‹ De la bienfaisance publiqueChapitre 343 sur 450 · LIVRE III. CHAP. IV · texte numérisé non relu

LIVRE III. CHAP. IV

cher, pour apprécier les droits de ceux qui sollicitent une place dans l’asile.

On serait porté à croire que l’admission des aveugles n’est sujette à aucun abus, et peut être autorisée sans précautions et sans limites. Ce sciait une erreur. Sans doute un indigent nese crèvera pas volontairement les yeux, pour obtenir la taveur d’être reçu dans un hospice. Mais on feint quelquefois la cécité ; on parvient à tromper la sagacité du médecin. L’aveugle, d’ailleurs, est toujours mieux placé au milieu des voyans auxquels il peut prêter l’emploi de ses forces, et par lesquels il peut être guidé au besoin, qu’au milieu de ses pareils avec lesquels il n’a pas d’échange utile a faire. Conservant leurs forces musculaires, les aveugles peuvent remplir maint office dans les professions industrielles ; dans un hospice, ils sont toujours tentés de s’abandonner à l’oisiveté. Les aveugles sont en général d’un cacactère défiant, d’une humeur difficile ; la vie de communauté leur convient peu; réunis , ils exercent les uns sur les autres une influence fâcheuse. Ils se prêtent mal à suivre les directions qui leur sont données, et ne répondent souvent que par d’injustes soupçons, aux mesures les plus tutélaires. Lorsqu’on les recueille dans les hospices; il est mieux de ne point les rassembler dans un même quartier, mais de les disséminer parmi les invalides voyans. Il s’établit alors entre ces deux classes d’infortunés, un commerce de services mutuels. L’un prête ses bras et ses jambes , l’autre ses yeux , et se réunissant ainsi ils suppléent l’un l’autre à ce qui leur manque. Le sentiment de la bienveillance et de la confiance s’alimente par cette communauté, console la privation et dissipe la tristesse [i ].

II y a des infirmités manifestes, des infirmités latentes. Ces dernières n’en sont pas moins quelquefois très-réelles et suffisantes pour rendre le travail difficile. Elles peuvent donc motiver l’admission; mais la plus grande attention est nécessaire pour les constater. Les paralytiques privés de l’usage de leurs bras doivent avoir la préférence sur ceux qui sont seulement privés de la faculté démarcher. Parmi les invalides, ceux-là doivent obtenir la préférence, dont les infirmités excitent le dégoût et la répugnance, et qui par là sont le plus exposées à manquer , dans les maisons particulières , des

jeunes incurables, et que nous avons déjà eu occasion de signalera la reconnaissance des amis du bien.

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