LIVRE II. CHAP. II
dans l’assistance? quel autre recueillerait l’cnlant en bas âge, et dirigerait ses premiers pas? quel autre veillerait au lit du malade, essuierait les larmes de l’orphelin? Voyez leur présence rendre la sérénité au vieillard et à l’infirme ! elles ont des paroles qui charment la douleur, des égards qui relèvent les êtres abattus. Celui même qui n’espère plus de salut se résigne mieux à ses maux , en voyant la sympathie qu’elles leur accordent. Elles ont une puissance merveilleuse pour enseigner la vertu, en la faisant aimer; elles parviennent à toucher les cœurs les plus durs , elles ont donc un rare privilège pour soulager le misérable, puisqu’elles ont tant de pouvoir pour l’améliorer. Les arts du dessin, dans leurs personnifications, ont toujours représenté la charité sous l’image d’une femme.
Sans doute, nous ne fatiguerons pas ces généreuses amies de l’infortune, de travaux qui leur sont étrangers; nous leur épargnerons les mesures générales, les dispositions sévères, les opérations administratives; mais nous leur remettrons la direction, le service intérieur des établissemens pour lesquels elles sont spécialement propres; nous leur confierons les détails de la pratique. Nous les consulterons souvent, nous les écouleront toujours; nous apprendrons de leur bouche une grande partie de la science des bonnes œuvres.
Oh ! si nous pouvions dire ici tout le bien qu’elles ont fait, celui qu’elles font chaque jour, exprimer ici la reconnaissance qui leur est due! Qui recueillera tant de belles actions accomplies sans bruit et sans faste? Qui révélera ces mystères de la charité? Voici du moins des monumens qui s’élèvent pour les bénir! ces hôpitaux, dont elles furent les premières fondatrices, il y a quinze siècles , où elles s’enferment aujourd’hui avec les malades et les mourans; ces salles d’asile que leur génie vient de créer, et dont la direction leur appartient de plein droit.
Voyez sur le trône , ces femmes qui, donnant des exemples du zèle , se sont montrées les reines de l’empire de la charité! une Marie-Fédérowna à Saint-Pétersbourg; à Stuttgard, une Catherine, sa digne fille; d’autres dont le nom s’offre à la pensée, mais ne peut être cité, parce qu’elles vivent !
Unis, nous oserions demander qu’on accordât moins d’importance au suceès de quelques orateurs dont l’éloquence captive les meetings.
des obstacles aux améliorations.
Voyez en France, près de mille femmes renoncer au monde, dévouer leur vie entière dans des congrégations religieuses, à toutes les œuvres de la charité! Voyez tant de mères de famille qui trouvent encore le temps de faire du bien, sans négliger aucun des devoirs domestiques !
L’utilité de leur concours s’accroît par les associations volontaires qu’elles composent. Dans cette foule d’institutions qui, sous nos yeux, leur doivent aujourd’hui et l’origine et le succès , il suffira d’en rappeler une seule, parce qu’elle est, de toutes, celle dont les difficultés étaient les plus redoutables, celle qui exigeait à-la-fois la plus haute intelligence et le plus héroïque courage : la réforme introduite dans les prisons. 11 est bien autrement pénible pour une femme, de s’approcher du vice et du crime, que de la douleur. Celle-ci l’attire ; ceux-là la repoussent. La vénérable madame Fry pénètre, en 1815, dans la prison de Newgate en Angleterre; 500 femmes entassées dans un étroit espace, y étaient livrées au dernier degré de la dégradation; Madame Fry ose concevoir l’espérance de les réhabiliter; elle s’y dévoue ; assistée d’un comité de dames dignes d’être ses émules, elle réussit; elle réussit surtout par la puissance des sentimens religieux ; elle parcourt l’Angleterre; 'a sa voix naissent de toutes parts les sociétés formées sur ce modèle, animées du même esprit. Cette belle œuvre est accomplie par des femmes du monde, par des mères de famille. Celle qui leur sert de guide a joint de sages conseils à d’admirables exemples [i]. Dans l’ordre de bienfaits que nous rappelons ici, se résument tous les genres de bienfaits; ils comprennent aussi le secours à l’indigence; ils comprennent le patronage encore, après sa libération.
Des améliorations dans le système des secours
publics.
Des obstacles aux améliorations.
Les améliorations, dans les institutions de bienfaisance, ne sont pas moins comprises par
l’imprudence de ceux qui les hasardent ou les précipitent, qu’empêchées par les préventions de ceux qui s’obstinent à les repousser. Aux yeux de quelques-uns, tout ce qui existe est un abus, toute innovation est un progrès ; aux jeux de quelques autres, toute réforme est impossible, tout progrès n’est qu’un rêve.
Dans la retraite et le silence du cabinet, des personnes étrangères à la connaissance des faits, conçoivent facilement des théories, se complaisent dans la critique de ce qui se fait, se composent des formules absolues; si elles concourent au contrôle des établisscmens de bienfaisance, elles fatiguent ceux qui agissent par leurs objections, leurs exigences, par les formalités dont elles accablent, par l’inflexibilité des règles abstraites qu’elles imposent. Les hommes pratiques, à leur tour, attachent quelquefois aux détails une importance excessive, ont peine à saisir les vues d’ensemble, voient mieux le présent qu’ils ne jugent l’avenir, croient se guider par l’expérience lorsqu'ils sont esclaves de la routine, craignent de se déranger pour mieux faire, opposent le sourire de l'incrédulité aux perfectionnemens qu’on leur propose. Trop souvent ceux qui n’ont rien vu , se trouvent appelés à diriger; ceux qui exécutent, forts de leurs bonnes intentions, croient, dans les plus sages conseils, voir une censure.
Il y a une fausse philanthropie, comme il y a de faux dévots : le juste discrédit qu’elle s’attire, rejaillit sur la vraie bienfaisance. Les mécomptes qu’éprouvent les gens estimables, trompés par de fastueuses promesses , les mettent en défiance et nuisent au succès des bonnes œuvres. Au nom du ciel ! préservez-nous aussi de la philanthropie de roman et de théâtre, de la philanthropie académique et oratoire, conçue et débitée loin de la réalité pratique! La charité n’a pas été instituée pour servir d’amusement aux oisifs, d’aliment pour la vanité des discoureurs. 11 s’agit de faire le bien, non de faire des phrases.
Les améliorations les plus désirables échouent par trois causes principales : elles contrarient beaucoup d’habitudes ; elles froissent quelques intérêts privés; elles blessent certains amourspropres. La vérité a malheureusement un grand tort, quand elle vient nous révéler nos erreurs.
Amis du bien! vous tous qui vous consacrez
[i] Voyez l’intéressante Esquisse de l’origine et des des prisons en Angleterre ; traduite depuis peu de résultats des associations de femmes, pour la réforme l’anglais, à Paris, par Mllc Ulliac-Trémadeure.