‹ De la bienfaisance publiqueChapitre 75 sur 450 · TRAVAIL DANS LES CAMPAGNES · texte numérisé non relu

TRAVAIL DANS LES CAMPAGNES

de scs facultés intellectuelles. Il luttait contre la matière par une action toute matérielle; maintenant il la soumet, lui commande; il guide et dirige les puissances mécaniques; partout où il entre en possession de ce nouveau ministère , il obtient plus de considération, d’indépendance ; il goûte des jouissances plus nombreuses et plus délicates. La voie des améliorations pour la destinée de la classe laborieuse semble s’annoncer et s’ouvrird’elle-même.

Le juste désir d’en accélérer les progrès a suggéré récemment à plusieurs sociétés savantes , philanthropiques et industrielles, l’idée de provoquer par des concours la solution du problème relatif à l’organisation du travail [1]. Quelques mémoires inspirés par de louables intentions ont déjà essayé d’y satisfaire ; mais ils n’ont encore pour la plupart mis au jour que des idées déjà connues; ils n’ont proposé que des moyens trop incomplets ou impraticables. La solution n’est point encore obtenue. Puissent les vœux de ces sociétés être remplis! puissent du moins , de l’ensemble de ces recherches , naître des plans d’amélioration pour la destinée des classes laborieuses !

Préoccupés d’idées politiques, quelques esprits ne savent concevoir un plan d’organisation industrielle, que comme une sorte d’institution politique; ils la demandent aux lois civiles, au gouvernement. Telle n’est point la mission de l’autorité publique; elle a fait tout ce qui était dans sa compétence, quand elle a garanti les droits, protégé les transactions, l’exercice , les fruits de la propriété industrielle ; quand elle a procuré la faculté la plus étendue de fabriquer, vendre, acheter, prêter et payer.

Il ne saurait donc , à nos yeux , être question d’imaginer un système général d’organisation industrielle , tel que le demandent certains esprits; c’est-à-dire un plan d’établissement fondé par l’état, un code nouveau pour l’industrie, un régime de discipline, une hiérarchie constituée, des associations obligées, des formes de corporation. Les institutions sociales et la situation de l’industrie commandent aujourd’hui l’emploi d’autres moyens. Nous avons plus de confiance dans les mesures qui auront pour objet de propager les lumières, d’encourager le travail, en le guidant; d’établir, entre les capitalistes, les consommateurs et les producteurs, des relations

[i] Spécialement l’Athénée des arts de Paris, et la Société industrielle de Mulhouse.

amicales; de suppléer par un bienveillant patronage , à l’impuissance des faibles. Nous indiquerons quelques-unes de ces mesures, sans prétendre qu’on n’en découvrira pas beaucoup d’autres, et de meilleures. Heureux du moins si nous avons pu en suggérer quelques-unes qui soient utiles, dans une matière aussi neuve, aussi délicate, aussi importante! La plupart de ces mesures, suivant nous, doivent être partielles, relatives. Il en est de spéciales pour le travail dans les campagnes ou dans les villes; d’autres pour les métiers , d’autres pour les grandes manufactures ; d’autres enfin , pour les ateliers de services publics. Cependant, tendant à un but commun, conçues dans le même esprit, toutes se coordonneraient avec certaines institutions qui leur serviraient de centres.

Du travail dans les campaynes.

Les comices agricoles, qui commencent à s’organiser sur différens points de la France, et qui déjà rendent de si éminens services au premier des arts, offrent naturellement, partout où ils existent, et deviendront partout où ils s’établiront , un instrument naturel et précieux pour l’amélioration de la destinée des travailleurs employés aux exploitations rurales. Réunissant toutes les lumières de l’expérience, ils seraient bien meilleurs juges que nous ne pouvons l’être, des moyens les plus efficaces pour atteindre ce but; ils seraient plus compétens pour les proposer. Nous pourrions donc nous borner ici à exprimer le vœu de voir ces comices se multiplier , et leurs opérations comprendre la recherche et l’application des mesures propres à améliorer la condition de cette classe de travailleurs. Nous hasarderons toutefois ici quelques vues sur ce sujet.

Trois modes d’organisation successifs ont tour-à-tour présidé ou président même encore, en quelques pays, au régime des exploitations agricoles : la culture servile , le régime féodal ou des corvées, le régime libre. Nous n’aurons pas besoin sans doute de justifier la supériorité du troisième , alors même que les deux premiers procureraient à l’esclave et au serf une sécurité achetée par l’avilissement et la dépendance. Mais, sous le régime de l’exploitation

SECONDE PARTIE. LIVRE III. CHAP. II

libre, cinq conditions se présentent aussi pour le travailleur :

Celle du journalier ;

Celle du serviteur à gages ;

Celle du métayer ;

Celle du fermier;

Celle du propriétaire travaillant pour son propre compte.

