LIVRE III. Cil A P. IV
Cependant, de bonnes lectures seraient, pour l’homme de travail, un moyen de compléter son instruction, de continuer sa propre éducation à tout âge. Il s’y dépouillerait des préjugés nuisibles ; il y puiserait des antidotes contre les poisons capables de corrompre son esprit ou son cœur ; il s’entretiendrait dans les sentimens honorables. Des lectures convenablement choisies, loin de le détourner des pénibles travaux qui remplissent pour lui le cours de la journée, serviraient à l’en délasser agréablement, le disposeraient à les reprendre avec une nouvelle ardeur. L’expérience le prouve: séquestré souvent par divers obstacles du commerce de la société, privé de relations propres à éclairer son intelligence, à épurer ses goûts en élevant son âme, un bon livre serait pour lui dans son isolement comme un compagnon, un ami, qui lui en tiendrait lieu, qui remplacerait même avec avantage des relations peu fructueuses.
Des lectures populaires composées et publiées en divers pays.
L’Allemagne, dès le siècle dernier, s'est créé une littérature populaire, où les intérêts de la religion , de la morale trouvent des organes zélés, où les conseils de la raison, où les connaissances utiles se transmettent sous une forme familière, quelquefois sous un costume attrayant. Aujourd’hui cette littérature offre, en Allemagne, à toutes les conditions, à tous les âges, aux deux sexes, à toutes les communions religieuses, des provisions abondantes et des alimens substantiels pour l’esprit et pour le cœur. Entrez au hasard dans la plus humble chaumière, dans le plus modeste atelier! vous y trouverez une bibliothèque formée à la convenance du cultivateur et de l’ouvrier, et fréquemment exploitée par lui. Le titre seul de ces ouvrages formerait un catalogue considérable. L’auteur des tableaux de famille [1] a imaginé de faire entrer aussi le roman dans la littérature populaire, et ses œuvres en effet circulent dans tous les ateliers, dans tous les villages. Nous le louerons surtout pour avoir donné au roman une direction opposée à celle que suit
le plus souvent ce genre d’ouvrage, pour s’être efforcé d’y inspirer à chacun la disposition à être satisfait de la condition que la providence lui a assignée, disposition si nécessaire surtout à ceux que la fortune n’a pas favorisés. Oue de grâces devraient être rendues à ceux qui apprendraient aux hommes à savoir être contens !
Plusieurs circonstances se réunissent pour favoriser dans cette contrée de l’Europe, un aussi heureux succès : le degré de culture que les enlans ont acquis dans les écoles ; les habitudes sérieuses, sédentaires, le goût de la vie de famille qui dominent dans les mœurs; le caractère de droiture, de simplicité, qui est propre aux écrivains de cette contrée, comme à la généralité des lectures.
La plupart de ces circonstances se retrouvent en Hollande , où le caractère des habitans est aussi éminemment religieux et moral. La littérature populaire, dont la création est due, dans le premier de ces deux pays, au zèle individuel des écrivains, a reçu en Hollande son impulsion, sa direction, de la respectable société de bienfaisance publique. Cette société a proposé ellemême le programme des sujets qu’elle a jugés les plus propres pour composer de bonnes lectures populaires; elle a provoqué l’émulation des auteurs; elle a publié les écrits qui avaient le mieux satisfait à ses intentions; elle a répandu ces ouvrages dans tout le pays. Plus de soixante traités en peu d'années ont été le produit de ses soins. Elle a eu, entre autres mérites, celui de pénétrer avec une rare intelligence dans les vrais besoins du pauvre, et de discerner le genre d’alimens qui convient à son esprit et à son cœur. Ainsi, elle a demandé et obtenu des traités sur l’éducation morale et religieuse des enfans [2], sur les devoirs des ouvriers, sur ceux des domestiques et des gens de service [3], sur les qualités qui constituent l’honnête homme dans la vie civile [4], sur les bonnes qualités et les défauts propres aux classes inférieures de la société [5], sur les meilleurs moyens h employer pour diriger les enfans vers la pratique des vertes sociales [6], sur l’union intime qui existe entre la vertu et le bonheur [7], sur les améliorations morales dont les artisans peuvent devenir susceptibles pour l’amour du prochain [8], sur
[1] Auguste Lafontaine.
[•2] Par Van OEver, et par J. Wigeri.
[0] Par Dirk Poing.
[4] Par .1. Wigeri.
[5] Par Dirk Van Hinloopen.
[6] Par Spoeleter et par Weilard.
[7] Par J.-H. Floh.
[8] Par J. Van Manen.