ECONOMIE DOMESTIQUE APPLIQUÉE AUX OUVRIERS
(ion, et surtout la réflexion et l'expérience.
Le logement en garni est malheureusement nécessaire à l’ouvrier qui ne fait dans les villes, qu’un séjour passager, comme le maçon, par exemple; il peut convenir aussi à l’ouvrier célibataire qui débute dans son métier. Mais il a d’ailleurs de graves inconvéniens pour la santé et la moralité des hommes de travail, et de plus graves encore pour les femmes. Quel spectacle hideux vient frapper les regards, lorsqu’on pénètre dans ces habitations où les lits sont entassés dans des salles basses et infectes ! De sages réglemens de police préviendraient une partie de ces inconvéniens. Il serait digne aussi des institutions de patronage industriel, de provoquer l’érection d’hôtelleries construites et disposées pour loger convenablement dans les villes les ouvriers étrangers.
Les habitations des ouvriers qui sont dans leurs meubles, n’offrent pas souvent elle-mêmes un tableau satisfaisant, surtout dans les villes de France. Voyez, dans les villes du nord, ces antres souterrains qui leur servent généralement d’asiles! Voyez à Lyon ces logemens étroits, bas, obscurs, où sont entassés les métiers, les lits, les ouvriers, la famille, jusqu’aux septième et huitième étages ! Sans doute la cherté des loyers con trai ri t les ha bi ta n s peu a isés d es gra nd es c i tés, à se contenter d’humbles réduits. Mais, en d’autres villes, l’homme de travail trouve cependant un asile où il peut respirer sans être condamné à une dépense qui excède ses ressources ; en Allemagne, dans le nord de l’Europe, il est logé d’une manière plus convenable; la lumière du • jour, les rayons du soleil arrivent jusqu’à lui ; la propreté supplée à l’élégance. Une habitation décente, salubre, suffisamment commode est un des élémens du bien-être, pour l’homme civilisé; il est bien que l’homme de travail, au milieu de ses fatigues, goûte quelque sérénité d’esprit, et cette disposition dépend beaucoup de I aspect que lui offre son habitation, et des impressions qu’il en reçoit.
En Angleterre, les artisans d’une bonne conduite évitent généralement de se loger dans l’intérieur des villes où les loyers sont à un prix très-élevé, où les habitations sont étroites, malsaines; ils s’établissent dans un cottage placé hors des faubourgs, à portée de la grande route, et auquel est joint un petit jardinet. Chaque jour, quand la saison le permet, l’ouvrier donne quelques instans à la culture de ses plantes, elle forme son délassement. Un rez-de-chaussée
compose seul ordinairement ces cottages; quelquefois cependant, une chambre est prise dans les combles quand la famille est nombreuse. « Derrière la maison, et sous un toit en appentis, sont établies de petites dépendances, comme cellier, bûcher, etc., etc.
On cite, en Relgique, les habitations que feu M. Dégorges avait fait construire pour ses ouvriers à Horney. M. Riolley, à Vervins, abandonnant l’ancien système de bâtimens à quatre ou cinq étages, a fait tracer une nouvelle rue, bordée de maisons n’ayant qu’un étage et une mansarde, avec un petit jardin. L’habitation renferme quatre pièces : elle suffit pour l’ouvrier et sa famille. Elle coûte environ 2000 fr. de premier établissement, et rapporte un loyer de 100 à 120 fr. qui s’acquitte par une retenue hebdomadaire sur le salaire de l’ouvrier. Cet estimable fabricant a, de la sorte, évité les inconvéniens attachés à une nombreuse agglomération d’ouvriers sous le même toit.
On cite également, en France, les logemens construits pour les ouvriers dans le grand établissement d’Indret (Loire-Inférieure), qui offrent une analogie sensible avec les cottages anglais. On doit signaler aussi les maisonnettes dont se compose le hameau élevé à Auchy-les- Moines, près Hesdin, par M. Grivel, propriétaire de la belle filature qui y est établie, et qui présente une analogie non moins frappante avec les constructions exécutées à Vervins par M. Riolley.
Nous applaudissons aux créations du génie de l'architecture, lorsque dans la construction des monumens publics, des édifices, des palais, des villa, il déploie la splendeur et la magnificence. iMais il serait digne aussi de lui de s’intéressera la situationde tant de milliers de familles, qui vivent à la sueur de leur front, et de résoudre le problème du mode de construction qui leur offrirait, au moindre prix de location, l’habitation le mieux appropriée à leurs convenances. S’il était résolu, il se présenterait des entrepreneurs qui exécuteraient d’après ce modèle; car ils y trouveraient leur propre avantage.
