LIVRE III. CHAIN I
ces du malheur, n’encourage pas chez un grand nombre I incurie; que l’imprévoyance unie à la paresse ne favorise pas la disposition d’un funeste égoïsme, en offrant à ceux qui ne font rien les moyens de vivre aux dépens d’autrui? Comment entretenir dans chaque membre de l’association, l’activité, le courage, la persévérance nécessaires au succès du travail? Comment soumettre chaque membre à la discipline, et par conséquent à l’obéissance qu’exige l’harmonie nécessaire aux opérations collectives? Obtiendi a-t-on de tels résultats, en inspirant le dévoùment d un zèle généreux, ou bien en conservant a 1 intérêt individuel les mobiles qui lui sont propres?
Tels sont les élémens du grand problème que fait naître l’application de ce principe. Ne soyons pas surpris qu’il ait fait germer plus d’un système, qu’il ait suggéré des méditations profondes, que des âmes élevées, que des hommes animés de la passion du bien, aient cherché, conçu des théories diverses pour le résoudre. Quelle que soit la nouveauté de ces systèmes, la singularité de la forme sous laquelle ils se sont produits, la défaveur avec laquelle ils ont été reçus, les graves illusions qui ont pu s’y mêler, ils méritent un examen impartial et sérieux; un juste respect est dù aux motifs qui les ont inspirés, lorsqu’ils ont été puisés dans l’amour du bien. Ceux de leurs auteurs qui ont été sincères ont droit à tous nos égards, et du sein même des erreurs qui rendraient leurs systèmes inadmissibles, peuvent jaillir quelques vérités applicables, et surtout quelques avertissemens utiles.
11 est un point de vue essentiel dans lequel il est nécessaire de se placer d’avance, pour apprécier sainement les théories relatives k la distribution des biens ; c’est celui qui dérive des lois de la nature humaine. Car, c’est l’homme après tout, qui est le sujet auquel ce genre de système doit venir s’appliquer. Or, l’une de ces lois, c’est que l’esprit de propriété est, par lui-même, un esprit de personnalité. Dans la propriété collective, chaque membre de la société calcule et considère la part certaine qui lui revient. L’intérêt qui l’attache à la propriété collective, est en raison de l’importance individuelle de la part qu’il y retrouve, et souvent même en raison de la proximité, de la forme sensible, sous laquelle se présente l’objet commun, et à la faveur de laquelle il discernera la part qui lui est attribuée.
Les efforts qu’il fera pour concourir soit à la produire, soit à la conserver, dépendront du profit