentrant davantage. Cependant, le respect pour d’anciennes fondations et pour les droits acquis, l’utilité reconnue, ont contribué à maintenir, dans quelques villes, un certain nombre d’asiles consacrés à la même destination, quoique constitués séparément. Des motifs semblables ont fait conserver des asiles hospitaliers qui ont par eux-mêmes peu d’importance, mais qui sont chers aux localités. Ces refuges, dans les petits états, dans les petites villes, sont restés plus disséminés, ont conservé déplus faibles dimensions. Dans les pays où, comme en Angleterre, les asiles hospitaliers sont créés et régis par des associations de souscripteurs spontanément formées, il a dù naturellement s’élever des établissemens distincts et multipliés , avec un but semblable ou différent, sans qu’aucun lien systématique vint les unir; leur nombre et leur diversité ont dù s’accroître chaque jour par l’émulation de la bienfaisance.
Dans les temps modernes, ces questions sont devenues un sujet de recherches scientifiques. En Allemagne, elles ont été, dès le siècle dernier, méthodiquement approfondies. Reyer ,
[i] Voy. son mémoire dans le Nouveau Magasin de Hanovre, 1795, nos 83 à 85.
en 1784 , a signalé les inconvénicns des grands hôpitaux, et recommandé la formation de petits hôpitaux, dans les moyennes et petites villes. Le professeur Stoll a indiqué, dans un écrit puplié à Vienne, en 1788 , les moyens de conserver les nombreux avantages qui assurent la supériorité aux grands hôpitaux, en évitant les inconvénicns qu’on leur reproche, et a proposé, à cet effet, de subdiviser ces grands élablisscmens en plusieurs emplois. Krünilz, dans l'article si remarquable qu’il a consacré aux hôpitaux dans son encyclopédie, a résumé les considérations qu’on a fait valoir en faveur de l’un et de l'autre système. La Société royale de Gœttingue mit au concours, en 1795, la question suivante : «< Quels sont les moyens les meilleurs u et les plus économiques pour procurer des <c secours aux pauvres malades d’une petite » ville? » Decker remporta le prix [î] . Il supposait que, sur deux mille habitans réunis d^ms une petite ville, on peut compter annuellement 500 vrais malades, 100 personnes maladives, et 100 personnes atteintes de maladies cutanées ou autres affections analogues qui, ne détournant pas ces personnes de leurs occupations, ne rendent pas nécessaire pour elles l’admission dans les asiles publics. Sur les 500 vrais malades, il pensait qu’un tiers pouvait être traité à domicile, mais que les deux autres tiers demandaient le secours de l'hospitalité publique. Celte dernière classe comprenait à ses yeux, non-seulement les indigens proprement dits, mais les journaliers, les domestiques, les ouvriers voyageurs, etc. Ces calculs étaient établis d’après les résultats de ses observations personnelles. Les épidémies n’étaient point comprises dans ces calculs qui n’embrassaient que les temps ordinaires [2]. Decker pensait aussi que la proportion des malades auxquels l’hospitalité publique est nécessaire, devait être moindre dans les villes de cinq à six mille habitans.
La solution de ces questions est, suivant nous, subordonnée à une distinction essentielle. La multiplication des hôpitaux peut avoir trois buts différons : ou d’y introduire la classification des maladies, ou de mettre ces asiles à la portée des besoins locaux, ou enfin de prévenir une trop grande accumulation de malades dans le même séjour. Dans le premier cas, on sépare les hôpitaux au sein de la même ville, pour donner à
[2] Nous examinerons dans un moment l’exactitude de ces hypothèses.
chacun d’eux une destination spéciale; dans le second cas, on les dissémine, pour éviter le transport des malades ; dans le troisième, on les divise, pour limiter le service de chacun d’eux. L’utilité de la séparation des malades eux-mêmes, d’après la différence de leurs maladies, n’a été bien sentie que dans des temps peu éloignés de nous. Aujourd’hui, l’utilité de cette séparation, et le mérite de la classification qui en est le principe, sont trop bien reconnus pour avoir besoin d’ètre démontrés ; l’un et l’autre se fondent sur l’intérêt du malade, sur celui de l’art médical, sur celui d’une bonne administration, à laquelle ils promettent plus d’ordre, de simplicité, d’économie.
La classification, en tant qu’elle suppose des hôpitaux entièrement séparés les uns des autres, pour les différentes spécialités de maladies, n'est manifestement applicable qu’aux très-grandes villes. A Paris, elle a été réalisée d’une manière successive, elle a produit de notables avantages [1 J .
Dans les villes moins considérables, on se contente d’adopter une classification qui admet cinq genres distincts d’hôpitaux : pour les maladies aiguës et chirurgicales, pour les maladies cutanées, pour les maladies vénériennes, pour l’aliénation mentale, pour les accouchemens, et quelquefois on la simplifie encore.
Enfin, dans les petites villes, ces distinctions en hôpitaux séparés ne pourraient être adoptées. Toutefois, la classification qu’invoquent des considérations si puissantes peut encore se réaliser dans un même établissement, par la séparation des salles. On y satisfait alors par la distinction de ce qu’on appelle les emplois .
La classification par salles distinctes, a l’avantage d’offrir plus d’unité, plus d’économie; elle permet de soumettre aux diverses branches* de l’établissement une direction commune, d’appliquer aux diverses classes de maladies certains services communs, magasins, pharmacie, lingerie, cuisine, etc. D’un autre côté, les maladies
[1] On a séparé avec raison le traitement des maladies aiguës , celui des maladies de la peau , l’accouchement des femmes enceintes , le traitement des enfans malades , celui des maladies vénériennes pour chaque sexe, celui de l’aliénation mentale pour chaque sexe également. La distinction de ces huit classes est assurément la plus complète comme la plus logique qui ait été adoptée 5 cependant Tenon eût désiré encore une classe spéciale pour les maladies contagieuses. (5<= mé-