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ÉTABLISSEMENS D’ALIÉNÉS EN FRANCE

En parcourant les départemens, nous aimons à signaler plusieurs établissemens, comme offrant des modèles qui instruisent, des progrès qui consolent. On peut citer, entre autres :

Dans la Seine-Inférieure , l’asile départemental érigé en 1821, remarquable par son heureuse situation à l’extrémité d’un faubourg de Rouen, par ses vastes dépendances, ses divisions, par la construction des loges, autant que par son régime intérieur [1] ;

Dans la Gironde, l’hospice municipal de Bordeaux et l’hospicedépartemental de Cadillac tous deux dignes des éloges qui leur sont donnés , et, sous des directions différentes [2], recueillant des avantages semblables, parce que le même esprit y préside ;

Dans le département de la Sarthe , le nouvel hospice érigé au Mans, avec le double avantage de construire sur table rase, et à une époque où les règles qui doivent présider à ces constructions venaient d’être mises en lumière, avantages dont on a su profiter sous tous les rapports, et à la faveur duquel les distributions ont reçu un large et heureux développement [3] ;

A Poitiers, un hospice ouvert en 1823, qui renferme plusieurs bonnes dispositions, et que desservent les religieuses de Saint-Laurent ;

A Nantes, le nouvel asile de Saint-Jacques [4], qui naît sous les plus heureux auspices; placé dans la situation la plus favorable, dont on admire les belles constructions, où règne un ordre non moins admirable ;

A Aurillac, l’hospice fondé en 1836, et dont il suffit de dire qu’il offre avec le précédent une grande analogie ;

maison royale de Charenton, par M. le docteur Esquirol. Paris, 1835.

[1] La première pensée et le projet de cette création est due à M. le baron Malouet , alors préfet , qui détermina l’affectation des fonds nécessaires; l’exécution est l’œuvre de M. de Vansay, son successeur.

Cet hospice contenait au 28 juin 183G, 407 aliénés , et en avait reçu 118 pendant le cours de 1835.

Sur ce premier nombre, on comptait 126 pensionnaires, 104 malades admis à titre gratuit, 181 envoyés par les hôpitaux et hospices de la Seine-Inférieure , 48 mis en pension parles départemens circonvoisins.

On peut consulter, entre autres documens , sur cet intéressant asile, la notice statistique de M. le docteur de Boulteville. Rouen, 1835.

Oethospice est desservi par les sœurs de Saint-Joseph.

[2] Le premier est soigné par les sœurs de la congrégation de Ncvers ; congrégation dont on connaît le zèle

A Marseille, un établissement qui se construit en ce moment, sur des plans longuement médités et sagement conçus;

A Montpellier, l’extension donnée à l’ancien hospice de Saint-Eloi ;

A Lyon, le récent asile de l’Antiquaille, où les cellules des femmes sont disposées en arc de cercle , et qui se recommande par la sagesse de ses directions ;

A Stephansfeld , près de Strasbourg , le vaste refuge nouvellement ouvert pour les aliénés du Bas-Rhin, sous des conditions propices ;

Dans le Pas-de-Calais , l’ancien hospice de Saint-Venant, qui a obtenu, depuis près de 20 ans, les perfectionnemens compatibles avec ses conditions matérielles [5], et des réglemens sagement conçus [6j ;

Dans la Haute-Marne, l’ancien dépôt de mendicité de Saint-Dizier , transformé depuis quelques années en maison d’aliénés, et dont les bâtimens se sont trouvés assez étendus pour se prêter à de bonnes distributions.

En entrant dans l’un des faubourgs de Saumur, et près des rives de la Loire, on est frappé d’un spectacle singulier. Un hospice unique en son genre, et que nous citons seulement à raison de cette circonstance , est creusé dans le roc. Les loges sont des cavernes; des caves sont conquises sur le rocher; dans les unes et dans les autres habitent des maniaques, des aliénés paisibles, aussi bien que des vieillards. Ces demeures sont du reste sèches, salubres, et la mortalité dans ce bizarre asile, n’est pas plus considérable qu’aiileurs. Des religieuses le dirigent.

et l’habileté pour ce genre de service. Le second est confié aux sœurs de la Sagesse. Le premier contient environ 100 malades ; le second, 200.

Ce dernier a été fondé en 1817. Les nouvelles constructions qui s’y exécutent, permettront sans doute de satisfaire plus complètement aux conditions désirables.

[3] Les aliénés couchent dans des dortoirs, et y sont classés suivant l’état de chacun ; 20 loges seulement sont réservées aux maniaques agités; on les a sagement placés dans la partie la plus reculée de l’établissement.

[4] Desservi par les sœurs de Saint-Charles.

[5] 11 peut recevoir 250 malades. Une partie est placée aux Irais du département , une partie aux frais des communes ou des établissemens charitables.

[6] Sous la date du 16 mars 1820. Il est l’ouvrage de M. le vicomte Siméon, alors préfet du Pas-de-Calais ; il a servi de modèle à quelques autres.

Parmi les maisons tenues par les congrégations religieuses, un rang très-distingué doit être assigné au Bon-Pasteur , maison érigée à Caen par le zèle et les soins de M. l’abbé Jamet. Les dames de cette congrégation jettent en ce moment les fondemens d’un second établissement à Albi. Les frères de Saint-Jean-de-Dieu ont trois maisons pour les hommes aliénés, à Privas, Saint-Aubin (Côtes-du-Nord) , et la Guillotière, près Lyon. On ne' peut qu’applaudir au dévoùment de ces religieux ; ils gouvernent les aliénés avec une douceur, et même avec une bienveillance qui est la première condition d’un bon traitement moral ; ils cherchent à occuper quelques-uns de ces malheureux.

Dans le grand établissement de Maréville (Meurthe), les sœurs de Saint-Charles déploient, sous des circonstances matérielles peu favorables, un zèle méritoire.

On doit rendre dès aujourd’hui, à la plupart des asiles publics destinés en France aux aliénés, la justice de dire que le traitement moral y a été introduit, y préside. Les chaînes tombent; les cachots se ferment; les verrous disparaissent. Les leçons de Pinel ont été comprises, appliquées. Là où elles sont encore méconnues, on est sans doute plus répréhensible. La loi si vivement désirée, si profondément élaborée, qui a été rendue le 30 juin 1858, ouvre en France une ère nouvelle pour ce genre d’établissemens ; elle promet que désormais leur nombre et leur étendue répondront aux besoins; que leur régime satisfera aux vœux de l’humanité, et que le sort des aliénés sera protégé par les garanties désirables [i].

Belgique.

En 1854, on estimait, en Belgique, à 2000 environ, le nombre des aliénés admis dans les hospices, et l’on supposait qu’il formait la moitié

[i] Voyez sur les élablissemens que nous venons d’indiquer, et ceux que nous n’avons pu faire connaître, les précieux écrits de MM. Ferrus et Esquirol; ils en ont caractérisé les mérites ; ils ont invoqué pour plusieurs des améliorations et des réformes, et leurs vœux sans doute seront écoutés, lorsque les moyens d’exécution seront obtenus.

Cs] Voyez le mémoire de M. Ducpétiaux , sur l état

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