QUATRIÈME PARTIE. LIVRE II. CHAP. I
des obstacles, des mécomptes; qui ne se lasse pas avec le temps, jusqu’à ce que le but soit atteint ; qui seule arrive à une guérison complète, à une réhabilitation véritable.
Règles pour l’assistance directe.
L’assistance directe se compose surtout de bienfaits matériels.
Ce genre de bienfaits est d’autant plus efficace, qu’il s’applique plus immédiatement au besoin déterminé qui le réclame.
Son mérite dépend de sa convenance et de son opportunité. Apporté trop tard, il est inutile ; donné hors de propos, prolongé au-delà du besoin, non-seulement il est perdu, mais il peut nuire.
Des considérations semblables commandent de renfermer l’assistance dans de justes limites. Ce rigoureux devoir est surtout imposé à la bienfaisance publique. En dépassant la mesure envers quelques-uns, elle devient injuste envers les autres. Toute faveur de sa part devient une provocation à la fausse pauvreté.
L’assistance ne doit être accordée que sous condition; qui la demande, qui l’accepte, se soumet d’avance à cette loi : cette condition sera quelquefois le travail, quelquefois la restitution du secours concédé à titre d’avance; toujours son fidèle emploi et l’observance du régime déterminé dans les élablissemens publics.
Le secours ne doit être accordé d’une manière entièrement gratuite, que lorsqu’une telle concession est indispensable.
Le secours est d’autant plus utile, qu’il est apporté plus près de l’origine même du mal; qu’il touche au mal le plus grave; qu’il embrasse le plus grand nombre de personnes, et que ses effets sont plus durables.
Règles pour l’assistance indirecte.
L’assistance indirecte est souvent la plus salutaire ; elle est moins coûteuse, plus facile. Elle est cependant moins connue, moins pratiquée. Combien de services les pauvres eux-mêmes ne se rendent-ils pas entre eux! La simple présence d’un être charitable, un regard, une
parole sortant du cœur, sont déjà un bienfait.
Le plus grand service qu’on puisse rendre à un nécessiteux, est de lui enseigner à s’aider lui-même, autant qu’il lui est possible : souvent il suffit.
Mais, pour cela, il faut lui rendre la volonté, les lumières ou les moyens qui lui manquent : la volonté, en lui inspirant le courage, l’énergie, en ranimant dans son âme le sentiment du devoir; les lumières, en lui procurant l’instruction, en lui offrant de sages avis, en l’engageant à réfléchir ; les moyens, en lui fournissant l’occasion, les instrumens, en lui ouvrant la route, en mettant les choses à sa portée.
Ce n est pas assez que d’enseigner au pauvre à s’aider lui-même : il faut lui en faire une obligation.
Le plus grand de tous les malheurs, pour l’indigent dépourvu de forces en même temps que de ressources, est l’état d’abandon. Un étranger dans l’infortune est plus à plaindre. L’isolement aggrave toutes les misères, rend mortelles celles qui sont accompagnées de défaillance. Un compagnon est déjà un appui. L’appui devient d’autant plus utile, que les conditions manquant à celui qui le reçoit, se réunissent à un plus haut degré dans la personne qui le donne. Le fort a reçu de Dieu la noble mission d’être l’appui du faible. Le riche est le tuteur-né du pauvre. Dignité noble et touchante pour qui sait la concevoir !
L’autorité est aussi un appui. L’empire du médecin est un bienfait pour le malade ; celui de la tutelle, pour le mineur. L’indigence est presque toujours un état de maladie, de minorité ; tantôt l’apathie a causé sa détresse, le découragement l’aggrave; tantôt l’esprit de conduite lui manque. Le plus souvent le nécessiteux est un être incomplet, atteint d’une extrême faiblesse d’esprit, incapable de vouloir et de réfléchir. La nature même des maux le condamne fréquemment à l’impuissance. L’obéissance est alors non une servitude, mais un refuge. L’empire que nous exercerons sur le malheureux ne sera qu’une direction salutaire. Certes , nous n’avons cessé d’invoquer toutes les mesures qui pourront relever le pauvre à ses propres yeux, aux yeux d’autrui. Mais le sentiment du respect, quand il est juste, honore aussi et relève celui qui l’éprouve; il fortifie par la confiance. Laissée à elle-même, l’indigence est exposée à tomber dans l’avilissement et l’abjection ; la présence des supériorités l’en défend ou l’en retire.