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ORIGINE DES CAISSES D’ÉPARGNES

Aperçus historiques sur cette institution.

Origine des caisses d’épargnes.

Une idée utile naît souvent, à-la-fois, dans plusieurs esprits, sans qu'ils se la communiquent l'un à l'autre. Un établissement de bien public se forme sur plusieurs points , sans qu’il y ait concert ni imitation , et ce phénomène a du se reproduire d’autant plus aisément que, jusqu’à ce jour, il n’existe encore ni centre de relations, ni correspondances mutuelles , et que les établissemens de bienfaisance qui existent sont en général peu connus.

C’est là ce qui est arrivé pour la création des caisses d’épargnes. La pensée en est éclose presque en même temps dans le nord de l’Europe , en Allemagne, en Suisse, en Angleterre, en Ecosse, en France, et s’y est réalisée plus ou moins sous différentes formes.

Le plus ancien exemple connu est celui de la caisse d’épargnes de Hambourg, qui s’est spontanément constituée en 1778; elle ne recevait point de dépôts au-dessous de 15 marcs; ellea eu sous sa première forme une durée de près d’un demi-siècle. Elle a été réorganisée par la suite, comme nous allons bientôt le voir. Celle du duché d’Oldenbourg s’est formée en 1788; la caisse de prévoyance d’Altona et la caisse d’épargnes de Gœltingue datent de 1801 [i]. Ces deux dernières subsistent et prospèrent. Celle d’Altona est dépositaire de 2,015,971 marcs, celle de Gœltingue de 50,000 écus d’empire.

Les caisses d’épargnes de Carlsruhe, du duché de Nassau, formées en 1816, sont d’ailleurs les seules qui, en Allemagne, se trouvent exactement contemporaines de celles de Londres et de Genève, foules les autres ont une origine postérieure.

On raconte qu’une modeste banque charitable, fondée, en 1804, a lottenham, a été, pour l’Angleterre, le berceau de cette institution salutaire; que la banque charitable elle-même a

été formée sur le modèle d’une petite banque pour les enfans, qui, six ans auparavant , aurait été ouverte dans la même ville : quatre années s’écoulèrent encore avant que cet exemple fût imité; une institution de prévoyance fut alors érigée à Bath. Encore l’existence de l’un et de l’autre établissement était-elle restée presque ignorée, lorsque M. Henri Duncari, ministre à Dumfrie, fonda la banque d’épargnes de Ruthwel, en mai 1810, 31. William Forbes , celle d’Édimbourg, en 1815, et que tous deux firent connaître les statuts de ces banques, leurs avantages, et en devinrent les premiers propagateurs. Celle de Londres s’ouvrit sous la présidence de 31. Thomas Raring, Je22juillet 1816 [2].

Une caisse d’épargnes a été instituée , dès

l’année 1807, en Ecosse, à \V est-lvalder , parle révérend Joseph Muckersex ; une seconde, en 1815, à Edimbourg, par une société de souscripteurs. 31. de Candolle signale cette dernière à raison de ses succursales.

Les laborieuses recherches de 31. Alph. de Candolle nous font connaître que la Suisse possédait plusieurs caisses d’épargnes dès la fin du siècle dernier, et il parait que cesélablissemens ignoraient , à leur origine, leur existence mutuelle.

La caisse de Berne, dite des domestiques, fut organisée dès 1787, et dut sa création a l’ancien gouvernement bernois, qui lui fournit des avances jusqu'à 75,000 livres, et lui donna de sages réglemens. Le minimum des mises était de 50 livres de Suisse; le maximum fut réduit successivement à 150. Quoique instituée pour les domestiques , elle admit aussi ceux qui avaient quitté cette profession. Un réglement du 15 mai 1829 l'a limitée aux domestiques de la ville, à ceux du canton, à ceux des bourgeois de Berne établis hors de la ville, à ceux des préfets et des pasteurs du canton. Les versemens et remboursemens ne peuvent avoir lieu que du 1er au 15 mars de chaque année.

La caisse des bourgeois , de Berne, ne date que de 1829.

Flusieurs tentatives ont eu lieu, dès la fin du siècle dernier, pour doter Genève d’une caisse d’épargnes. Vers 1789, cette ville en possédait une, formée par des particuliers pour des dépôts supérieurs a 60 livres genevoises; on ignore

[1] Voyez l’ouvrage que M. de Mallhus vient de publier, à Heidelberg, en allemand, sur les caisses d’épargnes en Europe; introduction , pag. iv.

[2] Voyez la Notice sur les caisses d’épargnes , par

M. A. Prévost, agent général de la caisse d’épargnes de Paris , 1832 , chapitre 2, pages 27, 28. \ oyez aussi Historg of savings Banks, by John Tidd J ratz. Londres, 1830.

