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TRAVAIL DANS LES VILLES

Il faut enfin, dans la population rurale au sein de laquelle l’établissement prendra naissance , des dispositions favorables , un certain degré d’instruction et de capacité.

Une partie de ces circonstances tend d’elleinêmc à se réaliser. Nous verrons dans un instant comment les autres peuvent être secondées. Dans tous les cas, ces créations ne peuvent s’exécuter que d’une manière progressive; elles s’exécuteront avec plus de lenteur et de difficulté , lorsqu’elles ne pourront s’accomplir que par le déplacement des établissemens déjà formés.

Quel beau patronage s’otTre aux grands propriétaires ruraux qui résident au sein de leurs héritages, s’ils consentent à exciter, diriger, par leurs encouragemens et leurs conseils, un mouvement industriel bien entendu dans la populotion dont ils sont environnés! D’honorables exemples montrent toute l’étendue de la puissance bienfaisante qu’ils pourraient exercer; il

[1] « Celte contrée, dit la Revue agricole, a changé de face depuis quelques annéês; un propriétaire s’est trouvé qui, doué d’un ferme vouloir et de moyens d’action assez puissans, aidé d’ailleurs de l’influence que lui donnaient des souvenirs de famille anciens et respectés, a entrepris de la vivifier, et y a réussi.

« Le prince de Monaco s’est occupé d’abord de mettre en valeur un domaine longtemps abandonné... 11 a adopté un assolement quinquennal aussi avantageux que l’ancien était mauvais. 11 a remplacé la charrue à roues en usage dans ce canton, par la charrue américaine à soc en fonte, qui laboure plus avant et plus également que la charrue du pays. Un de ses moyens les plus efficaces d'amélioration a été aussi l’emploi du sémoir Huguès, qui, en admettant comme condition préalable une bonne préparation de la terre, offre le double avantage d’une économie dans la semence, et d’un plus grand rendement au battage. Ses défrichemens ont parfaitement réussi. 11 est arrivé ainsi, en quelques années, à transformer entièrement ses propriétés, et à en augmenteras produits d’une manière remarquable. Lorsque le succès a été positif et incontestable, il a songé aux moyens de propager ses méthodes perfectionnées, et de faire jouir les cultivateurs du pays des bénéfices qu’elles procurent.

« D’assez grandes difficultés se présentaient: l’esprit de routine d’abord et le défaut d’instruction, qui sont les plus fortes de toutes; puis le manque de capital pour se procurer des instrumens aratoires perfectionnés, des amendemens énergiques, etc. Le prince de Monaco, qui se sentait fort, s’est pris à lutter, et a lutté avec succès contre ces obstacles. La persuasion et surtout l’influence toute-puissante de l’exemple avaient déjà ébranlé

un assez grand nombre de fermiers ses voisins ; quel-

suffira d’indiquer ici celle que donne M. le prince de Monaco, dans le departement du Calvados [i]. Ce patronage sera plus noble et plus utile que ne le furent les privilèges et les titres féodaux, et les remplacera avec un immense avantage, si les grands propriétaires comprennent bien ce qu’attendent d’eux les progrès de la civilisation, et ce que leur demandent leurs propres intérêts.

Du travail dans les villes.

Il est plusieurs branches d’industrie, dont les villes sont le théâtre inévitable; le séjour des villes est, pour les ouvriers qui s’v adonnent, naturel et avantageux. Telles sont les professions qui se rattachent au service des ports. Telles sont celles qui ont pour but de satisfaire

ques sacrifices pécuniaires avaient achevé de les déterminer. Il leur a fourni des charrues américaines, des graines de différentes espèces de racines; il leura prêté le sémoir Huguès , et a mis à leur disposition des moniteurs qui s’étaient formés chez lui à l’emploi de cet instrument. Bref, il est parvenu à en faire entrer déjà un grand nombre dans ce système progressif et améliorateur. Nous venons de parcourir plusieurs de ces communes dans un rayon de quelques lieues, et nous avons vu des récoltes de carottes, navets, betteraves, etc., offrant de très-belles apparences et dans le meilleur état de culture. Nous avons vu des laboureurs s'applaudir d’avoir enfin adopté les idées nouvelles, et calculant d’avance le surcroît de production et de bien-être qui doit en résulter pour eux.

« Mais les vues du prince de Monaco ne se bornaient point à propager des améliorations agricoles : elles n'étaient pour lui qu’un moyen d’arriver à un but plus élevé, celui d’éteindre le paupérisme et la mendicité à l’aide des perfectionnemens de l’agriculture. Comme il n’est jamais trop tôt pour soulager les classes souffrantes, le prince s’est mis à l’œuvre sans retard, en appelant à son aide les notables, non -seulement de sa commune, mais d’un grand nombre de communes voisines. 11 a attaqué la mendicité. Le système qu’il a adopté porte déjà ses fruits; la mendicité a disparu des communes qui l'ont suivi , et les pauvres qui les habitent tendent à se relever de l’espèce de dégradation qu’elleentraîne toujours aprèselle. Honneuraux grands propriétaires qui veulent et qui savent ainsi arracher à la misère des populations malheureuses, et leur ouvrir les routes de l’aisance! >■>

(Voyez la Revue agricole , et le Moniteur universel du lundi 10 décembre 18ô8).

