‹ De la bienfaisance publiqueChapitre 380 sur 450 · QUATRIEME PARTIE. LIVRE I. CHAP. I · texte numérisé non relu

QUATRIEME PARTIE. LIVRE I. CHAP. I

nombre, allaient en croissant, les distributions de terre, la loi agraire, les dispositions relatives aux débiteurs, le développement des clientelles, la formation des colonies, étaient employés comme des mesures de prudence, pour détourner les dangers qui augmentaient aussi de jour en jour.

Quoique ces divers ordres de mesures n’eussent pas pour but réel et direct, de prévenir ou de soulager l’indigence, elles avaient cependant, en réalité , quelques effets favorables pour la condition des pauvres. Le patronage légal assurait à des familles entières la protection des patriciens. Etabli dans l’intérêt de l’aristocratie, il l’environnait de l’éclat d’un cortège; il lui procurait des suffrages au Forum, des services utiles, et même au besoin des cotisations pécuniaires ; les cliens venaient même rétablir sa maison incendiée. Toutefois, le patron était tenu envers ses clicns d’obligations nombreuses : il devait les aider de son crédit, de ses conseils, répondre pour eux, plaider leur cause. Chaque jour, à sa porte, la sportule était distribuée à ceux qui venaient le saluer ou former son escorte. Destinée à leur servir d’aliment, fournie d’abord en nature, converti ensuite en argent, elle comprit enfin la ration d’un rep^s entier [1]. D’autres cliens, qui prirent pour ce motif le nom de latrones [2], recevaient une espèce de solde pour suivre le patron, étaient comme attachés à sa personne. Ï1 donnait le vêtement et la nourriture à scs affranchis pauvres; il instituait des legs, des pensions alimentaires en leur faveur [3]. Malheureusement, cette tutelle qui eût pu être noble et généreuse, était quelquefois le prix de l’importunité ou de la bassesse.

Législation, sous les empereurs , jusqu’à Constantin.

La dictature de César, la toute-puissance d’Auguste, furent le triomphe du parti populaire. Lorsque le dcspolisme’surgit , comme il devait arriver , du sein d’une démocratie immense et corrompue , il en affecta les dehors, et

une sorte de bienfaisance publique s’introduisit, comme le tribut ou l’adulation du pouvoir envers la multitude, dont il se disait le serviteur pour en rester le maître. C’était le faste d’une prodigalité sans choix, comme sans bornes. On achetait l’obéissance et la paix publique, en soulageant la misère, en soldant l’oisiveté.

Aussi, voit-on le nombre des citoyens admis aux distributions frumentaires , s’accroître sous Auguste, sous Tibère. Septime-Sévère y ajoute une ration d’huile. Auréîien convertit la distribution de grains en une délivrance de pains confectionnés avec la fleur de farine, et y joint une ration de chair de porc.

Ces gratifications extraordinaires faites, tantôt par les préteurs entrant en charge, tantôt par les triomphateurs, que Crassus pendant sa magistrature avait portées jusqu’à donner un festin public au peuple, et jusqu’à approvisionner chaque citoyen de blé pour 5 mois ; que César, pendant sa dictature, surpassa par une munificence sans exemple, qu’il continua encore par un legs dont Octave se porta pour exécuteur, ces gratifications se multiplièrent encore sous Auguste, et s’élevèrent de 40 sesterces jusqu’à 60, par tête. Les premiers empereurs en instituèrent après eux , par leurs testamens. Le congiariutn devint périodique, obligé. I) était réparti d’après la matricule des distributions frumentaires. Les pauvres en jouissaient sans doute; mais ils n’en étaient pas l’objet direct, exclusif. Jetées sans discernement à la populace, ces largesses peuplèrent Rome d’une race de pauvres volontaires, vivant aux frais du public, dans l’oisiveté, avides d’argent, de jeux, de désordres.

Cependant, sous le gouverncmentdes Césars, l’infortune obtint plus d’une fois des secours dont elle était l’objet réel et direct, elle rencontra même dans l’âme de plusieurs princes de généreuses sympathies. La philosophie des Grecs avait enfin ouvert ses écoles à Rome, d’où elle avait été si longtemps repoussée ; elle enseignait la bienveillance avec la sagesse; parla bouche d’Épiclète, elle rappelait aux hommes qu’ils sont tous frères et enfans du même Dieu ; formés à son école, les Antonins aspiraient à devenir les

[1] Voyez le Lexicon juridicum juris caesarei, par Jean Calvin ou Kahl. Genève, 1653, au mot : sportula.

[2] Ibid., ibid., au mot : stipatores ; stipes , qui olim latrones dicebantur, qui tutelae gratiâ suorum

dominorum assident; d’où est venue enfin la dénomination de larron, voleur.

[3] La pension en grains était désignée sous le nom de Tessera frumentaria. Voyez le Digeste, fit. v,liv. 1er. loi 52. — Liv. xxxiv, lois 16, 19, 20, 22.

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