SECONDE PARTIE. LIVRE II. CJIAP. IV

l’origine première , la nature précise et la duree de cet établissement. En 1795 et en 1794, le plan d’une institution de ce genre fut proposé au gouvernement ; il fut adopté , mais cette caisse eut peu de succès , peu de durée ; les circonstances en furent cause. Elle réunissait l’escompte et la consignation au dépôt des épargnes. Elle recevait toutes sommes comprises entre 6 fl. 4 s. 6 d. et 6575 florins.

La caisse d’épargnes qui existe actuellement à Genève, est née presque au même instant que celle de Londres (en août 1816) [î] ; Genève venait de recouvrer son indépendance politique, par les traités de 1815. Ses étroites relations avec la Grande-Bretagne l’ont souvent mise en mesure d’emprunter, la première, les choses utiles qui se produisaient dans celte île, et de servir d’intermédiaire pour les répandre dans le reste de l’Europe. Le patriotisme éclairé des citoyens de cette petite et intéressante république leur a fait saisir avec empressement les occasions de réaliser les vues d’une saine philanthropie. L’un d’entre eux, M. Tronchin, eut l’honneur d’offri r, par ses libéralités personnelles, les moyens de pourvoir aux frais de la caisse d’épargnes, et ceux de garantir aux déposans la conservation de leurs fonds. Il affecta au premier objet 2400 florins, pendant 26 ans, et pour le second, permit de prendre hypothèque sur ses biens, jusqu’à concurrence de 60,000 florins. Un concours empressé seconda son dessein ; un peuple laborieux et économe accueillit avec joie et reconnaissance la fondation dont il sentait le prix. Bientôt elle obtint un succès aussi prompt que remarquable.

Le vénérable Isclin, philosophe, moraliste, philanthrope, dont nous avons eu plusieurs fois occasion d’honorer la mémoire dans cet ouvrage, et qui a fondé la Société bâloise (T utilité publique, est aussi l’auteur du premier plan d’une caisse d’épargnes pour Baie. C’était un établissement particulier, formé sous la garantie solidaire de vingt des premières maisons de la ville, pour une somme de 6i,000 livres de Suisse. Elle payait 5 p. o/o d’intérêt sur les dépôts faits par les orphelins , les domestiques et les personnes peu aisées. Elle fut approuvée par le gouvernement en 1794.

En 1809, un établissement public de caisse d’épargnes a été érigé dans la même ville. Elle compte 2500 déposans, et la somme totale des

[î] Voyez les comptes annuellement rendus et publiés

dépôts s’élève à près de 400,000 écus de Suisse.

La caisse d’épargnes de Zurich a été instituée en 1805, sur le modèle de celle de Hambourg.

Une institution analogue à celle des caisses d’épargnes s’était formée à Coire, dans les Grisons, de 1779 à 1797, et avait succombé aux circonstances politiques. Reprise en 1808, par une société patriotique, elle embrasse tout le canton, compte 1116 déposans ; la somme totale des dépôts monte à environ 500,000 livres de Suisse.

La compagnie d’assurance sur la vie érigée à Paris, et autorisée par arrêt du conseil du 5 novembre 1787, avait joint à son entreprise un bureau d’économie, destiné à recevoir de petits placemens. La même année, un sieur Feuchère avait créé également, sous le titre de Chambre d’ accumulation de capitaux et d’intérêts composés, un établissement qui avait quelque analogie avec les caisses d’épargnes. La caisse de placemens en viager, instituée à Paris, le ier messidor an x, joignait un bureau d’économie à son plan. Quelques autres entreprises privées ont offert au public , ou pour mieux dire ont sollicité de lui, de recevoir et de faire fructifier les épargnes de ceux qui voudraient leur accorder confiance. Mais ces divers établissemens, quoique se décorant quelquefois eux-mêmes de titres philanthropiques, n’avaient au fond que le caractère d’une spéculation intéressée, et par là diffèrent essentiellement des caisses d’épargnes. Elles étaient loin d’en offrir d’ailleurs et les garanties et les avantages.

Une remarque qui mérite d’être signalée par l’histoire, c’est que l’institution des caisses d’épargnes n’a réellement pris son essor en Europe qu’à dater du retour de la paix générale. C’est en 1816, comme on l’a vu, que sont nées celles de Londres, de Genève , de Nassau, de Carlsruhe , et trois autres caisses de divers cantons de la Suisse. A dater de 1817 à 1818, elles se sont rapidement propagées sur toute la surface de l’Europe. Jetons un coup-d’œil sur ce développement dans les diverses contrées.

En moins de dix-sept ans, le nombre des élablissemens de ce genre (sarings bancks ) s’est

par l'administration de cette caisse ,à Genève.

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