LIVRE HL CIIAP. V
du nombre de ceux qui existaient dans le royaume, 18 élablissemens spéciaux en recueillent une partie; ils n’offrent rien de remarquable. Mais ce royaume possédé, pour le traitement des fous, des institutions qui lui sont particulières. Ainsi, les frères Alexiens ou Célites, qui se consacrent au service de ces infortunés, les prennent en pension dans leurs maisons. Ainsi, dans la commune de Gheel, les aliénés mis en pension chez les habitans, forment une sorte de colonie. La pensée de perfectionnement qui peut jaillir de cet exemple n’est entrée pour rien dans les circonstances qui l’ont fait naître, et le principe n’en est pas même soupçonné dans le lieu où l’exemple est donné. La colonie d’aliénés de Gheel remonte au vne siècle ; elle a eu son origine dans l’opinion qui faisait considérer les fous comme des possédés , et dans la confiance que l’on avait en l’intercession de sainte Nymphna, pour les délivrer de l’obsession du démon [2]. Aujourd’hui encore, on conduit souvent les maniaques dans une église, pour y être soumis aux cérémonies de l’exorcisme. Les aliénés paisibles jouissent, dans celte colonie, d’une liberté presque sans bornes. La plupart des hommes sont occupés aux travaux des champs; les femmes tricotent, filent, font de la dentelle, ou sont employées aux services domestiques. Nulle part les aliénés ne sont plus complètement abandonnés à eux-mêmes, ne respirent un air plus pur, ne font un exercice plus salutaire. Chacun d’eux a l’avantage d’être placé dans le sein d’une famille, au lieu d’être réuni avec des compagnons atteints de la même infirmité. Mais la dispersion des malades sur un espace trèsétendu nuit à la surveillance, à l’adoption d’un régime régulier et moral; l’indépendance qui leur est accordée dégénère souvent en abus, favorise le désordre, fait naître des dangers; le commerce des deux sexes, qui n’y rencontre aucun obstacle, donne lieu trop souvent aussi à de funestes écarts. Les furieux sont mis aux fers, restent captifs, immobiles, attachés à une chaîne scellée dans le mur de l’habitation [3].
des aliénés en Belgique , etc. — [3] En 1838, M. Ramon de la Sagra a trouvé, à Gheel, 638 aliénés provenant de différens points delà Belgique et de la Hollande. On peut consulter sur les établissemens de ce royaume, l’ouvrage de M. le docteur Guislain, de Gand. et le mémoire de M. Ducpétiaux, déjà cités plus haut. Voyez aussi une notice insérée dans la Revue médicale de
ÉTAliLISSEMENS D’ALIÉNÉS EN BELGIQUE, EN ALLEMAGNE, EN RUSSIE.
Allemagne , Russie.
Les anciens établissemens d’aliénés subsistent encore dans une grande partie de l’Allemagne, avec les graves imperfections qui leur donnaient un caractère presque barbare. Les lumières et le zèle des médecins y suppléent en partie; d’ailleurs, les améliorations se répandent dans cette partie de l’Europe; des asiles dignes de servir de modèles s’y multiplient. Plusieurs perfectionnemens indiqués par la science ont été réalisés dans le vaste hospice de Sachsenberg, près Schwerin , duché de Mecklembourg , que dirige le docteur Hceming; dans l’hospice de Siegbourg, près Bonn, Prusse Rhénane, justement renommé pour son excellent régime, sous la direction du docteur Jacobi [i]; dans l’asile non moins célèbre de Sonnenstien à Pyrna , près Dresde, fondé par le roi de Saxe, et organisé par le docteur Bienitz. Ce dernier établissement est réservé aux aliénés curables; les incurables sont envoyés dans les montagnes,;» 12 lieues de Dresde. Les convalescens sont placés dans une seconde maison , distincte et voisine du château où sont recueillis les malades, bien distribuée, élégante et parfaitement appropriée à cette destination.
Ces hospices n’admettent que des aliénés en traitement. On critique dans le premier, plusieurs dispositions des localités; dans le second, des mesures erronées de l’autorité, qui ne permet d’y admettre les aliénés, la plupart du temps , qu’après trois ou quatre mois de maladie ; dans le troisième , l’accumulation des malades, l’irrégularité des batimens et l’insuffisance des classifications. On regrette que ces deux derniers aient l’aspect de châteaux-forts, plutôt que celle d’un asile où l’apparence de la liberté doit faire oublier la captivité; que les aliénés y goûtent plus les jouissances d’une belle vue, que les distractions du travail.
