‹ De la bienfaisance publiqueChapitre 87 sur 450 · HYGIÈNE POPULAIRE · texte numérisé non relu

HYGIÈNE POPULAIRE

font connaître tous ceux qu’on pourrait attendre de cette institution, si elle recevait une organisation plus étendue; si dans chaque partie des villes, dans chaque canton rural, on établissait des inspecteurs de salubrité, chargés d’observer, de signaler les circonstances qui menaceraient la santé publique, et d’y porter les plus prompts secours. Les médecins cantonnaux des états romains, et de la plupart des états de l’Allemagne, remplissent une partie de celte mission ; c’est un premier élément du système; il pourrait être facilement complété.

Dans quelques pays, et notamment en France, on a introduit de sages réglemens pour éloigner des centres d’habitation, les manufactures ou fabriques insalubres; c’est fort bien pour les habitons des villes; mais ces manufactures ne peuvent marcher sans ouvriers. Occupons-nous donc aussi de ces ouvriers qui respirent de près . et d’une manière continue, ces exhalaisons malfaisantes. Que la science enseigne les moyens d’en paralyser les effets ; que les fabricans s’imposent le devoir d’appliquer les moyens indiqués; qu’au besoin l’autorité publique intervienne pour les y contraindre. Les fabriques dans lesquelles la santé des ouvriers est plus gravement compromise sont celles où ils respirent des gaz funestes [1 J , un air chargé soit de poussière, soit de particules n u isi blés [2! ; celles qui mettent en œuvre des métaux ou des particules métalliques [3]; celles où l’ouvrier se trouve en contact avec des matières putréfiées [4] ; celles qui l’exposent à un feu trop ardent [5]. Grâces soient rendues aux sciences chimiques qui, depuis quelques années, ont avec une si louable émulation et avec un succès si remarquable, proposé des appareils et des préservatifs efficaces contre une portion de ces dangers [6]. Peut-on assez déplorer que les ouvriers eux-mêmes soient souvent les premiers à repousser des améliorations aussi salutaires, comme nous en avons eu trop souvent des exemples sous les yeux, qu’ils s’obstinent par une sorte de bravoure mal entendue, à

[t] Les cardeurs de laine, tondeurs de drap, filateurs de coton, chapeliers, distillateurs, brasseurs, parfumeurs, fabricans- Tacides et autres préparations chimiques, etc.— [a] Tailleurs de pierre, carriers, plâtriers, maçons, fabricans de céruse, etc., etc.

[3] Peintres, doreurs, mineurs, plombiers, etc.

[4] Les tanneurs, corroyeurs, boyaudiers, équarrisseurs, vidangeurs, etc.

[5] Verriers, boulangers, etc.

sacrifier inutilement leur santé et quelquefois leur vie elle-même ?

J1 est, contre d’autres inconvéniens des professions industrielles, d’autres préservatifs dont l’emploi dépend presque exclusivement , des personnes mêmes qui les exercent. Quelquesunes de ces professions exigent que l’ouvrier soit habituellement exposé à l’humidité, ou obligé de se mouiller, comme celle des blanchisseuses, des teinturiers, des pêcheurs, des mariniers, etc. D’autres contraignent l’ouvrier à rester assis, immobile, et dans une posture gênante; comme celles des tisserands, des tailleurs, ries cordonniers, des ouvriers en soie, des couturières et ouvrières en linge. D’autres demandent l'application constante, exclusive, d’un seul organe; le plus souvent c’est l’organe de l’œil qui se fatigue, comme chez les horlogers, les bijoutiers, les ouvrières en dentelles ; quelquefois c’est l’organe de la voix, comme chez les crieurs publics, etc. Dans certaines professions, l’ouvrier doit rester constamment debout; il se lasse facilement, il est sujet aux ulcères; c’est la condition du scieur de long, du charpentier, du maçon, du forgeron. Certaines autres supposent des efforts violens et répétés, qui donnent lieu à quelques accidens, qui usent promptement les forces; c’est le sort des portefaix, terrassiers, etc. Enfin, il en est qui retiennent le travailleur en plein air, exposé aux brusques alternatives du froid et du chaud, et à toutes les intempéries de l'air; c’est le sort du cultivateur, L’hygième trace ici quelques conseils simples que la plupart du temps l’ouvrier ignore, et qu’il serait utile de lui faire entendre. Mais, alors même qu’il serait instruit des soins qu’il devrait prendre, on aurait encore quelque peine à les obtenir de lui. On trouverait des obstacles dans la routine, dans les habitudes prises, et surtout dans l’insouciance. Il est difficile de trouver un ouvrier qui veuille le premier se soumettre aux précautions recommandées; il craindrait de se singulariser, de se rendre ridicule aux yeux de ses cantate] Les maladies des ouvriers, les moyens de les prévenir et leur traitement ont été pour plusieurs médecins l’objet d’études spéciales. Dans leur nombre on cite Lamazzini, le docteur Pâtissier, Adelmann, Mois Maier, le comte de Berthold, etc., etc.

La société d’encouragement, pour l’industrie nationale, existant à Paris, s’est plus d’une fois honorée aux yeux des amis de l'humanité, en provoquant, signalant, récompensant de semblables découvertes.

1 !>8 > SECONDE PARTIE

rades. Un autre craint l’assujétissement ; un autre met une sorte de fierté à dédaigner des pratiques qui lui semblent puériles. La plupart, aussi longtemps qu’ils se portent bien, ne consentent pas à écouler des avis de prévoyance pour l’avenir.

Ici, reparaissent, sous un autre aspect, les considérations relatives au logement , aux alimens, à la boisson ; aux vêtemens , à la chaussure , à la coiffure. Ces élémens essentiels du régime de la vie , sont soumis, pour la conservation de la santé, à certaines conditions qui varient suivant la nature de la profession exercée. Il faut une nourriture plus substancielle à l’ouvrier qui est soumis à faire beaucoup d’exercice; des vêtemens mieux conditionnés, à celui qui agit en plein air; celui-ci a besoin de mieux garantir sa tête, ou de tenir ses pieds plus chauds, il est aussi des conditions à-peuprès générales pour toutes les personnes qui mènent une vie active et laborieuse. Malheureusement, les personnes placées dans une situation gênée , trouvent dans celte situation même, un obstacle pour suivre les conseils de l’hygiène. Il est facile de conseiller une nourriture choisie , des vêtemens chauds , un bon logement; mais il faut les moyens d’exécution , et on roule quelquefois ici dans une sorte de cercle vicieux. La pauvreté conduit l’ouvrier à s’excéder , à se fatiguer, à subir les privations; les privations et les fatigues, en épuisant ses forces, le conduisent à la misère. Il y a une vraie économie pour le travailleur , à savoir dépenser ce qu’il faut pour conserver sa santé par un bon régime, autant que ses res-

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