RÉGLEMENT ARTIFICIEL DE LA PROPRIÉTÉ
demande de travail. Cette liberté de mouvement sert précisément de remède aux inconvéniens qui peuvent résulter d’une distribution vicieuse de la population, lorsqu’elle se multiplie audelà de la mesure, dans certaines localités où le sol est peu productif, et qui sont privées d’exploitations industrielles.
Plus on examine les différens systèmes qui invoquent l’action de l’autorité, pour gêner par des mesures artificielles le mouvement naturel de la population, et plus on demeure convaincu que ces mesures seraient au contraire préjudiciables aux intérêts de la classe malaisée, auxquels on voudrait les faire servir. Mais les résultats qu’on ne saurait attendre de la contrainte, peuvent être obtenus par d’autres moyens plus sages, plus équitables, en suivant les vœux et les indications de la nature.
Il n’y a pas d’excès de population, absolu par lui- même. La population actuelle du globe est encore dans une immense disproportion avec celle qu’il pourrait recevoir et nourrir. Mais, certains états peuvent, par leur propre faute, plus que par l’effet des circonstances, souffrir d’une population exubérante; dans un même état, il peut se trouver quelque province, quelque canton qui ressente la même souffrance.
C’est dans les contrées essentiellement agricoles, que les inconvéniens d’une population exubérante se sont fait plus promptement et plus spécialement sentir. Cependant , ils peuvent être tempérés, dans ces contrées elles-mêmes, parle perfectionnement progressifdcs exploitations rurales; ils peuvent être prévenus ou détruits par l’introduction et le développement de l’industrie commerciale et manufacturière, surtout dans les contrées que traversent les fleuves ou qui bordent la mer, par l’activité de la navigation. Si de telles améliorations sont bien conduites, leurs effets pourront s’étendre d’unemanière indéfinie. Nous en indiqueronsbientôt les conditionset les moyens.
On ne saurait indiquer, dans la présente situation des choses, aucun état qui souffre réellement d un excès de population relativement à 1 étendue de son territoire, et auquel ce premier remède ne puisse être appliqué. Si, dans un avenir encore lointain, l’exubérance se faisait réellement sentir, et si le premier remède ne pouvait y être appliqué, la colonisation en offri-
[i] Nous aurons parla suite occasion de l'exposer, et de
rait un second qui, de lui-même, commence presque toujours à se réaliser, avant qu’il soit devenu indispensable : que de contrées encore inhabitées, en Asie, en Afrique, dans l’Amérique du sud, dans l’Australie, offrent à l’excès de la population européenne , de nouveaux et vastes théâtres, et déjà commencent à recevoir de nouveaux babitans !
Si nous nous renfermons dans l’enceinte d’un même état, il deviendra [dus facile encore, et de prêter aux localités qui souffrent d’un excès de population, de nouveaux moyens de les entretenir; et, à défaut, de faciliter et de favoriser le transvasement qui tendra naturellement à s’opérer, de la population exubérante dans un lieu, sur un point où les ressources et la demande de travail s’offrent en plus grande abondance. L’expérience faite récemment, en Angleterre, avec un succès si remarquable, par les commissaires institués en vertu du nouveau bill sur les pauvres [i], montre par quels moyens ce déplacement peut être secondé, et les effets qu’on en peut attendre.
Ces considérations étant admises, l’on conçoit que la multiplication des mariages ne saurait être redoutée en elle- même; c’est-à-dire autant qu’elle aurait seulement pour effet d’accroître la population. Il n’y a plus à redouter, que les mariages imprudemment formés, c’est-à-dire les torts individuels des personnes qui contracteraient les liens de l’hymen, sans être en état d’en accomplir les devoirs, et spécialement ceux qui se rapportent à l’éducation des enfans. Il s’agira donc uniquement de protéger les individus contre leurs propres passions, leurs propres erreurs, par des précautions tutélaires et bienveillantes, plutôt que par des interdictions coercitives.
Les moyens que nous nous bornons à indiquer ici, et qui vont incessamment être développés, appartiennent sans doute en grande partie à l’administration publique. Mais ils lui demandent des encouragcmens , des directions, un appui ; non une action de l’autorité, et des mesures de police. Ils seront aussi l’un des plus salutaires exercices du patronage libéral que nous proposons d’instituer, et dans lequel une administration éclairée saura trouver un puissant et indispensable auxiliaire.
faire voir quelle extension cet exemple pourrait recevoir.
{*À SECONDE PARTIE
Des mesures qui auraient pour but de régler artificiellement la distribution de la propriété.
Considérations générales.
La communauté des biens prévient avec certitude la pauvreté relative; car, elle assimile toutes les conditions. Elle préviendrait la pauvreté réelle, d’une manière efficace, si elle se conciliait avec la production de la richesse, si elle pouvait maintenir la commune abondance, au niveau de la population et des besoins qu’elle éprouve. Autrement, elle ne fera qu’introduire légalité dans les privations; ce sera le niveau de la misère.
Que la communauté des biens puisse s’établir en effet, sans anéantir toute puissance de production , dans quelques associations limitées par le nombre, unies par un principe moral, animées par une merveilleuse énergie, c’est ce que la raison conçoit, ce que montre l’expérience. La raison et l’expérience montrent assez d ailleurs que de semblables institutions ne peuvent être que des exceptions fort restreintes et fort rares [îj. Nous serons dispensés, sans doute, de revenir sur des vérités aussi manifestes et aussi simples. Ce n’est pas de nos jours surtout, qu’on pourrait sérieusement discuter sur un plan d’organisation sociale dont la base serait 1 abdication de tout intérêt individuel.
Le principe de la solidarité mutuelle se combine naturellement avec celui de l’association. Car, si on s’unit pour obtenir une condition meilleure, on s’unit aussi et avant tout pour se protéger réciproquement. Dans une semblable combinaison se retrouve, en partie du moins, la garantie que semblait offrir la communauté des biens; mais, l’énergie de la puissance productrice y est mieux conservée; l’association même a l’avantage immense de doter le travail d’une merveilleuse fécondité, de lui prêter des ressorts inconnus, et d’étendre au loin son empire. Mais, comment éviter, dans une combinaison de ce genre, que la solidarité mutuelle, en procurant à tous une entière sécurité contre les chan-
[1] Nous en avons cité quelques exemples dans la première partie de cet ouvrage.