HOPITAUX POUR LES AFFECTIONS CHRONIQUES
vres auxquels ces hôpitaux sont destinés. Le respect dù au pauv re permet -il de le condamner à recevoir de tels compagnons? Les bonnes mœurs ne souffriraient-elles pas de ce rapprochement? La nature de ce mal, le traitement qui lui est propre, ne lui donnent-ils pas un caractère de spécialité qui motiverait suffisamment pour lui l’affectation d’un asile distinct? La séparation des sexes devra y être plus complète et plus absolue que dans aucun autre établissement [i] . Il y a plus : il est nécessaire d’introduire, entre les malades du meme sexe, une classification relative au degré plus ou moins prononcé de corruption dont ils sont atteints. L’immoralité aussi est contagieuse : le vice invétéré arrive au plus haut degré de l’effronterie; il possède un empire fatal sur le vice en apprentissage; il tient école. Cantonnez donc ces êtres malfaisans, tracez autour d’eux un cordon sanitaire.
Qu’on le sache cependant, et qu’une juste compassion soit accordée à ces infortunes ignorées : au milieu de ces malades, parmi les femmes du moins, il y a, hélas! des victimes innocentes; il y a des nourrices qu’a infectées l’enfant dont elles se sont chargées avec trop de confiance; il y a des enfans [2]; il y a (on ne peut l’apprendre sans horreur), il y a des épouses doublement sacrifiées parles désordres de leurs époux. Confondrez-vous des personnes déjà si fort à plaindre, avec des êtres avilis? Les exposerez-vous à entendre des discours qui doivent les révolter, à subir un commerce qui deviendrait pour elles un danger? N’est-cc pas déjà trop qu’elles soient condamnées à venir recevoir, dans un tel lieu, un semblable traitement? Vous établirez donc au moins trois classes bien distinctes parmi les femmes, et deux parmi les hommes, et vous ne laisserez subsister aucune relation entre les individus qui appartiendront à ces classes diverses.
Si les hôpitaux dont nous nous occupons en ce moment devaient recueillir aussi les prostituées enfermées par mesure de police, une classe spéciale devrait être formée pour elles, et des barrières plus marquées encore devraient la séparer du reste des malades. Mais il sera toujours fâcheux de réunir, dans un même établissement, la répression avec l’hospitalité.
[1] A Paris, on a même réservé à chaque sexe un hôpital spécial, par une création récente. — [2] A Paris, il entre ordinairement, chaque année, dans Phôpital
Le régime auquel de tels malades seront soumis, doit avoir quelque sévérité, dans leur intérêt même. L’ordre et la discipline sont plus difficiles , plus nécessaires à maintenir parmi eux. Il faut veiller avec soin sur les relations qu’ils ont entre eux et avec le dehors. Les femmes surtout ne pourraient, sans les plus graves inconvénicns, être autorisées à recevoir la visite d’étrangers, de personnes inconnues. II faut prendre garde aux livres qui circulent entre les mains des malades, aux correspondances qu’ils conservent. Toutefois , des exceptions seront introduites en faveur des victimes innocentes dont il vient d’être fait mention. Des encouragemens seront donnés aux personnes qui témoigneraient du repentir, et se montreraient disposées à reprendre des habitudes honnêtes.
Ne désespérons point de voir naître , chez les personnes même ainsi déchues, un désir de réformation; ne négligeons rien pour l’exciter et le soutenir! Cette révolution s’opère plus facilement chez un sexe que sa faiblesse expose à l’entraînement. En ramenant une femme dans le sentier de la vertu, on préserve ceux qu’elle eût corrompus à son tour. L’entreprise sans doute n’est pas facile; elle exige un vrai courage, une certaineindulgence, uneperspicacitéclairvoyante et exercée. Le désœuvrement est plus à craindre, pour ce genre de malades; le travail leur est plus utile, souvent plus facile. Si par la nature même de l’affection dont ils souffrent, ces malades sont plus disposés à une irritation exaltée, à un singulier désordre d’idées; si cette disposition oppose d’assez puissans obstacles aux efforts que des personnes vertueuses tentent pour les réformer, d’un autre côté cependant, les maux honteux sous lesquels ils succombent, se montrent à eux comme une juste punition de leurs désordres, et tout retour sur eux-mêmes doit ainsi les rendre accessibles à des paroles qui ne sont que l’écho de leur conscience.
Cependant, ces infortunées sortent de l'hôpital : que vont-elles devenir, sans asile, sans ressources, réprouvées par l’opinion, repoussées par leurs tamilles? Comment les préserver du désespoir ? Oh ! puissions-nous, dans de semblables circonstances, trouver un établissement qui devienne à-la-fois et un séjour d’épreuve pour les repentirs douteux, et un moyen de
des vénériens, 122 enfans, dont 72 filles et 5l) garçons. La mortalité moyenne de ces infortunés est de 1 sur 5, 49 pour les garçons, et de 1 sur 6, 09 pour les filles.