‹ De la bienfaisance publiqueChapitre 76 sur 450 · TRAVAIL DANS LES CAMPAGNES · texte numérisé non relu

TRAVAIL DANS LES CAMPAGNES

d’industries , accessoires , auxiliaires, qui peuvent améliorer encore d’une manière indéfinie l’aisance du cultivateur; ils ont de plus cet avantage qu’ils créent des ressources nouvelles au petit propriétaire, au colon, et même au simple journalier, qu’ils offrent le moyen d’occuper les femmes et les en fa ns.

En première ligne se présentent quelques branches d’industrie, qui se lient de près à l’exploitation rurale, comme le jardinage, l’éducation de la volaille et de quelques autres animaux domestiques ; celle des vers à soie, la culture de certaines plantes médicinales, tinctoriales, etc.; toutes ces choses peuvent s’exécuter en petit, sur des parcelles de terrain, à la porte des habitations. Elles ne demandent à l’homme des champs que des instants perdus; elles sont pour lui, plutôt une récréation qu’une fatigue. Toutes sont susceptibles d’acquérir un plus grand développement, même pour la consommation locale ; ce développement s’accroîtra avec la population, avec la facilité des communications, avec l’aisance des consommateurs. La qualité des fruits, celle des légumes peut s’améliorer sensiblement ; chaque jour celte culture tend à se perfectionner par l’introduction de plantes exotiques. Déjà, par ce moyen, l’habitant de la campagne jouirait directement, lui-même, pour son propre usage, des produits qu’il aurait créés presque sans frais; mais des débouchés s’ouvriraient, des marchés lui offriraient les moyens de se créer parleur vente un petit revenu. On cite dans les départemens de l’Ardèche et de la Drôme, des communes rurales qui vendent annuellement pour plus de cent mille francs de soie. Les pruneaux, les figues, les dattes, les jujubes, la réglisse, diverses autres espèces de fruits secs, deviennent un objet de commerce pour certaines contrées; la portion du nord-ouest de la France, qui avoisine le littoral de la mer, fait des expéditions considérables d’œufs en Angleterre. Diverses plantes qui sont élevées sans frais, sont achetées par les herboristes. Il n’est pas jusqu’aux fleurs de certaines plantes, jusqu’aux plumes de la volaille, jusqu’aux os et aux débris des animaux, qui n acquièrent une valeur. Les arts qui emploient ces matières se rapprocheront des producteurs, livreront à des prix plus modérés, et obtiendront ainsi une plus grande consommation. Le cultivateur peut faire un pas de plus; il peut faire subir aux matières qu’il a produites, un premier degré d’élaboration. Déjà, armé d’un alambic, il distille en plusieurs lieux

le marc du raisin, de la poire, de la pomme, la pomme de terre, la cerise. Bientôt il confectionnera lui-même, par des procédés simplifiés, le sucre nécessaire à sa consommation ; par suite, il multipliera les conserves de fruits. Dans plusieurs de nos provinces, la groseille, la pomme, l’abricot, ainsi préparés, ne deviennent-ils pas la matière d’une industrie villageoise? Avec l’aide d’un pressoir banal, il procurera de l’huile extraite de la noix, du colza, etc. Les habitans de la Forêt-Noire, ceux du Tyrol, confectionnent avec le bois de leurs forêts, non-seulement les meubles, les outils, mais mille objets divers de sculpture, des horloges même, qu’ils exportent au loin. Ces exemples partiels révèlent ce qu’on pourrait exécuter sur une plus grande échelle.

Dans plusieurs contrées, la saison d’hiver est employée, dans la chaumière du cultivateur à filer et tisser la laine, le lin , le chanvre, nécessaires pour vêtir la famille; à confectionner le linge, les habillemens; à construire ou réparer des outils, instrumens, chariots, meubles nécessaires aux ménages ou à l’exploitation, les harnais des animaux de trait. L’ouvrage est réparti entre les divers sexes et les divers âges.

Voici maintenant un plus vaste théâtre qui s’ouvre : le tissage s’introduit, se répand dans les villages, pour alimenter des fabrications considérables, un commerce étendu. 11 leur livre tantôt des toiles écrues de chanvre, de lin, pour être teintes, pour recevoir un apprêt; tantôt des tissus de coton, pour être imprimés, comme en Alsace; tantôt des mousselines, comme à Tarare ; tantôt des tissus mélangés de diverses sortes, pour linge de table, comme en Saxe; tantôt même il livre au commerce, des rubans, des étoffes de soie, comme en Suisse, sur les bords du Rhin, dans divers points de l’Allemagne. Quelquefois l’horlogerie va chercher ses ouvriers au sein des populations rurales, comme dans les cantons de Genève, de Neufchàtel, comme dans une portion du département du Jura.

