‹ De la bienfaisance publiqueChapitre 319 sur 450 · DES ÉDIFICES · texte numérisé non relu

DES ÉDIFICES

attention spèciale , de soins assidus. L’agglomération des malades nuit à leur tranquillité , à la salubrité de l’air, rend l’assainissement plus difficile, présente un spectacle plus douloureux.

D’un autre côté, la réunion d’un certain nombre de malades dans le même établissement, produit une économie proportionnelle dans les frais; il est plus difficile de procurer aux petits hôpitaux toutes les ressources de l’art médical, et d’y traiter avec succès les cas graves.

Si l’on prenait pour point de départ les calculs de Decker, on devrait admettre qu’une ville de 2000 habitans , ayant annuellement 200 malades à faire traiter dans un hôpital, aurait besoin d’un hôpital de 15 lits, pour tous les genres de maladies , en supposant pour chacun 25jours de durée moyenne de la maladie. Mais ces évaluations paraissent exagérées pour l'époque présente, et pour la plus grande partie de l’Europe. L’accroissement général de l’aisance, les progrès de l’hygiène, le développement des secours à domicile , l’établissement des dispensaires, ont réduit d’une manière sensible les proportions indiquées par cet auteur [i]. Un hôpital de 12 à 15 lits doit suffire aux besoins d’une ville de 0 à 7000 âmes, où le service des secoursà domicilesera convenablementorganisé, à moins qu’elle ne renferme de grandes manufactures. Or ce nombre de lits semble être le minimum pour les proportions de ce genre d’asiles, lorsqu’il comporte un service permanent.

Dans les grandes villes, le maximum de l’extension d’un hôpital, nous paraît cire de 6à 700 lits environ , si l’on ne veut pas dépasser les limites convenables dans l’intérêt des malades ; et l’on ne peut s’empêcher d’avouer que ce nombre est même trop considérable ; du moins ne saurait-il être adopté que lorsque l’établissement peut occuper un espace assez vaste pour un large développement des services , et toutes les conditions nécessaires au facile renouvellement de l’air. Si l’on suppose, comme le donne à penser l’exemple de plusieurs de nos capitales, qu’il suffît, pour les temps ordinaires, que les lits disponibles dans les hôpitaux, soient à la population totale comme 1 est à 200 , ou au plus comme 1 est à 160, on reconnaîtra qu’une ville de 100,000 âmes ne réclame guère, rigoureusement parlant,

[î] Hecker suppose que dans une ville de 2,000 âmes, le nombre de malades qu’il est nécessaire de faire traiter à l’hôpital, est de 200, ou de i/ioe par an.

Cependant , à Paris , où tant de causes se réunissent

pour les temps ordinaires, qu’un seul hôpital de 500 lits. Il est d’ailleurs utile que dans les vastes cités, ces asiles soient répartis de manière à recueillir facilement les malades des différons quartiers. La lugubre histoire de l’Ilôtel-Dieu de Paris, jusqu’en 1772, suffit pour faire prononcer la condamnation des hôpitaux où les malades sont entassés en grand nombre.

Ces proportions se modifient d’ailleurs dans les differentes villes, par le climat, par le caractère de l’industrie locale, son développement , les mœurs, et les autres circonstances qui influent, soit sur le nombre des malades, soit sur celui des indigens, soit sur celui des étrangers.

Des édifices.

Le choix de l’emplacement des hôpitaux de malades ne fut point déterminé, dans l’origine, par des considérations sanitaires. Il fut la conséquence du caractère religieux imprimé à ces élablissemens. Les premiers asiles s’ouvrirent dans la maison même des évêques; ensuite ils furent érigés à côté de la résidence épiscopale, à côté du chapitre, sous la direction et la surveillance des dignitaires ecclésiastiques, et par là même aussi, auprès des cathédrales. Il est résulté de là que la plupart des anciens hôpitaux se trouvent aujourd’hui précisément placés au centre des villes, dans les quartiers où la population est le plus agglomérée, et où l’air circule le moins librement.

Plus tard, et lors de l’invasion de la lèpre en Europe, les asiles hospitaliers érigés de toutes parts pour cette maladie , furent au contraire placés d’après des considérations sanitaires, et par conséquent hors des villes. Lorsque la lèpre disparut, les léproseries et maladreries n’offrirent plus la même convenance pour le traitement des maladies ordinaires, à raison même de leur emplacement, comme aussi à cause de leur dissémination excessive. De là les motifs qui en firent supprimer le plus grand nombre.

Dans les contrées où la réformation religieuse s’introduisit, au xvie siècle, les abbayes et les

pour élever cette proportion, il ne monte pas au-delà de 7 sur 100 habitans; à Lyon, à Marseille, il est encore plus faible , malgré les circonstances locales qui tendent à l’accroître.

monastères supprimés furent souvent convertis en asiles hospitaliers ; la même transformation a eu lieu sur plusieurs points en France, à la suite des lois de 1790 qui ont aboli les corporations monastiques. L’emplacement des asiles ainsi érigés a dépendu d’une sorte de hasard ; cependant, comme les abbayes et les monastères s’étaient primitivement élevés de préférence à l’écart et loin du tumulte des cités, les hôpitaux qui leur ont succédé ont été souvent excentriques, et la distribution intérieure de ces anciens édifices, se prêtait d’ailleurs assez naturellement à la destination d’un asile hospitalier.

Les considérations tirées du véritable intérêt du service des malades, dans le choix de l’emplacement pour les hôpitaux, avaient donc été trop peu étudiées, et surtout elles n’avaient guère présidé, dans la pratique, à l’érection de ces établissemens. Le père du célèbre Turgot, alors prévôt des marchands, le premier peut-être et presque le seul [i], avait, en France, fait valoir les motifs qui militent en faveur d’une situation excentrique, lorsqu’une grave circonstance, l’incendie qui, 1772, dévasta l’Hôtel-Dieu de Paris, appela sur cette question l’attention publique, les recherches des savans, et en fit l’objet d’une discussion aussi lumineuse que solennelle [2]. L’illustre Antoine Petit publia, dès 1774, son Mémoire sur la meilleure manière de construire un hôpital de malades. Des médecins, des architectes, des amis de l’humanité, auxquels se mêlèrent aussi les faiseurs de projets qui ne manquentjamais dans la capitale, proposèrent à l’envi plusieurs plans, et les appuyèrent de considérations théoriques.

En Allemagne, Sturm , en 1765; Lucas Voch, en 1781, dans son Architecture civile; Fauken, en 1784; Stoll, en 1788; Stieglitz et Krünitz, dans leur encyclopédie; llœberl, dans ses travaux sur l’hôpital de Munich, ont traité sous divers points de vue, des conditions nécessaires pour l’emplacement et la construction des asiles destinés aux malades.

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