‹ De la bienfaisance publiqueChapitre 37 sur 450 · SONT ÉLEVÉS A · texte numérisé non relu

SONT ÉLEVÉS A

Octobre 1850

Fr. 320,000

Fr. 784,000

Décembre 1850

Février, mars, avril. . .

5 mois

excédant sur les versemens.

Juillet 1851

1 15 et 14 avril 1854. . . .

En 1851, le nombre des déposans a été réduit à 55,000, c’est-à-dire au 1/3 de 1829; et le montant des dépôts à deux millions 400,000 fr. c’est-à-dire à moins des 2/5 de la somme déposée en 1829.

L’époque à laquelle le choléra a régné, a produit des effets bien moins sensibles.

Pendant les onze derniers mois de 1850, et l’année 1851, il ne s'est formé en France aucune nouvelle caisse d’épargnes.

« Les caisses d’épargnes, dit avec raison « M. Alphonse de Candolle [1], en augmentant « le nombre des hommes les plus intéressés au « maintien de l’ordre, rendent un service réel à « nos sociétés toujours menacées. — La sécurité « publique, ajoute judicieusement le même au- « teur, est plus intéressée à la multiplication « des petits capitaux, qu’à la division extrême « de la propriété foncière. »

La forme sur laquelle ces institutions sont ordinairement organisées, leur imprime aussi un autre caractère qu’il est intéressant de signaler.

L’administration de ces établisscmens est essentiellement gratuite , des hommes honorables lui donnent leurs soins [2]; le plus souvent même, de généreuses souscriptions constituent pour ces établissemens une dotation, destinée tout ensemble, et à garantir aux déposans la conservation de leurs fonds en cas d’accidcns, et à couvrir en tout ou en partie les frais de la gestion. Ces libéralités n’ont rien d’humiliant

[1] Recherches sur l’origine et l'institution des caisses d'épargnes ( Biblioth. univ. de Genève ), sept. 1836.

[2] A Paris MM. les agents de change ont même prêté leurs services gratuitement pour l’achat des rentes ; M. le

pour ceux qui en recueillent les fruits; elles sont un bienfait sans contredit; mais elles ne sont point une aumône. Lorsque, ainsi qu’il arrive souvent, les communes contribuent à la dotation, il s’opère un heureux concours de la bienfaisance publique et de la bienfaisance privée. Enfin , le service de ces établissemens, par la manière dont il s’opère, rapproche les personnes aisées de celles qui ne le sont pas, établit entre les unes et les autres, des relations fondées sur la bienveillance d’une part, sur la confiance, de l’autre.

Rien ne s’opposerait, il est vrai, à ce que l’homme laborieux fit des épargnes journalières, les conservât pour le moment du besoin, même en l’absence d’une caisse publique spécialement destinée à en recevoir le dépôt. Mais , lorsqu’il garde entre ses mains les modiques sommes qu’il parvient à économiser, il se laisse plus facilement séduire par les occasions de les dépenser; en présence d’un plaisir qui le lente et qu’il ne dépend que de lui de satisfaire, il s’abstient avec plus de peine; s’il conserve cet argent dans ses mains, il n’en retire aucun produit; il est exposé à le perdre par quelque accident; il résiste moins aux instances de sa femme, de ses enfans, de ses amis. S’il veut le placer d’une manière utile, il trouvera difficilement a faire iructilier une petite somme ; il sera fort embarrassé pour choisir un mode de placement convenable; il pourra se tromper dans le

gouverneur de la Banque a cédé son propre logement pour fournir un local ; les fondateurs et directeurs ont versé une somme de près de 300,000 fr.pour la dotation de la caisse d’épargnes à son origine.

SECONDE PARTIE. LIVRE II. CIIAP. IV

choix , être victime de sa confiance. La caisse publique lui évite ces embarras, ces incertitudes, ces erreurs, ces dangers. Elle lui évite même la perte de temps et la peine de tenir sescomptes.

