LIVRE II. CHAP. H
à une cause si sainte! dégagez-vous de ces faiblesses , défendez-vous de ces préventions ! Voyez le but et ne vous en laissez pas détourner! Ne rejetez d’avance aucune proposition utile, de quelque part qu’elle vienne ! Accueillez les avis avec gratitude! persuadez-vous qu’il est toujours possible de perfectionner! Mais examinez avec calme; essayez avec prudence; surtout armezvous de courage, pour triompher des difficultés sans nombre qui vous attendent! Une belle carrière s’ouvre devant vous; mais elle demande une persévérance infatigable, de sages lumièles, les motifs les plus purs, et même avec de tels motifs, une juste défiance de vous-mêmes.
Des principaux moyenspour préparer les améliorations.
Deux conditions essentielles prépareront ces progrès : l’étude des faits; l’art de les éclairer par une saine doctrine.
Pourquoi l’auguste science qui préside à la bienfaisance publique est-elle encore affectée elle-même de tant d’imperfection et d’incertitude? N’cst-ce pas parce que les faits qui devraient la constituer, n’ont point encore été rassemblés, comparés, mis en ordre? Où sont les recueils qui devraient renfermer le dépôt de l’expérience acquise? Ceux qui pratiquent se taisent , se font quelquefois de ce silence un devoir de modestie. Nous ignorons ce qui se fait en d’autres pays, souvent dans notre propre pays, à nos portes. Comment nous instruire?
Par des correspondances? Quel particulier serait capable d’un tel labeur? Combien ces informations d’ailleurs ne sont-elles pas incomplètes? — Par des voyages? ni la vie, ni la fortune d’un individu ne pourraient y suffire. Respectons sans doute les secrets du malheur individuel et de la charité privée; mais que les œuvres delà bienfaisance publique, leurs procédés, leurs résultats, se produisent au grand jour! que les administrations locales, spéciales, nous fassent connaître leurs opérations ; que
l’administration centrale ne craigne pas de livrer a la publicité les documens qui sont dans ses cartons, et qui peuveut servir la science; qu’elle les confie aux méditations des gens de bien; que
les associations volontaires elles-mêmes surmontent les répugnances d’une modestie trop scrupuleuse, afin de nous éclairer par leurs exemples , par leurs erreurs mêmes , si elles en commettaient, afin de préparer ainsi un concert que leur action divergente est sujette à détruire.
La publicité , premier et nécessaire moyen , ne suffirait cependant pas pour préparer les améliorations. Que des relations directes, suivies, s établissent aussi entre les établissemens d’humanité ; qu’un fructueux commerce naisse de l’échange des lumières; que le zèle s’alimente par l’émulation; que les hommes voués au service de la bienfaisance publique se voient , confèrent entre eux ; qu’ils s’unissent dans une sainte confédération ! Qui pourrait dire les charmes d’un semblable concert, entre des âmes dignes de s’entendre! quelle reconnaissance ces communications font éprouvera ceux qui en ont recueilli les fruits [1] ! Pourquoi ceux qui dans tous les pays , se sont consacrés à ce noble ministère, ne formeraient-ils pas une alliance générale, ne se rattacheraient-ils pas à un centre commun? Ah! que n’avons-nous plus de titres à leur proposer ce traité? que ne nous est-il permis de solliciter, de proposer cette institution qui , des points les plus éloignés de la terre, rassemblerait en un seul faisceau les vœux et les pensées des bienfaiteurs de l’humanité?
La formation de certains établissemens modèles servirait d’instruction sensible et vivante; en réalisant les perfectionnemens, ils en feraient mieux ressortir le mérite par le témoignage de l’expérience. La haute administration publique en a éminemment les moyens; qu’elle en acquière la gloire ! Que les observateurs judicieux signalent ensuite les bons exemples!
Ainsi se constituera la vraie science, sans laquelle la bienfaisance publique errerait au hasard ; elle s’aidera des nombreux tributs que lui apporteront les sciences physiques , médi-
[1] Qu’il soit permis à l’auteur d’acquitter ici trop fai- bonté, guidé avec tant de patience, instruit, encouragé blement cette dette immense, pour le touchant accueil par vos avis ! Si cet écrit peut servir les intérêts de l’huqu il a reçu en tant de lieux et pendant tant d’années manité, l’auteur aime à vous en rapporter le mérite ; il de la part des amis de 1 humanité ! Agréez-en l’hom- désire s’acquitter ainsi envers vous, mage, hôtes bienveillans , qui l’avez reçu avec tant de