CONDITIONS DE L’ORGANISATION DU TRAVAIL
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salutaire, comme elle est la base sur laquelle repose la société elle-même. Honneur à ces hommes de bien, vrais amis de l’ouvrier, qui, dans des circonstances orageuses, lui ont éloquemment rappelé celte grande vérité ! honneur à ces écoles industrielles où pendant que la science se familiarise avec l’ouvrier, pour l’initier à ceux de ses enseignemens qu’il peut utilement appliquer, la morale aussi lui rappelle ses devoirs, et où une solide instruction le préserve aussi des erreurs, l’affranchit des préjugés qui compromettraient sa destinée [1] ! De sévères enseignemens ont été aussi donnés par l’expérience: ils ont trop bien prouvé quelles ruineuses conséquences pour la destinée de l’homme laborieux, entraînent les coalitions, les interdictions et toutes les tentatives qui, dans le domaine de l’industrie, veulent substituer l’empire de la force au règne de l’équité.
Si cette première condition est rigoureusement indispensable, elle n’est cependant pas suffisante. Aux garanties qui préviennent la ruine en mettant obstacle aux désordres, joignons les moyens d’action qui encouragent le travail et qui préparent le bien-être. Deux conditions principales semblent propres à atteindre ce but: accroître le mérite intrinsèque du travail, et par là sa valeur réelle; procurer au travail une rémunération proportionnelle à son mérite. Mais elles en supposent aussi deux autres, qui leur sont connexes : la liberté dans le choix du travail, la liberté dans les transactions auxquelles il donne lieu.
Il est manifeste que, si chaque travailleur ne produisait que pour sa consommation personnelle, et s’il était possible qu’il satisfît lui-même de la sorte à tous ses propres besoins, son bienêtre serait en raison de la quantité et de la qualité des produits qu’il aurait pu obtenir. Mais la division du travail est elle-même indispensable, pour donner à la production l’étendue et la perlection désirées, et de là la nécessité des échanges. Sous le régime des échanges, cependant, si toutes les professions laborieuses voyaient s’élever à-la-fois d’un égal degré, le mérite réel
CO Au premier rang de ces courageux amis de la classe ouvrière s’est placé M. le baron Charles Dupin, qui dans le cours public qu’il professe depuis près de 20 ans, au conservatoire des arts et métiers, avec tant de dévoûment, n'a cessé de rappeler ces grandes vérités, et les a rappelées spécialement avec une noble énergie, aux époques où il était surtout nécessaire de les faire
du travail auquel elles se livrent, le rapport des échanges restant le même , toutes les classes d’hommes laborieux verraient leur bien-être s’élever à-la-fois aussi d’un degré. Les termes seuls des échanges seraient changés. Chacun livrerait plus, en recevant plus; les deux bassins de la balance, restant en équilibre, seraient tous deux plus chargés.
Mais, sous la loi générale des échanges, le mérite intrinsèque du travail ne suffit pas pour assurer sa rémunération proportionnelle; il faut encore trouver une consommation pour les produits; et par conséquent, maintenir le rapport de la production avec les débouchés. Toutefois, on commet une grave erreur, lorsqu’on se borne à mesurer ce rapport sur l’état présent de la consommation, comme s’il devait être immuable. La consommation tend sans cesse à s’étendre; elle y tend, par l’abondance même des produits. La présence de ces produits sur lo marché, ouvre une plus vaste sphère aux échanges , provoque l’élaboration d’autres produits qui seront livrés en retour. Le travail engendre le travail, et, de proche en proche, il le multiplie indéfiniment. Chaque produit apporté sur le marché, est une proposition faite de consommer les objets contre lesquels il pourra être échangé ; l’offre ici équivant donc à une demande.
Le mouvement naturel de la production et de la consommation, tend à les mettre en harmonie l’une avec l’autre : c’est ce mouvement naturel, qu’une bonne organisation doit favoriser. Elle y réussira mieux en prévenant des écarts, en faisant disparaître les obstacles, que par des combinaisons artificielles qui, en voulant régler ces rapports par la voie d’autorité et de discipline, ne serviraient qu’à y apporter des entraves, qu’à en troubler la marche, qu’à en tromper les promesses.
Aussi longtemps qu’il y aura dans la société
humaine des besoins à satisfaire, il y aura de
l’emploi pour le travail. Il suffira que le besoin
et le travail sachent se rencontrer l’un l’autre.
Lue bonne organisation concourt à préparer et à faciliter cette rencontre.
entendre. On ne saurait trop recommander en particulier son discours sur les hannotiies des intérêts indus triehy et des intérêts spéciaux , prononcé à l’ouverture de son cours de 1853. Voy. le petit Producteur du même auteur, 6 petits vol. Voy. aussi le discours prononcé à Metz, par M. Bergery, le lei juin 1834, à la distribution des prix des cours industriels, etc., etc.
