TROISIÈME PARTIE. LIVUE III. CliAP. V
les qui ont eu pour objet le traitement moral des aliénés. Les chaînes, les verrous, tous les moyens violens ont disparu. La camisole de' force est seule employée pour contenir le furieux. L’aliéné est environné des égards qui lui sont dus, traité avec douceur et bienveillance ; il obtient toute la liberté compatible avec sa propre sûreté et celle d’autrui ; des distractions lui sont offertes; la surveillance est déguisée, quoique constante et active. On a créé des ateliers. Bicêtre a offert, pour les hommes, des travaux de terrassement, de jardinage et même de grosse culture; sur les sages indications de M. le docteur Ferrus, on les a conduits ensuite, par petits pelotons, hors des murs de l’établissement, pour y être employés aux travaux des champs; enfin, on les a menés, par brigades de 50, 80 et 100, à une ferme distante d’une demi-lieue [i]. « Cette ferme est devenue le séjour des fous « convalescens de l’hospice de Bicêtre. Ce sont « eux-mêmes qui ont relevé les bâti mens de « leurs ruines, établi les dortoirs et les divers « offices, refait le jardin et mis en état de bonne « culture les autres parties de la ferme. Les ou- « vrages en maçonnerie, charpente, menuiserie, « serrurerie et terrasse, dont l’exécution leur «appartient, ont montré tout le parti qu’on « pouvait tirer de ces convalescens dans l’intérêt «de leur tranquillité, de leur santé, comme « dans celui de l’administration [2]. » On a essayé également avec succès, d’envoyer des brigades d’aliénés exécuter des travaux de terrassement à l’hôpital de l’Oursine; on en a même plusieurs fois mis à la disposition de fermiers voisins, qui les ont occupés dans leurs exploitations ; on les a employés à cultiver des champs pris à loyer [3]. Des ateliers ont été établis dans l’hospice des femmes, à la Salpétrière; les aliénées y sont occupées à des ouvrages de couture, de broderie, de tricot. De vastes galeries ont été édifiées au rez-de-chaussée, pour loger les aliénées; les promenoirs ont été plantés de peu-
[t] La ferme Sainte-Anne, située près la barrière de la Santé, et appartenantà l’administration des hospices.
[2] Compte rendu au conseil général des hospices par M. Desportes, sur le service des aliénés dans les deux hospices de Bicêtre et de la Salpétrière, pendant les années 1825 à 1835, pages 34et35.
[3] En 1838, un hectare et demi de pommes de terre a été ainsi cultivé, et le produiten a été ainsi partagé :
Pour les propriétaires. . 1/3
Pour l’hospice. ... * 2/3
pliers, garnis de gazon. Plus d’une amélioration sans doute reste encore à désirer dans l’un et l’autre établissement; les circonstances locales, l’insuffisance des fonds disponibles n’ont pas encore permis d’accomplir tout ce qui est reconnu utile.
L’hospice royal de Charenton fut d’abord fondé, en mai 1G45, par les frères de la Charité, et dès la fin du xvne siècle, il reçut, dans un quartier séparé, des aliénés dont on jugeait la réclusion nécessaire, moyennant une pension payée par les familles ou par le roi. Aujourd’hui, il est entretenu aux frais du gouvernement. 11 contient 500 malades environ; il est placé dans une situation admirable, sur un coteau abrité du nord ; il jouit d’un air pur , d’une belle vue ; il se compose de deux quartiers séparés pour les deux sexes , d’un grand nombre de bâtimens dont une partie a été récemment construite. Des promenoirs spacieux , de vastes jardins s’y déploient. Il réunit ainsi les conditions les plus favorables pour sa destination. A dater de 1815 seulement, il a éprouvé des améliorations salutaires et toujours croissantes ; le service médical y est largement pourvu ; l’administration en est paternelle ; il a l’heureux privilège de voir M. le docteur Esquirol présider au traitement des aliénés. Aussi sa réputation est-elle européenne. Cet hospice a une double destination; il recueille, à titre entièrement gratuit ou moyennant une pension réduite , un certain nombre d’aliénés des deux sexes privés de fortune, ou ne possédant que des ressources insuffisantes , mais appartenant à une classe de personnes que leurs services, leurs travaux, recommandent à la bienveillance de l’administration publique [4]; il reçoit ensuite des pensionnaires appartenant à des familles aisées, divisés en trois classes.
Ce bel établissement laisse cependant à désirer encore sous le rapport des constructions et des distributions, qui se ressentent trop de leur état primitif [5].
Le prix de journée a été fixé :
Pour l’aliéné laboureur, à. . . 15 centimes.
Pour le laboureur piocheur, à. 30 ou 40
Pour les veilleurs, à 25
Pour les chefs de brigade, à. . 50 ou 75
L’administration a fourni la semence.
[4] L’hospice de Charenton compte en ce moment 65 places gratuites, et 38 à pension réduite au minimum de 300 francs par an.
[5] Voyez le mémoire historique et statistique sur la