SECONDE PARTIE. LIVRE III. CIIAP. II

d’une manière immédiate aux besoins des habitans, celles qui exigent des relations directes et habituelles entre le consommateur et l’homme de travail. Telles sont celles qui se subdivisent entre un certain nombre de professions adhérentes les unes aux autres, et qui ne peuvent se déployer qu’à l’aide de leur proximité mutuelle. Tels sont les arts que nous appellerions savans, c’est-à-dire qui supposent de la part de l’ouvrier, un certain degré de connaissances qui ne sont guère cultivées que dans les cités. Tels sont les arts de luxe, assujétis à l’empire du goût, au caprice des modes, et qui exigent une perfection singulière dans les détails. En général, le séjour des villes est favorable à la petite industrie, à celle qui eslexercée en chambre par des ouvriers qui sont en même temps fabricans, et qui travaillent pour leur propre compte. Habitant la ville, ils se tiennent en relation continuelle avec d’autres professions auxquelles leur fabrication se trouve liée, avec le débouché dont ils ont besoin de jouir. Il leur est même utile de se trouver placés en présence les uns des autres, pour s’éclairer et s’animer par la concurrence. Certaines fabrications semblent avoir adopté une ville déterminée pour leur centre; là les traditions se conservent, la renommée des produits est établie, le commerce est dans l’usage de s’y approvisionner; c’est une sorte de droit acquis, de possession héréditaire. 11 est même quelquesunes de ces professions auxquelles le choix du quartier n’est pas indifférent; il en est qui ont besoin de se placer au centre.

Signes d’une haute prospérité commerciale et industrielle, instrumens puissans de cette prospérité, les villes et les grandes villes offrent dans leurs murs, à la classe laborieuse, le secours d’une instruction plus étendue, la perspective d’une existence plus aisée. Elles lui créent de nouveaux et innombrables emplois. Aussi, dans un vague instinct de ces avantages, une partie de la population des contrées environnantes se porte-t-elle constamment sur les grandes cités, pour y chercher un meilleur sort, et souvent voient-elles arriver dans leur enceinte, des gens qu’un aveugle désir de chercher fortune, y amène des régions éloignées.

Mais, combien de mécomptes attendent ces bonnes gens à leur arrivée dans les grandes villes !

Ils y arrivent sans connaissance des lieux, sans relations, sans appui, souvent sans capacité, sans prévoyance; ils se jettent au hasard dans l’arène d’une concurrence indéfinie.

Le séjour des villes offre d’ailleurs plus d’un péril, plus d’un inconvénient à l’ouvrier même qui y est déjà domicilié. C’est peu encore, que le prix élevé des consommations; l’occasion de dépenser, les séductions du plaisir et du luxe, les distractions de tous genres causent souvent plus de préjudice à l’ouvrier. De fréquentes variations souvent imprévues affectent la marche des consommations, et le mouvement des débouchés; de là l’inégalité dans la demande du travail; l’incertitude, les temps d’inaction, pour le travailleur. Le rapport de la production 'a la demande, difficile par lui-même à apprécier, est hors de la portée du simple ouvrier. La plupart se jettent aveuglément sur les professions dont l’exercice leur semble le plus facile ; quelquesuns, séduits par l’élévation des salaires attachés aux arts savans, aspirent imprudemment à les exercer, sans en être suffisamment capables. Des circonstances passagères qui favorisent une branche d’industrie, y attirent une concurrence excessive qui ne peut se maintenir! Les goûts, les habitudes se modifient, et les homme de travail ne peuvent ou ne savent pas suivre, avec assez de rapidité, ces révolutions, en modifiant leurs propres occupations. L’immense rassemblement d’ouvriers se rencontrant sur un même point, sans guides, sans relations, forme une cohue où règne la confusion, où s’introduit facilement le désordre; il ne s’y rencontre que trop souvent des esprits turbulens, empressés à en profiter, des intrigans habiles à égarer des hommes d’ailleurs honnêtes et paisibles.

La nature de ces dangers et de ces maux semble en indiquer les préservatifs et les remèdes.

Un premier préservatif et remède se présente naturellement : il consisterait dans une institution propre à diriger le placement et le classement des hommes de travail. Nous disons à dessein , diriger ; car, nous le répétons, nous ne saurions admettre aucune mesure de contrainte.

On exigerait seulement que les travailleurs, en arrivant dans une ville, pour y chercher de l’ouvrage, fussent tenus de se présenter à l’autorité municipale, ou au comité de patronage qui va être proposé, de s’y faire inscrire, et d'y indiquer le genre d’ouvrage auquel ils désireraient s’employer.

Trois autres registres tenus par la même administration renfermeraient le tableau des maîtres, des compagnons, des apprentis, ainsi que celle de la profession et de la demeure de chacun d’eux.

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