‹ De la bienfaisance publiqueChapitre 78 sur 450 · TRAVAIL DANS LES VILLES · texte numérisé non relu

TRAVAIL DANS LES VILLES

Une direction de placement serait formée avec un caractère officiel et public, par l’autorité locale, sous l’administration et la surveillance d’un comité composé d’hommes bienfaisans, expérimentés, d’anciens négocians, fabricans retirés des affaires. Ce comité aurait le droit d’appeler à lui, lorsqu’il le jugerait opportun, les syndics dont il va être parlé dans un instant. Un duplicata des registres qui viennent d’être indiqués, lui serait remis. Il aurait ainsi une statistique exacte de la répartition des travailleurs, dans les diverses professions industrielles de la cité.

Les entrepreneurs, les maîtres pourraient s’adresser à la direction pour avoir des ouvriers, des compagnons capables et honnêtes, des apprentis bien disposés , en lui faisant connaître les conditions qu’ils seraient eux-mêmes disposés soit à accorder, soit à exiger.

Les jeunes gens désirant se placer comme compagnons, les familles désirant mettre leurs enfans en apprentissage, pourraient s’adresser à la direction , en lui indiquant, ceux-là leurs précédens Jour degré d’instruction, les garanties de leur bonne conduite ; celle-ci. l’éducation qu’elles auraient données à leurs enfans, la carrière qu’elles veulent leur faire suivre, les sacrifices qu’elles peuvent faire.

Les hommes de travail arrivant dans une ville, seraient tenus de comparaître devant la direction, et de lui fournir les renseignemens relatifs à leur existence antérieure et au but de leur voyage. Ces inscriptions seraient donc facultatives dans les deux premiers cas; obligatoires, dans le troisième.

Elles formeraient des tableaux à l’aide desquels la direction pourrait comparer les demandes et les offres respectives.

Dans les trois cas, elle servirait d’intermédiaire entre les entrepreneurs et les maîtres, d’une part ; les ouvriers , les compagnons , les apprentis, de l’autre. Mais elle ne leur offrirait qu’une intervention officieuse, bénévole, quoique accréditée. Elle agirait par voie de conseil, non par voie d’autorité; elle donnerait d’utiles avis, non des ordres.

Elle dirait à l’entrepreneur, au maître : « Il « vous faut des ouvriers, des compagnons : voici « ceux sur lesquels nous avons de bons rensei- « gnemens ; choisissez. » Mais elle pourrait les avertir, ou qu’ils n’offrent pas des salaires suffisans pour avoir des sujets d’élite, ou qu’ils s’exposent à prendre plus de sujets qu’ils ne peuvent

espérer d’en employer utilement, d’après la marche générale des entreprises industrielles.

Elle dirait à l’ouvrier, au compagnon, à la (amille de l’apprenti : « Voici des entrepreneurs <( ou des maîtres chez lesquels vous pouvez être « placés avec sécurité et d’une manière avanta- « gcuse. » Mais elle ne recommanderait que les sujets sur lesquels elle aurait recueilli des renseignemens favorables. Elle désigneraità chaque aspirant les professions qui lui offriraient les chances les plus favorables, celles où le travail est demandé; elle lui ferait connaître les avantages ou les inconvéniens de chacune; elle le garantirait des erreurs dans le choix des situations ; elle l’éclairerait sur son aptitude personnelle, en lui faisant sentir ce qui lui manque pour réussir ; elle lui enseignerait ce qui lui reste à acquérir, ou bien elle lui montrerait une carrière mieux appropriée à sa capacité; enfin, elle l’instruirait des conditions auxquelles il peut souscrire, pour se placer convenablement. La direction aurait souvent à dissiper les illusions du villageois arrivant dans une grande ville avec de vagues espérances; elle lui rendrait le service de l’engager à retourner au sein de sa famille.

Il serait tenu note sur les registres, de la déférence qui aurait été témoignée pour ces conseils, par ceux qui les auraient reçus; il serait tenu note aussi des changemens survenus dans la position des hommes de travail ; on aurait soin, en particulier, d’y mentionner ceux d’entre eux qui seraient tombés dans l’indigence.

De la sorte, l’équilibre serait mieux établi entre la demande et l’offre du travail; la distribution des travailleurs serait plus sagement opérée ; chacun serait mieux employé suivant son habileté; les transactions reposeraient sur des bases plus équitables.

Le besoin d’un semblable genre d’établissemens est généralement senti. lia fait naître dans plusieurs villes des entreprises particulières de placemens, spécialement pour les domestiques; mais, ces entreprises, qui d’ailleurs spéculent sur les rétributions de leurs cliens, ne sont point en mesure de leur offrir des directions éclairées. Des sociétés de bienfaisance se sont présentées pour rendre le même service gratuitement [1]. -Rais, agissant dans un cadre restreint, elles n’ont pu atteindre à celte généralité d’opérations,

[j] On cite entre autres la société qui, sous l’invocation de Saint-Joseph, s'était formée à Paris, il y a quelques années.

