LÉGISLATION EN ESPAGNE ET EN PORTUGAL. SU
Campomanès assigne à l’inefficacité des lois espagnoles contre les mendians , quatre causes principales : l’ambiguïté des textes ; les difficultés du renvoi des indigens, de commune à commune, ou hors du territoire ; l’excessive rigueur des peines , enfin l’erreur commise en dirigeant les mendians sur l’armée, la marine, les travaux publics [i]. 11 eût pu y joindre la secréte opposition du clergé et des tribunaux,- mais surtout la résistance presque invincible qu’y opposent les mœurs locales, et les idées d’une piété peu éclairée.
En Portugal aussi, la législation civile n’a pas eu besoin de constituer des droits au pauvre, ni d’établir une taxe pour les secours publics. La charité chrétienne a suffisamment reconnu les titres du malheur, et pourvu à ses besoins. Les subventions communales, les fondations pieuses se joignent aux aumônes privées. Les pères, mères, enfans, frères et sœurs, sont d’ailleurs réciproquement tenus d’assister le membre de la famille qui tombe dans le besoin.
Aucune assistance n’est duc au pauvre qui est en état de travailler.
La mendicité est autorisée dans les Açores et aux Canaries ; mais, dans les premières de ces îles, seulement en faveur des invalides. Le vagabondage y est interdit.
Aux Açores, plusieurs lois ont été rendues pour les orphelins; elles leur donnent pour protecteurs les magistrats eux-mêmes.
[i] Tableau et analyse des lois précitées, page 118.
Turquie.
Loi civile et religieuse en même temps, pour les Musulmans, le Koran assimile le devoir de l’aumône à celui de la prière [2] ; il recommande l’orphelin: « Faites l’aumône, dit-il, le jour, la nuit, en secret, en public. » Les particuliers doivent réserver pour les pauvres, le 1/10° de leurs revenus; une aumône annuelle, extraordinaire, est d’ailleurs prescrite à l’issue du Ramajan. Des amendes, prononcées en expiation, consistent à nourrir ou vêtir un ou plusieurs pauvres pendant un certain nombre de jours. Les malades indigens sont soignés gratuitement à domicile, autant du moins que le permet dans ces contrées l’imperfection de l’art de guérir: des boutiques sont gratuitement cédées à de pauvres artisans. Les objets de première nécessité sont exempts d’impôts.
On ne saurait donc être surpris de voir qu’il y ait peu de nécessiteux en Orient; le climat d’ailleurs et le genre de vie y rendent les besoins moins nombreux et moins pressans.
Quoique le pauvre soit ainsi, chez les Musulmans, placé sous la protection de la charité individuelle, il existe chez eux une bienfaisance publique. Toutes les mosquées ont des trésors pour les indigens. Les califes, les sultans ont élevé ou entretenu des établissemens ouverts au malheur, des asiles pour les malades, les infirmes, les maniaques et les aveugles.
[2] Ces prescriptions sont souvent renouvelées parle Koran. Voyez spécialement les eliap. 2 et 9.
QUATRIÈME l-AUTIE. LIVRE I. CIIAP. JH.