‹ De la bienfaisance publiqueChapitre 429 sur 450 · LIVRE II. CIIAI>. H · texte numérisé non relu

LIVRE II. CIIAI>. H

Du concert entre la bienfaisance publique et la charité

religieuse.

b ne opposition malheureuse a été quelque temps introduite entre la bienfaisance et la charité. L’une a été signalée comme une œuvre toute profane, comme un calcul de prudence, comme une vaine ostentation. L’autre a été accusée d agir à l’aveugle, de se guider par des vues étroites, d’être exclusive, jalouse, intolérante. Quel est donc ce génie infernal de la discorde, qui a pu porter ainsi la guerre dans l’empire même de la bonté? Et sur quel point les hommes, fussent-ils divisés sur tout le reste, dans nos temps de doutes et de querelles, devraient-ils du moins se concilier et s’entendre, si ce n’est dans l’accomplissement des bonnes œuvres ?

Grâces en soient rendues à la raison publique! ces tristes dissensions sont presque apaisées. Les idées reprennent leur vraie place; les expressions, leur légitime valeur. 11 n’y a d’autre différence entre la charité et la bienfaisance, si ce n’est en ce que l’une est le motif, l’autre l’action ; la première est à la seconde, ce que le génie est aux arts. Comment les séparer? La charité est la vie de la bienfaisance; la bienfaisance est la manifestation de la charité. Celui qui a fait descendre la charité du ciel sur la terre, n’a-t-il pas traversé en faisant le bien ?

La charité chrétienne vivifie les œuvres de la bienfaisance par un sentiment religieux, lui imprime une consécration sublime. Elle élève au rang d’un précepte divin, une loi delà morale; elle en rend l’accomplissement plus facile et plus doux. Loin de provoquer, d’autoriser une dissidence dans la pratique du bien, la religion confirme ici la voix de la nature; elle assimile l’amour des hommes au culte envers Dieu même. Et comment toutes les âmes généreuses n’accepteraient-elles pas une aussi noble alliance? Comment ne salueraient-elles pas avec respect et reconnaissance ces héros de la charité chrétienne, qui se sont immolés au service de l’infortune, ces orateurs éloquens qui ont plaidé la cause des êtres délaissés , ces créateurs persévérans qui ont élevé de si magnifiques asiles à la souffrance? Quel plus admirable prodige que ce triomphe remporté par la charité sur l’égoïsme? quelle plus belle œuvre que le commerce nouveau établi par elle entre le riche et le pauvre !

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