‹ De la bienfaisance publiqueChapitre 418 sur 450 · LIVRE I. CHAR. III · texte numérisé non relu

LIVRE I. CHAR. III

Mais, nous dit-on, la mendicité est utile pour frapper les regards du riche par le spectacle d’une misère qu’il ignore. Nous répondons : la mendicité ne lui montre qu’une image incomplète et fausse. Nous appelons le riche à une école plus vraie ; nous l’appelons au patronage de la pauvreté réelle, vertueuse, inconnue en effet de lui , mais qu’il faut lui faire voir sur le lieu même de la souffrance.

Les torts de la mendicité, les périls qu’elle engendre, s’aggravent suivant les circonstances : par exemple , à mesure que le mendiant s’éloigne de son domicile; selon qu’il est plus fort, mieux portant , moins âgé, suivant qu’il s’introduit dans les habitations, se réunit à d’autres , emploie la menace ; elle confine souvent au crime, elle y conduit plus souvent encore. Et remarquez qu’à mesure qu’elle devient plus dangereuse, elle est aussi plus attrayante.

La pénalité croîtra donc en raison des mêmes circonstances.

La peine naturelle , c’est d’être empêché de continuer ce vil métier ; c’est de subir ce travail qu on fuit; c’est de perdre cette liberté dont on abuse. Est-ce même une peine si rigoureuse? n est-ce pas aussi l’assistance ? n’est-ce pas le plus vrai service, un moyen de réforme pour de vicieuses habitudes?

Oui , l’ami du pauvre proteste , au nom du pauvre, contre cette pitié aveugle et fausse qui, en protégeant le mendiant, porte les plus grands préjudices à l’indigence véritable et digne d’estime, qui permet au malfaiteur de se confondre avec lui, de dérober ses titres à la sympathie [i].

Nous avons supposé, du reste, que le mendiant refuse les secours , et par conséquent que des secours publics sufiîsans, réguliers, sont offerts : en travail, pour le valide ; en objets à son usage, pour l’impotent. Alors seulement en effet, la loi pourrait se montrer sévère; autrement, elle deviendrait injuste, barbare, impraticable. En vain aurez-vous répété vos prohibitions, multiplié les peines, armé l’autorité contre un fléau plus fort que vous. L’infortuné qui manque de tout, et qui a vainement sollicité votre assistance, doit-il donc périr? ses gémissemens ne doivent-ils pas s’adresser aux personnes inconnues , puisqu’il est abandonné de ceux qui le connaissent? lui fermerez-vous l’unique refuge

sur-Marne , dont l’analyse a été imprimée dans cette ville, en 1781).

Page 1