‹ De la bienfaisance publiqueChapitre 36 sur 450 · DES CAISSES D’ÉPARGNES · texte numérisé non relu

DES CAISSES D’ÉPARGNES

ARTICLE PREMIER

Du caractère propre à ces êtablissernens .

Voici encore l’une des créations les plus récentes du génie de la bienfaisance, et cependant on a lieu de s’étonner qu’elle ait tardé si longtemps à se produire; car il en est peu qui soient si simples en elles-mêmes, il en est peu qui tendent plus directement au but, et dont les avantages soient plus manifestes.

C’est qu’elle se lie «à l’esprit d’ordre et de prévoyance , l’une des choses les plus désirables pour la destinée des classes laborieuses; mais l’une des choses les plus difficiles à faire régner dans les mœurs populaires.

On sait que les caisses d’épargnes sont des dépôts publics auxquels tout individu peut confier, à volonté, les deniers qu’il veut mettre en réserve; qui en accumulent pour lui le produit à intérêt composé, et dont il peut les retirer, en tout ou en partie, lorsqu’il le désire.

Tout est dit déjà sur les services que cette institution rend aux classes laborieuses de la société, soit par la sécurité que leur inspirent les garanties offertes pour les placemens, soit par l’accroissement du capital placé, soit par la liberté illimitée qui leur est laissée pour placer et retirer à volonté. On a surtout, et avec raison, signalé l’utilité morale qu’elle procure, en secondant l’esprit d’ordre et d’économie. Elle favorise les vertus qui en sont la condition ou la suite; elle encourage le travail; elle accoutume l’homme laborieux à réfléchir; elle aide à entretenir les affections domestiques; elle concourt

à multiplier soit les êtablissernens industriels, soit les familles, en donnant les moyens de former et de conserver un fonds pour ouvrir un atelier, ou une dot pour un mariage ; elle enseigne à l’homme peu aisé à comprendre le parti qu’il peut tirer de ses propres ressources, à s’armer d’avance contre les dangers de la misère, contre les aecidens de la maladie, de la vieillesse. Pendant que les caisses d’épargnes diminuent le nombre des indigens, elles concourent aussi à relever le caractère du pauvre, à lui rendre plus de dignité avec une plus grande indépendance; elles font goûter le sentiment de la propriété aux personnes malaisées; elles leur constituent une propriété réelle qui, toute modique qu’elle est, fructifie, se perpétue. Elles ont même une haute utilité publique ; elles sont à lafois un symptôme et un moyen d’ordre public.

Déjà le témoignage des faits vient justifier les prédictions des hommes de bien. On a observé, en France et en Angleterre, qu’aucun de ceux qui ont fait des placemens dans les caisses d’épargnes n’a été traduit devant les tribunaux, tandis que des relevés faits à diverses époques prouvent que les 3/4 des individus condamnés l’ont été parce qu’ils étaient livres au jeu, à la loterie ou aux liqueurs fortes [ i] . Une suite d’observations faites à Paris, a prouvé qu’aux époques de troubles et de désordres, le nombre des déposais aux caisses d’épargnes se réduit, et que le nombre de ceux qui en retirent leurs fonds augmente en raison de la gravité de ces désordres [2]. L’influence exercée par les troubles politiques et les émeutes sur la caisse d’épargnes de Paris, se montre par les rapprochemens suivais :

[1] Voyez le rapport de M. Benjamin Delessert à l’as- [2] Voyez le rapport du même président , présenté à semblée de la caisse d’épargnes de Paris, le 1 1 juil- l’assemblée générale du 3 juillet 1833, et celui ci-dessus let 1834. cité.

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