DES ASSOCIATIONS
pour qu’ils aient le temps d’étudier en observant, et de s’exercer en pratiquant.
Elles doivent former une échelle hiérarchique, afin d’entretenir l’unité et l’harmonie du système. Il serait bon d’avoir des conseils de charité par canton, par département, et au sommet, une sorte de sénat de la bienlaisanee, centre supérieur et universel des institutions de prévoyance et de secours. Le royaume de W urtemberg a donné l’exemple de cette institution, et en recueille les fruits les plus salutaires.
Des associations.
Le ministère de la bienfaisance publique trouve dans les associations charitables et volontaires, un auxiliaire puissant et éminemment utile.
Ces associations se distinguent des corporations formées par la garantie mutuelle, en ce qu’elles unissent les personnes par l’alliance des âmes, parla communauté des bonnes actions.
Nées de l’amour du bien, elles le propagent. Elles sont pour ceux qui débutent une école, un noviciat; pour tous, un commerce de lumières et d’estime. Elles prennent mille formes. Elles régularisent la distribution des bienfaits , y introduisent l’ordre et l’équité, admettent le concours de chacun, spécialisent les rôles, centuplent les forces. Qui n’admirerait les monumens dont elles ont , depuis un demi-siècle surtout, couvert le sol de l’Europe! elles sont l’une des gloires de la civilisation moderne [ 1] .
Que si leurs membres peuvent s’y consacrer pleinement, sans réserve , sans relâche, fonder ainsi une congrégation permanente ; quel courage, quel oubli de soi-même, quelle pureté d’intention , quelle persévérance n’exige pas cette vocation sublime ! C’est un héroïsme qui s’ignore. Mais aussi quelle consécration ! quelle admirable destinée pour les âmes d’élite ! quelle vraie liberté , sous des chaînes apparentes !
[1] Consulté à ce sujet par (les personnes charitables de l’Angleterre et de l’Allemagne, l’auteur leur a communiqué ses vues sur les moyens de réaliser ce plan ; il a eu la jouissance de les voir accueillir.
[2] Voyez spécialement une dissertation fort remarquable, publiée par l’illustre et respectable docteur
Quelle noble existence , que celle où la soi! du bien peut se satisfaire sans réserve, où il n’y a pas une pensée, une action, qui ne soient un bienfait! Les congrégations de cette classe sont l’oeuvre de la piété chrétienne ; elles se sont maintenues, développées, au sein du catholicisme. Les communions réformées sont persuadées à tort que cette institution est incompatible avec leur culte ; elles sont à la veille de l’emprunter, en l’adaptant aux formes qui leur sont propres.
Mais les associations ont leurs conditions, peuvent avoir leurs dangers, leurs abus.
Les associations charitables , bénévoles , qui ont un but pratique et s’occupent d’applications actives , doivent limiter leur étendue, spécialiser leur objet, localiser leur action, se maintenir en rapport avec le centre organique de la bienfaisance publique. La confusion s’introduit dans une société trop nombreuse; celle quia un caractère vague procède mollement et au hasard; en se renfermant dans une sphère sagement limitée, une association connaît mieux le théâtre sur lequel elle opère ; l’exécution est plus sûre, plus rapide. En s’isolant les unes des autres, et du centre commun, les sociétés se contrarient, font de doubles emplois, perdent de vue l’intérêt général, se préoccupent d’idées incomplètes. Cet inconvénient s’est déjà fait sentir , et a été signalé en Angleterre, en Suisse, aux Etats-Unis surtout , c’est-à-dire dans les pays où cette institution a pris le plus vaste essor [2],
On leur a reproché de dégénérer quelquefois en coteries , d’en adopter les préjugés , les idées étroites , les susceptibilités , quelquefois les haines. On a craint qu’en certains pays, en certains temps , elles ne servissent d’instrumens aux partis , de piédestal aux ambitions; on a fait remarquer qu’elles affaiblissent l’énergie de l’action individuelle : chacun se repose sur autrui.
S’il nous était permis de tracer ici quelques conseils pour la formation et la marche de ces belles alliances, nous recommanderions avant tout qu’elles ne se laissent jamais dominer par
Channing, dans le Christian advertiser, Hoston, 1829, art. 5, p. 105.
Voyez aussi un fort bon écrit publié, sans nom d’auteur, à Lausanne, en 1830, sous ce titre : De l’unité de vues et d'actions pour secourir l'indigence dans le canton de Vaud.
un intérêt étranger au Put de leur institution , envahir par cette politique qui aujourd’hui semble vouloir s’emparer de tout; nous les engagerions à se défendre de l’esprit de corporation, des moindres apparences de charlatanisme, des prétentions aux prééminences , des rivalités au dehors, des discordes intestines, des controverses inutiles, de la mobilité à laquelle les expose le renouvellement successif de leurs membres, du prestige des beaux discours, de la profusion des vaines paroles; à se défendre enfin du despotisme des meneurs; despotisme que favorise l’indolence ou la bonhomie d’un grand nombre de sociétaires, despotisme qui s’établit sous la forme du zèle, qui s’excuse quelquefois par des intentions de dévoùment, mais par l’effet duquel l’association disparaît en réalité, pour n’être plus que l’affaire d’un seul ou d’un petit nombre, accomplie avec le tribut de tous [1].
Du concours des femmes , aux œuvres de la bienfaisance publique.
C’est précisément parce que les femmes excellent dans l’exercice de la charité privée, que nous invoquons leur concours dans les œuvres de la bienfaisance publique ; elles seront le lien le plus précieux entre l’une et l’autre. Sans elles, toute exécution est imparfaite; avec elles, on obtiendra ce que les meilleurs réglemens , les libéralités les plus abondantes ne suffiraient pas pour accomplir : une bonne application des secours, et les influences qui doublent le prix des secours.
La bienfaisance publique verra par leurs yeux, donnera par leurs mains.
Qui sait comprendre aussi bien qu’elles les peines du malheur! qui en mérite, en obtient mieux la confidence ! qui aurait au même degré l’intelligence de l’art de secourir? qui est, comme elles, éclairé, inspiré par le génie de la bonté? où trouver plus de courage et de persévérance dans le dévoùment, de compassion pour la souffrance, d’indulgence pour la faiblesse, de délicatesse dans les soins, d’activité ingénieuse
LO Si nos conseils s’adressaient à l’Angleterre, nous oserions faire quelques observations sur les repas périodiques, qui y sont une solennité obligée pour les associations philanthropiques. S’ils s’adressaient aux États-