Celle du journalier est tellement précaire , qu elle serait misérable pour tout travailleur qui n’aurait pas ou une petite propriété personnelle à exploiter, ou quelque autre industrie à exercer. Celle du serviteur à gages offre plus de sécurité ; toutefois il est des services qui demandent très-peu d’intelligence, et qui par là même

taux qu’il y peut employer. Toutefois le sort du métayer devient misérable, lorsque les métairies sont trop divisées; lorsque le métayer ne traite plus directement avec le propriétaire; lorsque, comme en certaines parties de la France et en Irlande , un homme d’affaires s’établissant entre le propriétaire et le colon, profite aux dépens de tous deux , fait peser sur le second un joug assez dur; lorsque ainsi se trouve détruit le patronage naturel du propriétaire sur son client , ce qui était l’un des principaux avantages de ce système.

La condition du fermier est supérieure sans doute à celle du colon partiaire. Le fermier recueille lui-même tous les fruits des améliora-

n’obtiennent que de très-faibles rémunérations: la garde des bestiaux, par exemple. Il arrive naturellement, d’ailleurs, que la population des prolétaires s’accroissant de jour en jour dans les campagnes, sans que les travaux réclament un accroissement égal dans la demande de serviteurs , la concurrence de ceux qui offrent alors leurs bras, tend à faire réduire leurs salaires. La condition du métayer à partage de fruits est de beaucoup supérieure aux deux précédentes. 11 jouit d’une indépendance presque complète; il dirige à son gré ses exploitations ; il est l’associé du propriétaire; dans cette société, il recueille une part des fruits obtenus par sa diligence et son habileté; il possède des propriétés mobilières. Heureux le métayer qui comprend bien les avantages de sa position ! il en est qui les comprennent; les colons toscans sont justement cités comme des modèles ; il en est aussi qui ne les comprennent pas, qui se laissent entraîner à l’indolence. Quelquefois aussi ils redoutent, en améliorant la culture, de travailler plus pour leurs propriétaires que pour eux-mêmes. Quelquefois aussi leurs propriétaires les gênent , pour les empêcher de s’occuper de leurs intérêts privés , plus que de ceux de l’exploitation. Un savant agronome [i] a fait voir que l’amélioration du sort des colons est essentiellement liée à l’amélioration de la culture elle-même ; qu’elle dépend surtout de l’accord de la confiance mutuelle entre le propriétaire et son client; qu’elle dépend encore de la faculté accordée à ce dernier, d’entreprendre des cultures accessoires et variées , de son habileté à les exécuter ; par conséquent de son instruction, mais aussi des capi-

tions qu’il accomplit; il opère avec plus de liberté et de sécurité. Mais le fermier doit être déjà dans l’aisance,, pour passer un bail ; car l’entreprise lui demandera des capitaux assez considérables. Le nombre des fermiers est plus restreint que celui des métairies. Le passage du système des métairies à celui des fermiers rencontre souvent des obstacles locaux [2].

Le riche propriétaire exploitant par lui-même, emploiera un grand nombre de serviteurs ou de journaliers. Ainsi sera entretenu un plus grand nombre de prolétaires. Leur sort cependant sera ordinairement plus doux, étant placés sous la dépendance directe d’un grand propriétaire. Le propriétaire auquel suffisent les produits de ses champs et qui les exploite lui-même, se trouve dans une des situations les plus indépendantes et les plus calmes de l’état social. Mais le petit propriétaire, qui ne possède pas assez de terrain pour être occupé toute l’année par son exploitation, se voit dans la nécessité de se créer d’autres ressources. Il y a donc une limite au-delà de laquelle le revenu de la propriété ne suffit plus à l’emploi comme aux besoins des propriétaires.

Quoique, par un bon régime d’assolement, d;irrigation, par les engrais, par un choix bien entendu des espèces de plantes ou de semences, par des labeurs faits à propos, par le secours des instrumens les mieux confectionnés, par l’étude des conditions propres au site , au terrain, le sol, considérablement amélioré, puisse mieux récompenser les travaux du cultivateur, il y a une limite cependant à la fécondité comme à l’étendue du territoire. Mais il est divers genres

[1] M. de Gasparin, Mémoire sur le métayage. Lyon, [2] Voy. le mémoire ci-dessus cité, art. 4. 1832, art. 7 et IL

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