‹ De la bienfaisance publiqueChapitre 336 sur 450 · TROISIÈME PARTIE. LIVRE III. CHAI». III · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE. LIVRE III. CHAI». III

justes motifs ; les motifs varient suivant le genre propre de ces affections.

Quelques-unes de ces affections sont contagieuses. On ne saurait les admettre dans un hôpital ordinaire , sans faire courir le danger de la communication aux autres malades qui y sont reçus, et sans répandre même au dehors, par plus d’une voie, cette funeste influence [1 ] .

Cependant, la personne atteinte d’un mal contagieux, tel que celui qui vient d'être indiqué, peut en même temps être frappée aussi d’une maladie aiguë du genre de celles qu’on traite dans tous les hôpitaux ; elle peut avoir reçu une blessure; une opération chirurgicale peut lui être nécessaire. Que faire alors? lui fermera-t-on les portes de l’asile hospitalier? lui refuscra-t-on les secours que sa situation exige? que va-t-elle devenir?

C’est pour une aussi cruelle extrémité, qu’un asile spécial devient indispensable. Là, on pourra sauver une victime, sans en immoler d’autres. La maladie aiguë, l’affection chronique pourront recevoir, chacune à-la-fois, le traitement qui leur convient.

L’érection d’un hôpital spécial pour un semblable genre de maladies, n’est donc pas seulement un bienfait pour les malheureux qui y sont recueillis: il est une vraie nécessité pour la société elle-même; il fait l’ofllce d’un lazaret; il oppose au danger de la propagation du mal, un système de mesures sanitaires; il procure une garantie que souvent on ne saurait obtenir dans les habitations privées, avec une sécurité suffisante.

D’autres motifs peuvent conduire à traiter dans des asiles séparés, les malades atteints d’affections cancéreuses, scrofuleuses [2], surtout les épileptiques. Le voisinage de ces malades est singulièrement incommode à ceux qui habitent un hôpital ordinaire, et peut même, en quelques cas, leur devenir nuisible. Ils sont soumis à un traitement et à un régime de vie entièrement spécial; leur séjour dans l’établisse-

[1] « L’Hôtel-Dieu, dit Tenon, qui ne donne aucun secours contre la gale, procure mille moyens de la répandre. » (4e mémoire, page 199.)

[2] Cependant, on se borne ordinairement à placer les cancéreux curables et les scrofuleux, dans des salles particulières, et cette disposition est suffisante pour que l’infection produite par les plaies, et le spectacle des pansemens n’incommodent pas les autres malades.

[5] L’arrêt du parlement de Paris, du 6 mars 1497, mo-

ment hospitalier est ordinairement d’une plus longue durée; ils ont besoin de faire plus d’exercice ; ils sont capables de quelque travail ; souvent même, le travail des mains leur est utile. Il est donc naturel que les administrations des hôpitaux de malades, n’admettent qu’avec une extrême réserve dans ces établissemens, les individus atteints d’affections chroniques. Elles redoutent la dépense considérable qui sera occasionnée par chacun d’entre eux; elles voient avec peine restreindre le nombre des lits disponibles; elles considèrent d’ailleurs avec raison, que le séjour de l’hôpital est beaucoup moins nécessaire à la plupart d’entre eux, et peut même souvent leur être plus préjudiciable que salutaire.

La longue durée du séjour à l’hôpital, conséquence ordinaire attachée aux maladies chroniques, peut exercer sur le caractère et les dispositions des malades, de fâcheuses influences. Elle les accoutume au désœuvrement; elle les expose aux atteintes de l’ennui; leur humeur s’altère; les liens de famille se relâchent; les malades perdent l’habitude des relations sociales; être servis par d’autres, vivre aux dépens du public, devient pour eux une idée familière. Il faut alors que le régime moral redouble d’énergie auprès d’eux, pour prévenir ces dispositions. Puisse-t-on lui donner assez d’efficacité, afin que ce temps ne soit pas perdu pour l’amélioration du pauvre, et devienne pour lui l’occasion d’une sorte d’éducation nouvelle!

L’ami de l’humanité doit, comme le médecin, ne pas redouter de sonder les plaies qu’il est appelé à guérir; il doit surmonter les plus vives répugnances, pour étudier les maux qui offrent le spectacle le plus repoussant, et pour pénétrer même dans le séjour de la dégradation. On 11e s’étonnera pas sans doute que le plus grand nombre des hôpitaux ferment leurs portes aux individus dont la maladie est le fruit de la débauche [3] ; on se demandera si de tels malades sont dignes d’être admis dans la société des pau-

naçait de la potence le malade atteint de cette contagion, qui rentrerait à Paris, ou qui sortirait de l’asile qui lui avait été assigné hors de la capitale. Le prévôt de Paris, le 25 juin 1498, menaçait de faire jeter à la rivière, tous ceux qui ne sortiraient pas de Paris ou ceux qui y reviendraient. C’est en 1792 seulement, que l’hôpital du Midi, affecté à recevoir cette classe de malades, par les lettres patentes de mai 1781 et d’août 1 <85, a été en état de remplir sa destination.

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