‹ De la bienfaisance publiqueChapitre 326 sur 450 · TROISIÈME PARTIE. LIVRE III. CIIAP. IL · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE. LIVRE III. CIIAP. IL

Dans un grand nombre d’établissemens desservis par des congrégations, il y a des infirmiers et des infirmières à gages , chargés des offices inférieurs, des travaux les plus pénibles, qui approchent aussi plus ou moins des malades. Cette classe de serviteurs est généralement trop mal rétribuée [i]. Aussi le choix n’en est pas heureux ; leur présence n’est pas sans inconvéniens : tantôt ils font contribuer en secret le malade pour les moindres services ; tantôt leur négligence, leur maladresse, leur grossièreté, rendent leur concours fâcheux et désagréable. Que ne réalise-t-on l’utile pensée de Tenon, de former parmi les orphelins et les autres enfans adoptifs des hospices, quelques sujets qui, avec des dispositions convenables , seraient élevés pour le service des hôpitaux? Que si l’on veut recruter les infirmiers et infirmières parmi les journaliers à gages, il ne reste qu’un moyen : c’est de rétribuer convenablement ces serviteurs, afin de pouvoir faire de bons choix.

Du régime hygiénique des malades.

Le régime est, pour le malade, un traitement indirect aussi essentiel que l’emploi des médicamens : il peut détruire l’effet des remèdes, quelquefois y suppléer. Toutes les circonstances qui agissent sur le malade entrent dans le régime. Le lit où il est couché, l’air qu’il respire, le linge, les vêtemens qui le couvrent, la température, la lumière, le mouvement et le repos, les alimens , la boisson , le silence lui-mème, rien n’est indifférent.

Ici, comme pour l’emploi des médicamens, se présente, pour l’administration des hôpitaux, un problème difficile. Comment concilier ce qu’exige l’intérêt du bien-être du malade, avec les considérations impérieuses qui prescrivent la plus stricte économie? Un médecin s’iilquiète peu de savoir quel est le prix des médicamens

qu il ordonne; le meilleur choix d’alimens est toujours un avantage pour le malade; où s’arrêter? Cependant l’établissement n’a que des ressources limitées; accroître sans mesure la dépense du traitement pour les malades admis, c’est réduire le nombre de ceux qu’il est possible d’admettre.

Dans la pratique, cependant, on découvre cette limite qui se présente difficilement à la théorie. *11 est, pour le traitement et le régime des malades, desconditions vraimentnécessaires; il en est d’autres qui ne sont que de convenance; il en est même qui sont presque de luxe. Les hôpitaux doivent satisfaire aux premières, quels que soient les frais qui en résultent; ils doivent s’arrêter, relativement aux secondes, suivant l’étendue de leurs ressources , de telle sorte qu’ils ne s’exposent ni à fermer leurs portes aux malheureux, ni à attirer dans leur enceinte des individus qui devraient être traités à domicile; il ne leur' est pas permis de s’occuper des troisièmes. Les alimens devront toujours être de bonne qualité. Le malade doit être tenu chaudement, suffisamment vêtu. Le luxe n’est permis aux hôpitaux qu’en ce qui concerne la propreté, la salubrité ; mais, ce luxe-là est pour eux une nécessité du premier ordre; dans ce luxe, l’approvisionnement et l’entretien du linge occupent une place essentielle.

L’abus le plus à craindre est celui auquel donne lieu l’emploi de certaines substances qui ont à-la-fois le double caractère de médicamens et d’alimens de luxe, comme le sucre, les sirops, les oranges, les citrons; d’une part, la consommation en est presque illimitée; d’un autre côté, ceux mêmes qui n’ont aucun besoin d’y participer, se laissent facilement entraîner à en faire usage.

De tous les alimens du malade, le bouillon est celui dont l’usage est le plus général pour tous, le plus fréquent pour chacun, le plus essentiel par conséquent. Sa préparation ne saurait donc être l’objet de trop de soins [2].

L’emploi des bains appartient à-la-fois et au

[î] Dans les hôpitaux de Paris, leurs gages sont de 120 fr. par an, outre la nourriture et le vêtement. L’administration a obtenu depuis peu une légère augmentation de crédit, qui a permis de porter ces gages à 130 fr.

[2] Nous espérons faire une chose utile , en donnant ici la description exacte du mode de préparation employé en ce moment avec succès à l’Hôtel-Dieu de Paris.

On a remplacé les grandes chaudières par de plus petites, d’une contenance de 200 à 240 litres ; 4 chaudières sont chauffées parle même foyer; la viande est désossée et coupée par portions de 1 et 1/2 à 2 kilogrammes ; les os sont placés au fond de la chaudière ; les chaudières sont plus tôt mises en ébullition ; le chauffage est plus facilement dirigé; on obtient un bouillon d’une qualité supérieure et une économie marquée de combustible.

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