‹ De la bienfaisance publiqueChapitre 366 sur 450 · DE LA GUÉRISON · texte numérisé non relu

DE LA GUÉRISON

même de leurs intérêts pécuniaires. Ce n’est donc plus assez des fonctions qui lui sont attribuées dans les hôpitaux ordinaires de malades ; ici, la suprématie lui appartient.

Lorsque nous recommandons d’investir le médecin d’un pouvoir discrétionnaire, nous supposons, comme une condition fondamentale, un médecin philosophe, vrai philosophe. Nous n’avons garde au surplus de prétendre qu’il ne doive être soumis à aucune autorité, à aucun contrôle. De sages réglemens seront tracés, et, sans embrasser minutieusement tous les détails, détermineront d’une manière générale les fonctions, le mode de leur exercice, poseront les bases de la discipline. L’administration supérieure présidera à l’organisation, à la marche de l’établissement, inspectera assidûment les services. Le concours de l’autorité judiciaire ellemême sera invoqué; sa surveillance préviendra ou réprimera les abus, protégera les intérêts des malheureux qui sont hors d’état de veiller à leurs propres affaires.

En vain cependant, toutes ces conditions auraient été remplies, si le personnel des employés, des surveillans, des gardiens, n’offrait les garanties nécessaires. Servant d’instrumens habituels au médecin; placés constamment auprès des malades; vivant au milieu d’eux, agissant sur eux par mille influences, dépositaires d’une portion de l’autorité, devant l’exercer aussi d’une manière un peu discrétionnaire, ces employés, ces surveillans ont à remplir une tâche rude, délicate, difficile. 11 leur faut une intelligence peu commune, un grand sang-froid, une activité incessante, un courage tranquille; l’équité, la bienveillance doivent présider à tous leurs rapports avec les malades. Quelle existence que celle d’une personne saine d’esprit, condamnée à passer sa vie entière au milieu des insensés, et obligée de les conduire, souvent de leur rendre les services les plus rebutans! ne s’irritera-t-elle jamais de toutes les extravagances, de toutes les violences dont ellesera témoin, des injures peutêtre dont elle sera l’objet? Ne sera-t-elle jamais tentée d’abuser du pouvoir qui lui est remis, et de trouver que la force est le moyen le plus simple pour contenir les malades? L’habitude même des relations avec les aliénés, ne pourra-t-elle pas l’endurcir? veillons à ce que les gardiens jamais ne se transforment en geôliers!

[1] Diclionn. des sciences médicales, art. Folie, p. 205.

[2] Mémoire historique et statistique sur la maison

De l'issue du traitement.

De la guérison.

Le traitement de l’aliénation mentale est beaucoup plus long que celui des autres maladies; il laisse ordinairement moins d’espoir de succès. Les hospices ouverts aux indigens atteints de cette infirmité sont donc une charge plus onéreuse pour la bienfaisance publique ; ils semblent la récompenser moins abondamment de ses sacrifices. L’intérêt de l’économie se confond ici avec l’intérêt de l’humanité, pour recommander tous les efforts qui peuvent tendre à multiplier et à accélérer les guérisons.

M. le docteur Esquirol a conclu de ses nombreuses recherches que « la guérison absolue « des aliénés est d’environ un tiers, et que le « nombre des guérisons varie du quart à la de- « mie [1]. »

D’après des recherches publiées par les directeurs de l’asile de Worcester, dans les États- Unis, la guérison des aliénés, dans 15 hospices d’Angleterre, ne dépasserait pas 55 pour 100; dans 5 hospices de France, elle s’élèverait à 45 ; dans quatre hospices d’Allemagne, elle serait de 31; pendant qu’à Worcester, elle arriverait à 55 et 64 pour 100.

A l’hospice royal de Charenton, près Paris, les guérisons sur les aliénés mis en traitement, s’élèvent en ce moment à un sur 2,53 [2].

A l’hospice de la Salpétrière de Paris ( femmes aliénées), un relevé de dix ans, de 1804 à 1814, donne une moyenne de une sur 2,31 malades, tant curables qu’incurables, et d’une sur 1,50. pour les malades mises en traitement [3].

Pendant trois années, de 1822 à 1824, les guérisons furent comme il suit, à la Salpétrière et à Ricètre :

Moyenne des guérisons.

Hommes. Femmes. Total Réputés curables. ... 1 sur 2,24 2,09 1 sur 2,16 Curables et incurables. . 1 sur 2,87 2,93 1 sur 2,90

Mais, en retranchant le nombre des rechutes, ces rapports se réduisent savoir :

royale de Charenton , 1835, p. 151. — [3] Rapport sur l’état des hôpitaux , etc., de Paris, 1816, p. 191.

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