SECONDE PARTIE. LIVRE III. CIIAP. II

qui est ici une condition essentielle du succès.

L’institution que nous proposons se lierait, d’une part, à l’administration municipale; de l’autre , à celle de la distribution des secours à domicile. Ses registres seraient consultés au besoin par l’une et par l’autre. Combien de lumières précieuses elle fournirait à l’une et à l’autre! Pour nous borner ici au sujet qui nous occupe, quelle instruction y puiserait l’administration des secours publics sur les causes de l’indigence, et sur la réalité des prétextes invoqués par les individus qui sollicitent l’aumône, en alléguant le manque de travail , ou l’insuffisance des salaires.

Lorsqu’on jette les yeux sur les registres des indigens, on voit que la catégorie la plus nombreuse est celle des personnes sans état [i]. Vient ensuite la classe nombreuse des journaliers, surtout de ceux qui, ne contractant aucun engagement , sont , pour chaque moment, à la disposition des personnes qui jugent à propos de les employer, comme les portefaix, les commissionnaires, et gens semblables, dont la destinée est, en quelque sorte, abandonnée à la volonté d’autrui etauhasarddes circonstances^]. A ces deux classes de personnes manque ordinairement la capacité qu’exige une profession industrielle; à toutes deux manque un avenir; à toutes deux, un patronage qui leur procure l’instruction d’abord, puis l’occasion de s’employer d’une manière utile et certaine. Pour toutes d’eux, la direction de placement qui vient d’être proposée rendrait d’éminens services.

Les gens sans état ne devraient en aucun cas être admis aux secours publics , sans s’être présentés préalablement àla direction de placement. Celle-ci , dans l’hypothèse très-rare où elle aurait constaté pour eux l’impossibilité d’un emploi actuel , en délivrerait l’attestation. Mais ils seraient tenus de reparaître périodiquement devant elle; car une inaction obligée ne saurait être qu’une circonstance passagère.

Les journaliers, dans un grand nombre de villes , ne sont admis à exercer cette profession, en offrantleurs services sur la voie publique, qu’autant qu’ils sont agréés par l’autorité municipale.

[1] A Paris, elle comprend plus du douxième de la population indigente.

La même remarque se reproduit bien plus sensiblement encore, relativement aux coupables de délits contre la propriété.

[2] A Paris, les journaliers, les commissionnaires, les

Ces réglemens sont sages; ils sont justes. Le genre de services que prêtent le commissionnaire et le portefaix exige un certain degré de confiance delà partdes personnesqui les emploient; 11’en étant pas connus , il leur est utile à euxmêmes d’offrir une garantie, comme il est utile à ceux qui les occupent, de trouver quelque sécurité dans leur ministère. La direction de placement seconderait ici l’autorité municipale, la suppléerait même au besoin. Elle donneraitaussi de précieux avis aux journaliers ; elle leur éviterait de se porter en trop grand nombre sur les mêmes points; elle leur indiquerait des moyens pour tirer parti des heures d’inaction; elle enseignerait à quelques-uns les moyens de s’élever à une profession plus certaine et plus lucrative.

La législation établie en France par la loi du 18 germinal an xi , se coordonnerait naturellement avec cette institution proposée. La direction de placement se ferait présenter les livrets de chaque ouvrier, les contrats d’apprentissage. 11 serait bien qu’elle fût autorisée à apposer son visa et ses observations sur les uns et sur les autres.

Enfin, la direction déplacement rendrait surtout de précieux services aux femmes , car les femmes ont beaucoup moins de facilités que les hommes , pour trouver à s’employer comme ouvrières. Elles sont exposées, en se plaçant, à de grands dangers, particuliers à leur sexe. On les voit figurer toujours en plus grand nombre que les hommes sur les tableaux des indigens. 11 conviendrait, pour leur offrir une assistance protectrice, d’adjoindre au comité d’administration un certain nombre de dames charitables.

De l’exercice des divers métiers.

De toutes les professions, celles dont l’exercice est le plus facile sont celles qui sont le moins rétribuées, et celles cependant où la concurrence se fait le plus vivement sentir. Elles sont accessibles à un plus grand nombre de sujets ; leur ap. prentissage est moins long et moins coûteux [3].

balayeurs , composent ensemble le cinquième des chefs de famille assistés à domicile.

[3] A Paris, les portiers, les revendeurs, et les chiffonniers réunis forment près d’un dixième delà population indigente, et avec lesjournaliers, commissionnaires, etc. près de la moitié.

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