Dans l’hospice des aliénés de Francfort-surle-Mein, on a eu l’heureuse idée d’admettre les malades, dès le premier accident qui fait craindre pour leur raison. La séquestration n’est ainsi qu’une mesure provisoire ; un temps d’épreuveest accordé, pour reconnaître l’infirmité ; un second temps d’épreuve est établi ensuite,
pour constater la guérison.
[î] Voyez le bel ouvrage déjà cité, de ce médecin, et publié à Berlin. 183L —[2] M. le docteur Leuret ; voyez
Le gouvernernant du grand-duché de Bade fonde une bonne législation sur les aliénés, et un hospice destiné à les traiter, qui , conçu sur les meilleurs plans, s’élève à cette heure même. Le royaume de Wurtemberg entre en possession des mômes avantages, par la création d’un hospice modèle , à Winnenden , où déjà des guérisons s’opèrent , sous la direction du docteur Relier. Le royaume de Bavière prépare à son tour un hospice nouveau dans de bonnes conditions.
Le petit hospice de Baireuth , heureusement situé , avait joui de quelque renommée; mais on est contraint de reconnaître qu’il ne paraît pas réaliser tout ce qu’il avait promis.
L’hospice formé à Munich, en 1805, est aussi établi dans de petites dimensions; mais il a recueilli l’application des salutaires vues d’Hœberl. L’influence de l’illustre Frank s’est fait sentir aussi à l’hospice de Vienne. Son aspect est plutôt celui d’une prison , que celui d’un asile destiné à des malheureux qui ont besoin de se croire libres; cependant , en 1796, on yajoint un jardin, et, sous la direction des docteurs Gunther et Hubert , le traitement moral y est associé aux prescriptions médicales. Les convalcscens passent dans une maison séparée.
Longtemps recueillis dans l’hôpital de Boukhoff, les aliénés de Saint-Pétersbourg possèdent maintenant un asile qui leur est propre, à trois lieues de la capitale. L’édifice construit pour cette destination n’y satisfait pas aussi entièrement qu’on pourrait le désirer. Son aspect d’ailleurs est imposant ; les distributions en sont larges; des jardins l’entourent de trois côtés; on a sagement borné à un étage la hauteur des batimens. Les malades sont bien nourris, bien soignés; les employés nombreux, bien rétribués; le traitement, sous la direction de M. Ruhl, est conforme aux bons principes; cependant on réussit avec peine à y introduire le travail. On n’y reçoit que des malades curables ou présumés tels. Un observateur judicieux [2] a remarqué que les malades sont trop resserrés, trop enfermés. Mais on calcule qu’il faudrait, pour cette grande capitale, un hospice capable de contenir 250 à 500 aliénés, et celui de PéterholT n’en renferme que 150.
Quoique la Suisse possède quelques hospices spéciaux pour les aliénés, elle en désire encore
son intéressante notice publiée en 18~8, et à laquelle nous avons emprunté ces détails.
un qui soit construit , distribué suivant les bons principes. Le gouvernement de Genève s’occupe en ce moment d’en construire un, et ne néglige rien pour s’entourer de toutes les lumières propres à rendre cette création digne de son but [i].
Italie.
L’hospice des aliénés de Reggio, situé à un tiers de lieue de cette ville, est placé au premier rang parmi ceux de lTtalie; il date de 1821 ; il a succédé à l’hospice de Saint-Lazare, qui ne pouvait, dit le docteur Valentin, être visité, sans exciter l’horreur et la pitié [2]. Le médecin a guidé l’architecte. Ce médecin [3] avait préalablement visité, étudié les principaux établissemens d’aliénés de l’Europe. Aussi y a-t-il réalisé toutes les conditions qu’indique l’état actuel de la science. La situation en est heureuse : il occupe une vaste étendue; les logemens sont voûtés, spacieux, propres, éclairés, bien aérés; il y a des allées plantées d’arbres, des portiques couverts, des salles de compagnie, d’étude, de travail; des réfectoires, une infirmerie; l’eau abonde, est bien répartie. Une partie des malades travaillent à la terre; ils sont classés. Les moyens violens sont bannis; les malades sont conduits avec douceur et bienveillance. On regrette seulement de n’y point trouver de dortoirs communs, et de voir deux étages à l’édifice.
Le célèbre hospice d’Aversa [4] produit au premier aspect l’impression la plus favorable. La situation est heureuse, l’édifice a des formes grandioses; les cours, les jardins sont vastes; les plantations sont multipliées, les fleurs prodiguées; la sculpture, la peinture ont orné ce séjour d’œuvres de tout genre. On y voit de nombreuses inscriptions, un muséum, un billard, une bibliothèque , une imprimerie, un théâtre;