CHAPITRE PREMIER
DES MOYENS GÉNÉRAUX DE PRÉVENIR L’INDIGENCE, QUI PEUVENT ÊTRE OBTENUS PAR DES MODIFICATIONS DANS LE SYSTÈME DE L’ÉCONOMIE SOCIALE.
La population , la propriété , le travail , ces trois grands élémens de l’économie sociale, suivant le développement qu’ils obtiennent, et les rapports mutuels qu’ils conservent, n’agissent pas moins sur le bien-être individuel , que sur la prospérité générale de l’état, soit pour les seconder , soit pour leur porter préjudice. 11 était donc naturel qu’en s’occupant du grand problème des moyens propres à prévenir l’indigence, on fût porté à rechercher d’abord, relativement à ces trois élémens principaux, des combinaisons plus favorables à la classe la plus nombreuse et la moins fortunée , et des moyens d’améliorer sa situation dans l’avenir. On s’est flatté de déterminer certaines conditions normales qui satisferaient aux vœux des amis de l’humanité; on a espéré les obtenir par divers genres de mesures, qui régleraient la marche, les proportions , la distribution de la population , de la richesse et du travail. Plusieurs systèmes ont été conçus pour soumettre ainsi à des règles nouvelles, le régime économique de la grande famille sociale; dans chacun de ces systèmes, on a eu plus ou moins recours à des créations artificielles ; on a fait intervenir les pouvoirs publics et même quelquefois les lois fondamentales, pour constituer un ordre de choses différent de celui qui résulte du libre essor spontané des puissances naturelles , de l’indépendance individuelle, et de la liberté des transactions.
De tels systèmes devaient se produire surtout plus abondamment à ces époques de transition, où l’état de la société tend à se transformer, où de grandes commotions politiques en ont ébranlé les bases; où l’avenir, encore incertain, fait éclore une foule d’ambitions, d’inquiétudes, d’espérances, et livre à la discussion les problèmes les plus graves sur les institutions publiques.
Ainsi que nous l’avons annoncé sans détour, et que nous croyons l’avoir même déjà pleine-
ment démontré, ces combinaisons artificielles, quelque séduisantes qu’elles paraissent au premier abord, détourneraient en réalité du but qu’elles se proposent d’atteindre. Ici, comme dans toutes les choses humaines, l’art le plus parfait est celui qui seconde, sans les contrarier, les plans de la nature. Les institutions sociales sont appelées à favoriser, mais non à violenter les lois tracées par la Providence ; à les réaliser en protégeant les principes de vie qu’elle a déposés au sein de l’humanité, en leur laissant un libre essor, leur prêtant appui, en dirigeant surtout les forces naturelles avec le secours des lumières. Nous n’en examinerons pas moins les systèmes divers qui ont été imaginés, non-seulement avec une scrupuleuse impartialité, mais encore avec le désir sincère de leur emprunter les vues utiles qu’ils peuveut renfermer, et en professant une juste estime pour les intentions bienfaisantes qui ont pu Jes inspirer, alors même qu’ils nous paraîtraient empreints d’erreur.
La population, la propriété, le travail, considérés comme les élémens de l’économie, ne sauraient être considérés isolément. Chacun d’eux n’a de valeur que par sa corrélation avec les deux autres. Toutefois, comme les combinaisons imaginées peuvent avoir pour objet de soumettre immédiatement l’un et l’autre à des règles spéciales, elles peuvent se ranger sous trois points de vue principaux, suivant l’objet direct qui leur est propre et qui y domine, et cette classification en rendra l’examen plus facile.
ARTICLE PREMIER
Des moyens artificiels proposés pour régler le mouvement de la population.
II est dans les discussions si étendues qui ont été agitées jusqu’à ce jour, relativement à la po-