Des primes ont été offertes aux architectes, dans plusieurs villes d’Angleterre et d'Ecosse, pour obtenir les meilleurs plans de cottages, et pour des projets d’habitations économiques saines , bien distribuées. Une commission a été nommée, en 1838, par le conseil central de salubrité publique à Rruxelles, pour vérifier l’état des habitations de la classe ouvrière dans cette
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grande ville, et pour proposer les moyens de l’améliorer ; elle en trace, dans son rapport, le tableau le plus affligeant. L’extérieur, l’intérieur, les distributions, les allées, les escaliers, tous les détails offrent la même misère, la même saleté, la même incommodité, la même insalubrité. « L’emplacement occupé par chaque famille est « généralement beaucoup trop resserré , pour « que chacun de ses membres jouisse de la por- “ tion d’air nécessaire à la conservation de la « santé. Aussi leur apparence est-elle générale- « ment chétive et souffreteuse ; les enfans , pâles « et décharnés, portentdes traces visibles de souf- « frances privées ; le nombre des rachitiques et « des scrofuleux est considérable, et la mortalité u est telle chez les enfans et les vieillards, qu’elle « dépasse encore les moyennes les plus défavora- « blés. » A des masures humides, obscures, mal aérées, la commission a proposé de substituer des bâtimens communs, vastes, bien éclairés, bien ventilés, situés dans les faubourgs. Ils seraient partagés en un certain nombre de logemcns, aussi indépendans que possible, pour des ménages de quatre ou cinq personnes. Ils auraient des locaux communs pour cuisine, buanderie, infirmerie, bains, chauffoir et même salle d’asile, une grande cour, la pompe ou fontaine. Elle a calculé qu’un Ioyerde2 fr. 50 cent, parsemaine indemniserait largement le propriétaire [î] ; ce serait, comme on voit, une demi-association en communauté.
L’habitant des campagnes repose-t-il du moins dans de meilleurs gîtes ? Dans une grande portion de la France, les chaumières ressemblent souvent encore à des huttes de sauvages. Cependant, un ami de l’humanité, un agronome distingué [2], a pris soin de tracer les plans d’habitations qui rempliraient toutes les conditions désirables, qui réuniraient à la solidité, à la salubrité plusieurs avantages pour le service des exploitations rurales. 11 y a toujours une économie dans ce qui est bien fait, et dans ce qui dure.
La difficulté consiste ici en ce que les bâtimens ne peuvent être à volonté renversés et reconstruits sur un autre plan ; mais, du moins, l’amélioration pourrait-clles’introduire graduellement, à mesure qu’on est contraint de démolir, à mesure qu’on construit à neuf. Chaque année, dupuis que l’Europe jouit des bienfaits de la paix, des milliers de maisons s’érigent, des bourgs,
[1] Voyez le Rapport de la commission précitée, rédigé par M. Ducpétiaux, et publié à Bruxelles, en 1858.
[2] M. Morel de Vindé, pair de France.
des villes même s’élèvent en divers pays, ou voient leur enceinte s’étendre.
Quel est celui des autres élémens de l’existence matérielle de l’homme de travail , qui ne put être considérablement amélioré, non-seulement sans augmentation de dépenses, mais avec une économie certaine ? quelle n’est pas, en France du moins , l’imperfection des appareils de chauffage, et des moyens d’éclairage, par exemple ! Le comte de Rumpford , le premier, a porté sur la préparation des alimens du pauvre, les lumières de la science ; cependant ses conseils sont presque demeurés jusqu’à ce jour dans le domaine de la théorie ; ils n’ont point pénétré sous le toit de l’ouvrier et du laboureur. La question de l’emploi de la gélatine n’est point encore définitivement résolue. Le comte de Rumpford avait également fait exécuter le modèle d’un lit qui n’occasionnait aucun encombrement, qui était solide, chaud, très-propre, et d’une extrême simplicité. A peine a-t-il été connu. Il y aurait quelques recherches 'a faire sur le choix des vêtemens pour l’ouvrier, suivant les climats et les professions, sur la coiffure qui lui convient le mieux. Il est exposé à être fréquemment trompé sur la qualité des objets de consommation qu’il achète.
Dans plusieurs villes et bourgs de l’Angleterre et de l’Allemagne, des personnes généreuses ont eu l’idée d’établir des cuisines banales où les ouvriers trouvent des alimens préparés avec soin, au prix le plus modique; comme aussi des boutiques assorties d’étoffes et d’autres articles à leur usage choisis avec discernement, pour lui éviter la peine de la recherche et le danger de l’erreur. L’économie du temps est ainsi jointe pour lui à celle de la dépense.
Il y a toujours un avantage manifeste à organiser un service commun, en le mettant sous la direction de personnes capables : il se fait à meilleur marché, parce qu’on opère en grand ; l’opération est mieux conduite. C’est ainsi que, dans les campagnes, on établit un four, un pressoir banal. Les services quelquefois pourraient être organisés par un concert spontané entre les ouvriers eux-mêmes ; quelquefois ils s’établiraient par entreprises. Les distributions debouillons introduites à Paris par la Compagnie hollandaise, fournissent des alimens dont l’usage n’est pas dédaigné par iespersonnes aisées, et dont le prix cependantestsi modéré que l’administration des secours publics n’a pastrouvéde moyen plus économique pour nourrir les indigens. Cet