Quelques établissemens d’industrie, comme les forges, les verreries, les tuileries, les poteries, ont naturellement leur siège dans les campagnes, parce qu’ils y sont plus à portée des matières premières, du combustible, parce qu’ils peuvent y profiter des cours d’eau. Leur nombre pourrait se multiplier encore. Les ateliers incommodes ou insalubres, parles vapeurs qu’ils exhalent, ceux dont le voisinage expose aux dangers des explosions ou des incendies, devraient y fixer leur séjour, loin des habitations

SECONDE PARTIE. LIVRE III. CIIAP. JL

humaines. Or le nombre de ce genre d’usines augmente de jour en jour. Diverses manufactures choisissent un site favorable pour leurs succès, au sein des populations rurales. Combien d’autres pourraient suivre cet exemple !

Cette combinaison, qui éparpilleau milieu des champs les travaux industriels, sous la forme d’ateliers domestiques, offre en effet de nombreux et considérables avantages.

L’habitant de la campagne trouve, dans une partie de ces travaux, un emploi utile pour les heures que, dans la morte saison surtout, ses travaux des champs lui laissent libres; il ajoute à son revenu; il étend son instruction; il s’entretient dans le goût du travail, et se défend mieux de la tentation du cabaret; il se crée des épargnes; il soutient mieux les vicissitudes que la variation des récoltes lui fait éprouver; il s’indemnise en partie, par les ressources que le travail industriel lui procure, des pertes qu’il éprouve en certaines années.

Le difficile problème qui naissait de l’accroissement de la population rurale, obtient sa solution naturelle, par l’emploi donné aux bras que les travaux des champs ne suffiraient plus à occuper. Le mouvement qui porte sans cesse les habitans des campagnes dans les villes, est ainsi paralysé; les émigrations s’arrêtent; un prétexte est enlevé aux individus qu’attirent dans les villes le goût des plaisirs, une vaine ambition, souvent le désir de se soustraire aux regards des gens dont on est connu, quand on n’a pas su mériter l’estime.

Un remède est obtenu aussi, pour l’excessive division de la propriété, au moment où elle deviendrait préjudiciable à la culture. Celui à la subsistance duquel ne pouvait suffire une simple parcelle de terrain, se crée une autre existence. L’exploitation des petites propriétés n’a plus besoin de se fractionner.

La propriété de quelques pièces de terrain confère à l’ouvrier une nouvelle dignité, lui inspire un plus haut degré de sécurité, un plus profond respect pour l’ordre public et pour les droits d’autrui.

Les ouvriers, plus disséminés, sont moins portés aux coalitions. Respirant un air plus pur, ils jouissent d’une meilleure santé. Leurs idées s’étendent par la variété des travaux et des objets qui se déploient sous leurs yeux.

Si les opérations de l’industrie viennent à se ralentir, si les salaires baissent, l’ouvrier trouve dans les travaux delà campagne quelque dédom-

magement, et supporte plus facilement ces oscillations.

Le taux des salaires pour les travaux industriels est beaucoup plus faible dans les campagnes que dans les villes; et cependant l’ouvrier peut goûter plus d’aisance dans les campagnes, parce qu’il a moins d’occasions de dissiper le fruit de ses sueurs dans des dépenses oiseuses ou iunestes. Le fabricant peut livrer ses produits à un prix plus modéré. Ses bénéfices s’accroissent ; la consommation de ses produits s’étend. Si les métiers de soie de Lyon avaient été disséminés dans les campagnes, comme ceux qui existent aux environs de Zurich et de Bâle, cette grande cité eût échappé aux cruelles convulsions qui l’ont agitée et ensanglantée pendant les dernières années.

La présence des manufactures au sein des campagnes y fait circuler le numéraire, y favorise la formation des capitaux, y répand un esprit de vie, qui seconde puissamment l’amélioration de la culture. Les denrées que produit le sol obtiennent une consommation plus facile, plus abondante.

Enfin, la présence de ces ateliers, l’augmentation de la population locale, excitent à leur tour le développement d’une foule de petites industries locales. La construction et l’entretien des usines, des maisons, occupe un plus grand nombre d’ouvriers en batimens. D’autres confectionnent les appareils, les outils, les instrumens ; d’autres transportent les marchandises. Il faut vêtir, nourrir la population nouvelle, satisfaire à ses besoins. Une heureuse activité se déploie autour d’elle. Du sein de ces diverses industries sort une nouvelle classe de consommateurs.

Cette espèce d’alliance entre l’industrie manufacturière et l’industrie rurale , est donc à-lafois utile à toutes deux.

Elle demande, il est vrai , le concours de quatre conditions principales :

11 faut une direction éclairée, pour choisir avec discernement les localités, les époques propices à la fondation des établissemens ; pour choisir aussi les genres d’industrie qui conviennent le mieux aux localités ;

Il faut des capitaux disponibles et sutfisans, pour opérer ces créations , entretenir le jeu des ateliers ;

Il faut des moyens de communication faciles pour l’arrivage des matières et l’écoulement des produits;

Page 1