SECONDE PARTIE. LIVRE III. CHAP. II
Le travail libre est seul véritablement fécond. La liberté du travail est la dignité du travailleur. L’entière émancipation du travail est un progrès de la civilisation. Que l’homme laborieux ait donc le choix du lieu, du temps, du genre pour l’œuvre qu’il exécute ! Mais il n’y a de vraie liberté que celle qui a la raison pour guide. Le choix suppose les lumières, comme l’action suppose la volonté, comme la victoire suppose le courage. Une sage organisation doit donc, en garantissant l’indépendance du travailleur, le protéger aussi dans l’usage qu’il en fait.
Or, la liberté des échanges est inhérente à la liberté du travail. Seule, en effet, elle garantit à chacun des producteurs dont les produits sont échangés, sa légitime indépendance. Vous pouvez imposer au consommateur un prix factice pour les objets qu’il consomme ; vous ne pouvez le contraindre à les consommer. 11 réduira la quantité de ses demandes, en raison de l’élévation des prix.
Les capitaux sont des instrumens nécessaires pour la production ; le capitaliste est donc aussi un producteur. Il a droit également à l’indépendance.
Les capitaux naissent du travail, se fécondent par le travail : la propriété foncière elle-même, que serait-elle sans le bras de l’homme? La liberté des transactions est nécessaire à leur conservation, à leur fécondité. L’existence et la libre action des capitaux constituent un intérêt essentiel pour la destinée de la classe ouvrière.
Il n’est pas de paradoxe plus mensonger et plus dangereux tout ensemble, que celui dont certains esprits faux ont voulu tenter la propagation, en fascinant les yeux de la multitude, lorsqu’ils ont comparé le capitaliste et l’entrepreneur, à des seigneurs féodaux, à des tyrans, vivant des sueurs de l’ouvrier. Il serait aussi exact de prétendre que l’ouvrier vit aux dépens du capitaliste et de l’entrepreneur. Chacun des trois apporte sa part dans la production. Les capitaux sont les bras de celui qui les avance. Les bras sont le capital de l’ouvrier. Les opérations d’ensemble, les vues, les directions qu’elles supposent , sont le capital et les bras de l’entrepreneur. Tous trois sont des associés qui versent leur mise, et ont droit au partage des produits.
Leurs relations, le contrat qui en résultera, seront d’autant plus fructueux, plus utiles à chacun, qu’ils se formeront d’une manière plus
naturelle et plus équitable. Une bonne organisation doit seconder cette formation, non y substituer des prescriptions arbitraires.
La famille est une société instituée par la nature ; l’état et la commune sont des sociétés permanentes, qui reposent sur le fait du territoire. Mais la société industrielle ne peut naître que d’un contrat civil et temporaire, dont les stipulations sont librement offertes, acceptées, révoquées, dont l’accès est ouvert à chacun, où nul n’est introduit par la contrainte. Sous ces conditions, l’association des forces industrielles promet d’immenses avantages, et pour la richesse commune et pour le bien-être individuel. Elle sera d’autant plus féconde, qu’elle offrira une plus parfaite harmonie. Une bonne organisation, en respectant le principe et le caractère essentiel de ces contrats, tendra à y faire présider l’équité et la bonne foi, seuls moyens d’y faire régner aussi la véritable harmonie. Au-dessous de l’empire du devoir, en dehors de la sphère des affections morales, il n’y a en effet de vraie harmonie possible, que par le libre accord et le concert spontané des volontés humaines. Tel est, si nous ne nous trompons, le but auquel doit pourvoir une bonne organisation du travail. Elle ne sera pas une loi de police, un système disciplinaire; elle sera seulement un mode d’encouragement, une tutelle éclairée, une direction bienveillante. Elle ne violentera aucun des principes de production et de vie ; mais elle les protégera tous dans leur essor harmonieux et naturel.
Déjà la marche naturelle des choses a commencé, en effet, à opérer d’elle-même, une partie des résultats auxquels nous proposons d’atteindre. Voyez dans combien de professions déjà , par la seule émancipation de l’industrie, appuyée d’une part sur la formation des capitaux, de l’autre sur l’intervention de l’intelligence dans le travail , c’est-à-dire sur l’instruction industrielle , le mérite réel du travail s’est accru, et avec lui la dignité et le bien-être du travailleur! A l’homme machine , qui tournait la meule ou broyait le grain dans un mortier, qui se courbait sur la rame d’une galère, ont succédé le meunier, le matelot. Le portefaix est chaque jour remplacé par le conducteur; l’homme de peine, par le constructeur d’instrumens ; l’ouvrier qui n’use que de son bras , par celui qui mesure, calcule et combine. A l’emploi de sa force musculaire, l’ouvrier joint chaque jour , de plus en plus, une action plus noble, le jeu