‹ De la bienfaisance publiqueChapitre 422 sur 450 · ERREURS DANS LE CHOIX DES REMÈDES · texte numérisé non relu

ERREURS DANS LE CHOIX DES REMÈDES

embrassant les espèces, généralise trop facilement et néglige trop les détails. Les cas individuels préoccupent l’une d’une manière trop exclusive, échappent trop à l’attention de l’autre.

Il y a un a pathologie pour l’indigence, comme pour les maladies du corps ; la première, comme la seconde , s’éclairent à l’aide des recherches anatomiques; mais elles ont besoin de remonter plus haut encore, à l’étude des fonctions vitales, à la connaissance des lois qui régissent le jeu de chaque organe. Ni l’une ni l’autre ne peuvent être devinées par l’instinct : il leur faut à toutes deux le flambeau de la science, mais de la science instruite à l’école des faits.

Erreurs dans le choix des remèdes ; des bienfaits matériels et des bienfaits moraux.

Il y a aussi une thérapeutique de la bienfaisance, si l’on nous accorde ce terme. La bienfaisance publique et la charité privée se trompent également dans l’appréciation de l’efficacité des remèdes, tantôt en attribuant à un ordre de remèdes une puissance exagérée, tantôt en méconnaissant celle qui appartient à un autre ordre.

L’erreur fondamentale, la plus grave de toutes, la plus ancienne, la plus accréditée aujourd’hui même, celle que favorisent la disposition des esprits, autant que les habitudes administratives de quelques états, est celle qui exagère le mérite des bienfaits matériels, qui méconnaît celui des bienfaits moraux.

Voilà le véritable secret de l’imperfection dont est jusqu’à ce jour atteint le régime des secours, et de son insuffisance.

S'affranchir enfin de cette longue méprise, comprendre la plus belle branche de sa mission ici-bas, voilà la noble et importante rénovation à laquelle la bienfaisance publique est enfin appelée, la carrière trop ignorée qui s’ouvre devant elle, la plus haute dignité qui lui appartienne; voilà pour elle le gage d’un grand avenir.

Nous heurtons ici de front des préjugés puissans, ou qui du moins se croient tels; nous choquons l’esprit dominant du siècle; nous le savons, et c’est pour nous le motif de combattre cette erreur avec plus d’ardeur et de franchise.

Le préjugé s’explique et s’excuse d’une manière naturelle.

tTn cri s’exhale; un besoin se fait sentir; la

bienfaisance est éveillée; elle accourt : elle voit une plaie, elle la panse; un malade est gisant, elle amène le médecin ; un malheureux se meurt de faim et de froid, elle le nourrit, le réchauffe, le vêtit; un enfant nouveau-né est délaissé, elle le recueille, le fait allaiter. Rien de plus juste, rien de plus louable. Le but ne semble-t-il pas atteint ?

L’administration survient; elle forme des approvisionnemens, passe des marchés, fait des distributions, dresse des plans, des devis; elle construit des édifices, elle organise des services ; elle établit des registres en ordre, une comptabilité régulière; elle dresse des états sous une forme savante; elle obtient une économie considérable dans les dépenses; elle contemple avec un légitime orgueil les monumens élevés par ses soins. Comment lui resterait-il quelque chose à faire?

La science survient à son tour. Elle établit de vastes calculs sur la population, les subsistances, les salaires; elle rassemble des renseignemens statistiques; elle arrive à de hautes théories sur l’abondance ou la rareté des ressources dans les états. L’économie politique s’offre pour servir de guide à la bienfaisance.

Que manquerait-il à ce système? Guérironsnous l’indigent alité, en lui lisant un traité de morale? Apaiserons-nous la faim et la soif à l’aide de quelque sentence? Rendrons-nous la force aux impolens, par le prestige de quelques méditations? Quel est celui qui , habitué à voir les souffrances trop positives, hélas! de l’indigent, se contenterait de leur opposer des exercices contemplatifs ou les exaltations du mysticisme?....

— Loin de contester l’utilité des secours matériels , nous n’avons cessé d'en reconnaître la nécessité, nous n’avons rien négligé pour les perfectionner, les étendre, leur imprimer l’opportunité convenable. Mais, en même temps, n'avons-nous pas reconnu à chaque pas leur insuffisance? N’avons-nous pas vu comment, agissant seuls, ils contrarient trop souvent les fins elles-mêmes qu’ils se proposent?

Nous demanderons donc à notre tour : Eh ! que sert de répandre des palliatifs sur les symptômes du mal, si l’on néglige de porter le remède à sa source? A oici une foule d’indigens tombés dans la misère : les uns parce qu’ils ont manqué de volonté ou de capacité pour le travail ; les autres parce qu’ils n’ont pas su prévoir l’avenir, conserver leurs ressources par la sa-

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