CLASSE OUVRIÈRE
ARTICLE PREMIER
Considérations générales.
Nous descendons subitement des plus hautes questions de l’économie sociale, à un sujet bien vulgaire et bien minime en apparence; nous entrons sous le toit du simple ouvrier, pour étudier son genre de vie et les améliorations qu’il peut obtenir par des combinaisons et des soins appropriés à sa situation ; pour voir comment il peut, sans accroître sa dépense, être mieux logé, vêtu, nourri; comment, même en obtenant ces avantages , il peut arriver cependant à faire des épargnes et les accroître encore. Quoiqu’un aussi humble sujet n’ait occupé qu’un petit nombre d’écrivains, il n’est pas moins l’un des plus importans dans la matière de nos recherches. Car il suffirait de prévenir les erreurs de régime que commettent trop souvent les personnes de la classe malaisée, de leur procurer les moyens de mieux vivre à moins de frais, pour réduire considérablement le nombre de ceux qui tombent dans l’indigence.
Nous sollicitons donc ici avec confiance , et la patience, et l’indulgence du lecteur, pour les détails dans lesquels nous sommes contraint d’entrer; nous les abrégerons du moins autant qu’il nous sera possible.
Le régime de vie de l’homme qui vit du travail de ses mains , peut être considéré d’abord dans son ensemble, ensuite sous le rapport hygiénique, enfin sous le rapport économique. Attachons-nous d’abord au point de vue général.
C’est en vain que les amis de l’humanité désirent ardemment de voir l’homme laborieux jouir d’une plus grande aisance, goûter une plus grande sécurité; c’est en vain que l’administration publique médite et réalise les plus savantes combinaisons pour lui assurer ce bienfait, s’il ne sait s’aider lui-même, s’il n’apprend à se con-
duire. On ne peut assez le répéter : la destinée de 1 homme laborieux dépend surtout de luimême. Ici, nous n’avons plus à lui offrir que des encouragemens et des conseils; mais, combien les uns et les autres lui sont nécessaires !
Le premier de tous les conseils, est celui qui a pour objet le choix d’un état. Il est peu de résolution aussi importante pour lui, aussi décisive pour sa vie entière, et cependant aussi difficile. Il doit en effet se décider pour la profession la mieux appropriée à ses forces physiques , à sa capacité intellectuelle , et même à ses dispositions et à ses goûts ; il faut aussi qu’il se rende compte des capitaux qu’elle exige et de ceux dont il peut disposer; il faut qu’il examine la concurrence contre laquelle il aura à lutter, le besoin de travailleurs qui se fait sentir, les appuis sur lesquels il peut compter pour se placer et pour réussir. Or , où puisera-t-il tous les renseignemens dont il a besoin pour faire une comparaison judicieuse, et les lumières nécessaires pour bien calculer les probabilités de succès? Le plus souvent, ce choix est pour lui l’effet du hasard. Il préfère naturellement la profession de son père, comme son père se plaît à trouver en lui un associé d’abord, un successeur ensuite. Il y a d’ailleurs dans un tel choix plusieurs avantages : son apprentissage a commencé en quelque sorte avec le berceau; l’apprenti est familier dès l’enfance avec le détail des pratiques de l’art ; le fils évite des frais d’instruction et d’établissement. Mais il peut n’ètre pas propre à la profession que son père exerçait; cette profession peut être en décadence; enfin, tous les fils ne peuvent succéder au métier d’un même père. Alors, on saisit à l’aveugle l’occasion qui se présente; on suit l’avis d’un parent, d’un ami; souvent la détermination prise n’est qu’un caprice de jeune homme.
Après avoir choisi un état, il est ordinairement convenable de s’v tenir; mais si l’ouvrier