LA CLASSE OUVRIÈRE
En vain la classe laborieuse aurait-elle obtenu toutes les améliorations matérielles qui peuvent accroître son bien-être, elle ne sera point encore armée contre le danger de l’indigence. Le premier de tous les préservatifs, le plus puissant, celui qui complète et résume la bienfaisance préventive, est dans l’amélioration des mœurs [1]. Elle relèvera les êtres dégradés, soutiendra les faibles; elle fondera la vraie économie, celle qui est obtenue par la modération, l’ordre et l’esprit de conduite ; elle rendra le malheur plus supportable, quand il n’aura pu être évité; elle aidera à en triompher, quand il ne sera pas irréparable. Faire la guerre aux vices, voilà le grand secret de combattre l’invasion de la misère. L’un des moyens les plus efficaces d’accomplir cette grande œuvre, est sans doute dans l’éducation des enfans et des adolescens qui appartiennent aux familles peu aisées. Mais il est aussi, pour l’homme qui vit du travail de ses mains, une éducation qui se prolonge pendant le cours de la vie. Ce n’est pas assez de l’avoir instruit, guidé, jusqu’au moment où il entre en possession de l’indépendance. A cette époque où il devient maître de lui-même, les passions viennent l’assaillir; des pièges lui sont tendus; il y a pour lui des périls d’un ordre spécial qui naissent de la condition où il est placé. Mais il est aussi des armes qui sont spécialement à son usage. Quelle que soit l’humble situation où la créature humaine se trouve placée relativement aux dons de la fortune, il est un ordre de biens supérieurs auquel elle peut toujours atteindre; il est toujours en son pouvoir de se perfectionner dejour en jour, et par une admirable dispen-
[1] Voy. ci-devant, l>e partie, liv. n, cliap. 5.
[2] Le lecteur comprend que si nous employons cette expression populaire, dans un sens généralement reçu, comme exprimant ce qui appartient à la classe la plus nombreuse et la moins aisée de la société, c’est par la
sation de la providence, elle peut y trouver une abondante compensation pour ce qui lui manque.
Jetons uncoup-d’œil rapide sur les moyens les plus propres à préparer cette grande amélioration qui est elle-même l’un des plus hauts intérêts de la société entière.
ARTICLE PREMIER
Des lectures populaires [2].
L’homme qui vit à la sueur de son front a peu le temps de lire, en supposant qu’il sache lire. Il n’est guère en mesure de se procurer des livres. Enfin, il y a, jusqu'à ce jour du moins, très-peu de bons livres à sa portée et à son usage.
Malheureusement encore, s’il existe pour lui peu de bons livres, il y en a de pernicieux, et ceux-ci parviennent quelquefois plus facilement à circuler et à se faire lire. C’est précisément parce qu’ils flattent les passions ou les préventions de l’ignorance, qu’ils obtiennent plus de lecteurs.
Jetez les yeux sur ces petits livres qui , sous divers titres, sont colportés de village en village, étalés aux foires et aux fêtes champêtres, offerts à vil prix! Que d’erreurs accréditées par eux! Que de pratiques superstitieuses, confirmées! Trop souvent . que d’exemples licencieux, offerts! Quelles offenses contre la langue, le goût, la raison, la décence ! Est-ce donc pour préparer les enfans à de telles lectures, que nous les envoyons à l'école!
nécessité d’être bref , en restant clair; mais que nous n’avons garde d’entendre par là considérer le peuple comme une caste à part : rien 11e serait plus contraire à notre manière de voir. ISous le déclarons une fois pour toutes.
SECONDE PARTIE