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DES EFFETS DE LA LÉGISLATION

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ceux de l’éducation, de l’instruction, l’appui d’une protection bienveillante.

Quelquefois l’état semble uniquement voir, dans la pauvreté , un péril qui le menace : il s’arme pour se défendre.

Quelquefois il y voit une caste : il veut la dis 1

cipliner, la contenir.

Quelquefois il y voit un fardeau : il se précautionne pour l’alléger.

Quelquefois il y voit un malheur : mais il se borne à l’adoucir; quelquefois il sait le prévoir, et veut lui opposer des préservatifs.

Quelquefois il abandonne presque entièrement l’infortune aux soins de la charité privée; quelquefois il prétend au contraire la contraindre; quelquefois il va jusqu’à vouloir se substituer a sa puissance.

La législation, en cette matière, ne remplira son véritable objet, qu’aulant qu’elle se pénétrera à-la-fois de tous les motifs légitimes qui doivent l’inspirer, et qu’elle assignera à chacun le rang qui lui appartient. Il faut le proclamer hautement: le premier rang ici appartient à l’intérêt moral ; il s’agit avant tout de servir la cause de l’humanité; les autres intérêts viendront facilement ensuite se coordonner avec celui-là, et en seront d’autant mieux satisfaits. En se plaçant à ce point de vue juste et élevé, le législateur ne marchera plus au hasard, il ne courra plus le risque de s’égarer. En accordant à la destinée du pauvre la sollicitude qui lui est due, il saura réduire la pauvreté elle-même, la rendre inoffensive, augmenter l’aisance et conserver la paix publique. Cette vérité sans doute ne sera pas comprise par ceux qui ne voient dans l’autorité publique, que l’empire d'une force employée pour empêcher que les hommes s’entre-détruisent ; par ceux qui, avec une portion des utilitaires, n’y voient qu’un instrument, une machine jouant pour donner le plus grand profit matériel; par les partisans d’une politique étroite et fausse qui prend les instrumens pour le but. Mais elle répond aux convictions de tous ceux qui considèrent la société comme instituée par la Providence divine, pour le bonheur des créatures intelligentes, pour le progrès de la civilisation, pour le perfectionnement de notre nature. A leurs yeux, l’amélioration de la condition du pauvre, se liera à toutes les améliorations générales qui doivent accroître le bien-être, en secondant les lumières et les bonnes mœurs. Elle avait été comprise par le noble et généreux

rapporteur de l’Assemblée constituante ; elle a été comprise par les législations récentes du midi de l’Allemagne ; elle leur imprime un haut caractère de dignité, et une fécondité salutaire.

Des effets de la législation.

Lorsque tant de lois multipliées se succèdent en certains pays, sans obtenir, relativement au fléau de l’indigence, les effets qu’on s’en était promis; lorsque quelques-unes de ces lois produisent même des effets contraires à ceux qu’on en avait attendus; il est naturel que certains esprits, frappés de ce spectacle, aient été disposés à penser qu’en cette matière les lois sont impuissantes et plus funestes même qu’utiles; le système désigné sous le nom de charité légale leur a paru un autre fléau presque égal à celui qu'il prétend éteindre, puisqu’il sert au contraire à l’augmenter et à l’affermir. Toutefois, une étude plus approfondie des causes conduit à d’autres résultats.

D’abord n’imputons point aux lois elles-mêmes le tort de la fausse et vicieuse application qu’elles peuvent avoir reçue. 11 est reconnu aujourd’hui en Angleterre, par tous les bons esprits, que les funestes conséquences du régime des secours publics, tel qu’il se développait depuis plus d’un siècle, doivent être attribuées bien moins à la législation elle-même, qu’à une exécution infidèle qui en dénaturait l’esprit. C’est aux erreurs de la pratique qu’il faut s’en prendre, si on en est venu jusqu’à faire, de l'assistance destinée 'a l’indigent, un supplément de salaire pour l’ouvrier ; si la condition du pauvre, ou de l’individu inscrit comme tel, est devenue préférable à celle du travailleur indépendant. Plus d’une fois, les lois se sont trouvées inefficaces pour réprimer la mendicité : c’est que, dans ceux-là même qui devaient les faire exécuter, la mendicité a trouvé des protecteurs.

11 ne faut point d’ailleurs demander aux lois plus qu’il n’est en leur pouvoir. Est-il donné au pouvoir des lois, de tarir l’indigence, du moins dans notre état présent de société? non, sans doute. On décréterait en vain qu’il ne doit plus y avoir de pauvres dans un état. Alors même que les lois, par leur action directe, tendent à en diminuer le nombre, les circonstances matérielles du temps et du pays, les mœurs po-

pulaircs peuvent l’augmenter plus sensiblement encore. La pauvreté subsistante se montre d’ailleurs aux regards ; celle qui a été prévenue ne s’aperçoit pas et ne peut être calculée. Au surplus, la pauvreté apparente ne sert pas de mésure pour la misère réelle ; la statistique de cette dernière n’existe point encore; il n’est pas pour elle aujourd’hui d’élémens comparables.

A délaut d’une statistique exacte, l’ensemble des laits connus et mieux étudiés nous enseigne, qu’en supposant même un accroissement dans le nombre de ceux qu’on appelle pauvres, la condition des individus ainsi désignés s’est améliorée sensiblement, et qu’un pauvre d’aujourd’hui est ordinairement mieux nourri, vêtu, que ne l’étaient jadis des gens d’une situation indépendante. Les nécessités se sont étendues, non par le manque de ressources, mais par les nouveaux besoins que la civilisation fait entrer dans le rang des nécessités. Le paupérisme a paru un fait nouveau dans la science, parce que la science qui, jusqu’à nos temps, s’en était peu occupée, a commencé à le remarquer. Le paupérisme a semblé croître, parce que sa présence frappe plus vivement les esprits. L’histoire, dans les siècles écoulés, s’occupait peu de la destinée des indigens. Elle nous révèle cependant, par intervalles, l’existence d’armées de mendians qui portaient au loin le désordre et la terreur. Où sont les quarante mille mendians qui, sous Louis xiv même, excitaient à Paris, dans une seule année, huit séditions armées? Partout la vie humaine se prolonge, la mortalité s’affaiblit de la manière la plus remarquable : quel signe plus certain peut-on désirer des progrès de l’ai—

[1] Le concours ouvert par l’Académie royale des Sciences d’utilité générale, à Erfurt, que nousavons déjà eu occasionde mentionner, aposé cetteimportante question. M. Franz Baur, de Mayence, qui a remporté le prix, et qui consacre sa vie entière aux travaux de la charité, a comparé la situation de l’Allemagne pendant trois périodes successives, de 1750 à 1800, de 1800 à 1815 , de 1815 à 1836. Il a établi, d’après les faits, que l’ensemble des progrès offre un résultat très-satisfaisant, que l’aisance générale s’est augmentée d’une manière remarquable ( Voyez son écrit publié en 1838, spécialement : sect. lve, § 4 et 6, pages 66, 72, 83). Il en tire des conclusions rassurantes pour l’avenir. La société pour les arts et les sciences, à Utrecht , applaudissant aux vues de l’auteur, lui a décerné aussi une médaille d’or. L'un de ses concurrens , M. Benedict , n’est pas moins positif dans son témoignage. Il atteste (pie la

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