‹ De la bienfaisance publiqueChapitre 64 sur 450 · MOUVEMENT DE · texte numérisé non relu

MOUVEMENT DE

subjugue la matière pour la transformer. Ea science a un prix qui peut être estimé en deniers, un prix plus élevé, plus certain que celui d’un moteur mécanique, d’une chute d’eau, d’un levier.

De la valeur morale de la population, et de sa valeur matérielle, mais mieux encore de la première, se compose cette haute importance politique, que de sages législateurs lui ont justement attribuée. Qu’est-ce, en effet, que la force d’une nation, si ce n’est rerisemblc de celles de ses membres? Sa puissance est- elle donc dans la possession de vastes steppes, quoique dépeuplées, ou dans le nombre de ses citoyens?

Ce serait, de la part des gouvernemens, une erreur coupable , que de s’armer d’avance de précautions artificielles, pour arrêter les progrès de la population , avant que la nécessité s’en fasse impérieusement sentir pour protéger la population elle-même. Les mesures , qui ont été proposées dans ce but, étaient au moins prématurées. Étaient-elles d’ailleurs sagement conçues, utiles en elles-mêmes dans le cas où déjà un excès de population se ferait sentir ?

Les mesures artificielles, imaginées pour modifier le mouvement de la population, peuvent avoir pour objet, ou de restrindre d’une manière générale, scs progrès dans un état tout entier, ou d’en procurer une meilleure distribution, entre les diverses portions du territoire d’un même état.

On a vu quelques écrivains préconiser le célibat, pour précautionner la société contre le danger imaginaire dont ils la voyaient menacée. Déjà Orlès voulait interdire le mariage à la moitié des habitans [îj ; le docteur Fœdéré réserve la faculté de l’hymen à certaines professions [2]; Malthus veut que les secours publics soient relusés aux pauvres qui ont contracté des mariages imprudens. Nous rougirions d’indiquer ici le moyen direct et physique qu’a pu concevoir un économiste allemand, qui a longuement discuté sur ce sujet dans plusieurs écrits [3].

Le célibat ne saurait accomplir les prodiges que lui demandent d’imprudentes théories, que

[1] Riflessioni sulla popo1azione{ Milan, 1790).

[2] Essai sur la pauvreté des nations, 1828, page

[3] Weinhold, Von der Uebervôikerung in Mittel-

LA POPULATION

lorsqu’il se trouve protégé par une austérité de morale religieuse que nos temps ne comportent guère, et qui, dans tous les cas, ne peut exercer son empire que sur un petit nombre de personnes. Privé de celte consécration, étendu hors des limites que lui assigna la nature, il devient un grave danger pour les mœurs publiques ; il favorise l’égoïsme; il substitue aux familles une population déjà trop nombreuse d’enfans illégitimes; il compromet, sous plusieurs rapports, la destinée du sexe qui est le plus exposé à la pauvreté, qui a le plus besoin d’appui ; il amortit l’aiguillon du travail : lesobslaclesartificielsopposésàla formation des mariages, loin de remplir le but qu’on leur assigne de retarder avec les progrès de la population, ceux de ce qu’on appelle \c paupérisme, auront le plus souvent pour effet de multiplier les désordres, avec eux les causes de la misère, et d’affaiblir la valeur morale de la population, sans en diminuer l’étendue. Or le préjudice que la société ressent, lorsque la valeur morale de la population s’affaiblit, est beaucoup plus considérable que celui qui résulterait d’une population trop nombreuse. Le célibat commandé d’avance par des formules, entraîne des inconvéniens qui lui sont propres; il irrite les passions que la prudence eût, peut-être, modérées. Le célibat imposé d’une manière générale et absolue, à des catégories déterminées de personnes, ne saurait prévenir des hymens trop nombreux, et des alliances téméraires, qu’en exigeant de plusieurs des sacrifices inutiles, et qu’en exposant plusieurs autres à des écarts funestes. L’opportunité d’un mariage est presque toujours une question essentiellement relative aux individus. En prescrivant, pour autoriser un mariage, les conditions les plus raisonnables en apparence, telles que de justifier d’un degré déterminé d’instruction , de movens certains d’existence, les réglemens, dans leur application rigoureuse, manqueront quelquefois leur but. La sagesse et la prévoyance ne s’imposent pas en vertu d’ordonnances de police, ne se suppléent pas à la voix de l’autorité, quand elles manquent; souvent elles s’éteignent chez les individus, quand l’autorité se charge de remplir d’office les vœux qu’elles eussent suggérés. N’est-ce point à l’influence des réglemens de ce

Europa , etc. Halle, 1827. Ueber das menschliche Elend , welches durch den Missbrauch der Zeugung hervorgebracht wird, etc. Leipzig , 1828. t'eber die Population und die Industrie, il)., ib., etc.

SECONDE PARTIE

genre, qu’il faut attribuer le grand nombre de naissances illégitimes qu’on remarque avec étonnement dans certaines contrées de l’est de l’Europe ? Ce qui semblerait confirmer cette opinion, c’est que, dans ces contrées, le père et la mère, après quelques années, s’unissent ordinairement en mariage légitime, et reconnaissent les enfans auxquels ils avaient donné le jour. Ils ont attendu pour contracter l’hymen , de pouvoir remplir les conditions légales. Mais la contrainte qui leur avait été jusqu’alors imposée, n’a servi peut-être qu’à précipiter des liaisons illicites, en excusant la faute aux yeux de ceux qui s’y laissaient entraîner, à exposer, en attendant, l’honneur de la mère, et à compromettre la destinée des enfans.

Les réglemens relatifs au domicile ont été quelquefois conçus comme un obstacle à l’accroissement de la population locale, par l’accession de nouveaux habitans venant du dehors. Les bourgeoisies, si elles n’ont pas été instituées en vue d’un résultat de ce genre, ont du moins contribué à le rendre durable. Quelques écrivains ont été jusqu’à considérer les réglemens relatifs au domicile, comme le moyen le plus efficace de prévenir les progrès du paupérisme [i]. On a supposé que ces réglemens étaient surtout nécessaires, afin d’opérer et de maintenir une distribution convenable de la population sur le territoire. « Chaque personne, a-t-on « dit, doit appartenir à une communauté dé- » terminée; la faculté de résider est une conte séquence de l’indigénat, mais n’en est pas <t le principe , et ne saurait être confondu <c avec lui. Chaque communauté doit avoir le te droit de refuser la résidence à ceux qui ne te sont point du nombre de ses membres. L’intt digénat suppose des droits , et des oblite gâtions correspondantes et réciproques ; les te obligations qu’il impose sont proportionnées te aux droits qu’il confère. Maintenez , fortitt fiez ces liens; que la communauté puisse te repousser les personnes qui ne remplissent te point les conditions exigées , spécialement <c celles qui ne justifient pas d’une bonne conte duite et de ressources suffisantes pour exister, te Par là , vous préviendrez le vagabondage ; te vous empêcherez la population rurale de se

[1] Voy. spécialement l’écrit récemment publié par M. le conseiller Benedict, sous le titre suivant : Ist die Klage üeber Verarmunq in Deutschland gegriindet? etc., publié à Leipzig, en 1838, pag. 39 à 41. Cet ou-

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