N’exagérons rien, au reste, et n’espérons pas trouver, dans la création des caisses d’épargnes, le moyen infaillible et absolu de prévenir toutes les misères. Il n’y a pas plus d’antidote universel pour les maux de l’indigence, que pour les maladies du corps. Il est des situations tellement gênées qu’elles ne permettent guère de faire des économies journalières. La présence de la caisse d’épargnes éveille, encourage, favorise la disposition à l’économie ; mais elle la suppose. Iæ plus difficile pour l’homme qui vit au jour le jour, c’est précisément de commencer à accumuler, denier à denier, la somme qu’il pourra déposer ensuite; les plus petites sommes sont celles qui s’écoulent d’une manière plus insensible, qu’on dépense le plus facilement. La faculté toujours subsistante de retirer le dépôt, laisse renaître, avec les tentations, les moyens de dissiper. Enfin, avant que les dépôts successifs et les intérêts qui viennent les grossir, aient pu former un capital suffisant, pour subvenir à un accident prévu, une longue et grave maladie, une infirmité incurable, cet accident peut survenir. 11 faut au père de famille une longue persévérance, et la possibilité de continuer ses dépôts pendant un certain nombre d’années, pour qu’après sa mort, sa veuve et ses enfans en bas âge trouvent, dans le produit de ses épargnes, une ressource qui les mette à l’abri du besoin. Une mort prématurée trompera tous les calculs de la prévoyance. Aussi a-t-on observé que l’institution des caisses d’épargnes , quel que soit le rapide et vaste développement qu’elle ait acquis en Angleterre, n’y a pas encore eu pour effet de réduire sensiblement la taxe des pauvres.

On remarque à Genève, que les secours donnés par la charité publique et privée, n’ont pas diminué depuis la création de la caisse d’épargnes et le développement qu’elle a reçu [i]

Les caisses d’épargnes profitent davantage aux personnes dont les salaires s’acquittent à l’année, au trimestre, au mois; parce que ces personnes touchent à-Ia-fois une somme assez forte, pour en détacher immédiatement une partie qui puisse composer un dépôt. Elles profitent davantage à

[i] Voyez les caisses d'épargnes de la Suisse, par M. Alphonse de Candolle, pagelT2.

ceux qui reçoiventdes salaires plus élevés. Elles supposent déjà un certain commencement d’aisance dans ceux qui y recourent. Elles tendent plus encore à prévenir la première chute qui fait tomber dans la pauvreté l’homme laborieux, que la seconde chute qui fait tomber le pauvre dans l’abîme de l’indigence. En formant des capitaux a la petite industrie, elles accroissent l’aisance de ceux qui l’exercent, et leur permettent d’étendre leurs opérations; elles augmentent leur crédit ; elles améliorent leur condition. Mais, dès que la rude étreinte de la nécessité se fait sentir, elles n’offrent guère qu’un faible secours , ne faisant que rendre cequ’elles ont reçu. Toutefois, même pour les personnes les plus gênées , elles aident encore à mettre d’avance en réserve les sommes nécessaires au paiement des loyers, et aux autres dépenses qui se font seulement à certaines époques éloignées , et s’acquittent en totalité; elles concourent donc ainsi à préserver les familles malaisées, d’un genre d’embarras qui cause souvent leur ruine, ceux qui naissent de la nécessité de payer à-la-fois des sommes fortes avec un salaire journalier.

L’utilité d’une caisse d’épargnes, considérée individuellement, se mesure plus encore par le nombre des déposans , et par la classe à laquelle ils appartiennent , que par la somme totale des dépôts. Car son but est de recueillir et de conserver les petites épargnes des personnes qui vivent de leur travail. M. Alph. de Candolle a fait sur ce sujet une réflexion aussi neuve que judicieuse; il a fait remarquer que le rôle et l’utilité d’une caisse d’épargnes s’apprécient bien moins par le solde dont elle reste dépositaire, que par l’activité de sa double série d’opérations , les dépôts reçus et les remboursemens. Car, dit-il avec raison , si toute somme versée est un avantage poulies familles, une somme remboursée est aussi un avantage; elle vient empêcher une faillite, déterminer un établissement, créer une industrie , etc. [2].

Les caisses d’épargnes sont un instrument de création pour les petits capitaux. Elles créent , par là même, de petits propriétaires ; mais, par la multiplication, non par la division de la propriété. Elles réduisent donc le nombre des prolétaires, si l’on accepte notre principe, qui ne range pasau nombre des prolétaires tout individu qui possède un capital mobilier et disponible.

[2] Les caisses d'épargnes de la Suisse, page 1 15.

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