RÈGLES D’UN BON SYSTÈME DE SECOURS
d’établissemens , parce qu’il a dégénéré , parce qu’il a été mal dirigé. On voit les inconvéniens ; on ne mesure pas les avantages. On conclut des abus contre le principe. La bienfaisance privée a ses préventions : elle se prévient contre les mesures d’ordre , contre les dispensations générales. L’administration publique a aussi les siennes: elle se défie trop de tout ce qui n’émane pas de scs directions; elle se persuade qu’il suiïit de tracer sur le papier de belles ordonnances. Parmi ceux qui s’occupent de faire le bien , les uns se passionnent pour les innovations , les autres sont esclaves de la routine. La science bien étudiée dissiperait ces erreurs, et voilà que la bienfaisance elle-même a ses préjugés qui repoussent la science, qui souvent en contestent même l’existence.
Des règles ciun bon système de secours.
Deux modes d’assistance se partagent les soins que réclame le malheur. Le premier est direct : c’est l’aumône , soit qu’elle se donne en deniers ou en nature. Le second est indirect: ce sont les services, souvent invisibles, qui ne se traduisent point en chiffres.
L’un et l’autre ont quelques règles qui leur sont communes; chacun d’eux en a qui leur sont propres.
Règles communes.
Mais quoi? y a-t-il même des règles?
La bienfaisance a son génie : l’amour du pauvre. Des règles pourraient-elles le suppléer? oseraient-elles lui donner des chaînes?
Quoi de plus libre et de plus spontané que la charité? Aime et fais ce que tu veux : voilà sa grande loi. En accepterait-elle d’autres? Les froides spéculations de la science auraient-elles des préceptes à lui imposer, lorsqu’elles ne savent pas même la comprendre?
Ces doutes sont naturels à ceux qu’émeut la présence de la douleur. Les premières impressions de la pitié, le premier mouvement de la générosité les accueillent. L’expérience bientôt les dissipe.
C’est faute de règles, que les méprises se commettent, que les imprudences se justifient, que les intentions les plus louables s’égarent, qu’il n’y a plus ni harmonie, ni mesure, ni suite dans l’assistance, et que des bienfaits jetés sans discernement deviennent des prodigalités funestes.
Le génie de la bienfaisance a fondé les préceptes; il les proclame, il les reconnaît; la charité les dicta; elles les comprend et les applique.
Elle ne s’y attache point d’une manière servile; elle en pénètre l’esprit; elle y prend des directions, non des entraves.
La pratique, sans règle, n’est plus que le hasard ou la routine; elle ne sait ni voir le but, ni saisir l”a-propos; elle assimile des situations différentes; elle confond l’uniformité avec l’ordre, elle se refuse à modifier sa marche suivant les besoins. Elle a quelquefois son orgueil, son entêtement, nés de son ignorance.
La première des règles est donc de s’instruire. Tout le régime des secours publics repose sur un bon système d’informations; et cependant voilà précisément l’ordre de mesures que les préjugés repoussent plus vivement , et que la bonté croyant céder à un instinct, quand elle s’abandonne à ses premières impressions, néglige souvent davantage.
Des informations bien faites réunissent la double condition d’être exactes et d’être complètes. Elles embrassent toutes les circonstances essentielles : les besoins, les causes, les ressources.
Elles servent ainsi de base à une classification régulière, seconde règle commune, et non moins nécessaire à la bienfaisance publique. Sur les diverses catégories, elle fonde la distinction des divers établissemens, leurs proportions, leurs divisions et la spécialité de l’assistance.
La troisième règle concerne la surveillance ; elle continue l’instruction que les premiers renseignemens ont commencée. Elle seule permet de juger les effets que l’assistance produit, les modifications qu’elle recevra, et la durée qu’elle doit avoir.
La quatrième a pour but d’empêcher que le mal ne se propage; elle établit des barrières ; elle est analogue au soin que l’on prend pour arrêter les contagions, dans les maladies ; pour couper les communications, dans les incendies.
La cinquième recommande la persévérance, celte persévérance si rare, si pénible, qui ne redoute pas de lutter contre les difficultés , de descendre dans les détails; qui ne se rebute pas