ÉTABLISSEMENS D’ALIÉNÉS EN FRANCE
France.
La France, en 1817, ne renfermait encore que 8 hospices spécialement affectés aux aliénés [i]. 24 hospices ou hôpitaux, consacrés à d’autres destinations, avaient des quartiers séparés pour les insensés; enfin, 15 dépôts de mendicité en recueillaient aussi. Mais la plupart des dépôts de mendicité ont été détruits depuis cette époque. Depuis celte époque aussi, plusieurs hospices spéciaux ont été créés en faveur des aliénés; en 1837, 57 départemcns en étaient déjà dotés, et quelques-uns en possédaient plusieurs. Dans celui de l’Ain et celui de la Seine, il existe des maisons distinctes pour chaque sexe; celle des Côtes-du-Nord est réservée aux hommes, celle de la Lozère aux femmes. À la même époque, 22 autres départemcns avaient au moins formé, dans des établissemens mixtes, des divisions distinctes pour le traitement des aliénés.
La portion des vastes établissemens de Bicêtre et de la Salpétrière, occupée à Paris par les aliénés indigens, quoique réunie sous la même administration et dans la même enceinte, avec les vieillards et les incurables des deux sexes, en est entièrement séparée dans la distribution des bâtimens, comme par rapport au régime, et n’entretient avec les autres catégories d’habitans aucune communication. Ce sont comme autant de quartiers distincts d’une même ville. Ces deux asiles, d’une origine récente quant à leur destination, ont été placés dans des établisscmcris préexistons [2], soumis par là à certaines
conditions matérielles, quoique l’administration se soit étudiée à étendre le local et à y introduire des dispositions nouvelles. Depuis leur naissance, ces deux maisons, les plus considérables de toute la France, et appelées à leur servir de modèle et d’instruction vivante, n’ont pas cessé d’obtenir des perfectionnemens successifs. L’illustre Pinel a porté tour-à- tour dans ces deux hospices l’influence bienfaisante de sa direction ; il a ouvert la voie par ses exemples, en même temps qu’il l’éclairait par ses doctrines. La séparation des divers degrés et des divers caractères de la folie a été l’un des premiers bienfaits de l’organisation nouvelle. Les fous en traitement ont été séparés des incurables; les convalescens, des uns et des autres; des infirmeries ont été réservées aux aliénés atteints de maladies incidentes. Chaque classe a eu ses dortoirs, ses loges, ses cours à part. Les loges hideuses et malsaines qui renfermaient les aliénés, et qu'on eût jprises pour des cachots, ont été transformées en cellules commodes, ou remplacées par de vastes dortoirs; les cellules sont réservées seulement à ceux qui ne pourraient, sans inconvénient ou sans danger, rester une nuit dans une salle commune. De beaux promenoirs plantés d’arbres ont été ajoutés ou substitués aux anciennes cours; à Bicètre, des jardins potagers y ont été joints. Les dégagernens opérés ont rendu la circulation à l’air et à la lumière. Le séjour des infortunés, si triste jusqu’alors, a obtenu un aspect serein et une sorte d’élégance dans sa simplicité. Les deux asiles ont été considérablement agrandis et mis en état de recevoir près de 2400 aliénés [3]. Mais les améliorations les plus importantes sont cel-
[1] C’étaient ceux de Charenlon,de Bordeaux, de Lille, de Marseille, d’Avignon, de Mareville, de Saint-Meen, d’Armentières.
[2] En 1789, l’Hôtel-Dieu était le seul établissement, à Paris, qui reçût les aliénés en traitement.
Bicètre, la Salpétrière, les Petites-Maisons , Charenton recueillaient les incurables.
On en comptait 300 à la Salpétrière, 230 à Bicètre.
Ce fut parles ordres de Louis xvi, que l’architecte Viel fit construire les loges de la Salpétrière.
En 1802, les salles d’aliénés en traitement à l’Hôtel- Dieu, furent évacuées; les malades conduits à Bicètre, à la Salpétrière ; de nouveaux bâtimens furent ajoutés à ces deux hospices.
Le conseil général des hospices n’avait rien négligé pour obtenir deux édifices uniquement destinés à l’a-
liénation mentale, avec de vastes jardins , et dans une situation favorable. Mais ses demandes ne furent point accueillies du gouvernement.
[3] La population de Bicètre était composée comme il suit :
Année.
Fous. Imbéciles. Total.
Au 1er janvier 1825.
Celle de la Salpétrière
Année.
Folles. Imbéciles.
Total.
Au 1er janvier 1825.