‹ De la bienfaisance publiqueChapitre 91 sur 450 · LECTURES POPULAIRES DANS DIVERS PAYS · texte numérisé non relu

LECTURES POPULAIRES DANS DIVERS PAYS

les devoirs d’un bon père et d’une bonne mère de famille [1], sur le choix d’un état pour les enfans [2], sur l’influence du travail relativement au bonheur [3]. Les sujets religieux ont surtout excité l’attention de la société hollandaise; elle les a distribués dans une série graduée, en commençant par les démonstrations de l’existence de la divinité [4], les signes de la révélation [5], et en couronnant l’enseignement de toules les vertus, par la recommandation de l’amour divin qui les rassemble, en les consacrant [6].

Voisine de la Hollande , momentanément associée à ses destinées politiques, la Belgique s’est associéeaussi à scs institutions philanthropiques; des sociétés s’y sont formées pour propager les bons livres, et les ont répandus par milliers [7]. Des associations de souscripteurs ont doté également l’Angleterre , l’Écossc, l’Irlande, de bibliothèques populaires fort étendues, embrassant les Sujets les plus variés, et toujours composées dans un excellent esprit ; le choix du sujet a toujours un but d’utilité; la forme en est familière. Attacher le lecteur, l’améliorer, l'instruire, tel est le but constant qu’on s’y propose. L’Irlande, longtemps si retardée sous le rapport du développement moral et industriel, a été dotée parla société formée à Dublin, d’environ 70 ouvrages populaires, dontjusqu’à 1200 mille exemplaires y ont été distribués en une seule année.

Les sociétés bibliques, en donnant à leurs immenses publications un but spécial et déterminé, ont, à leur manière, et avec un zèle infatigable, coopéré aussi à l’amélioration des mœurs populaires. En 1699, s’était formée à Londres la société pour répandre la connaissance du christianisme^] ; dotée de plus de 90 mille livres sterling, chaque année, par les dons et les souscriptions, elle distribue, par millions d’exemplaires, des ouvrages religieux , des bibles, des livres de prières , des traités, à un prix trèsmodique, non-seulement dans la Grande-Bre-

tagne, mais dans toutes ses dépendances; elle les fait traduire en différentes langues ; elle s’elforcc en même temps de mettre obstacle à la publication des écrits funestes à la morale publique. Une société fondée en 1790, en s’attachant aussi à répandre les notions religieuses parmi les pauvres, a plus particulièrement en vue les communions dissidentes [9] ; tandis que celle du bien public , fondée en 1791, se propose le même but pour la communion anglicane [10]. D’autres s’occupent plus spécialement des marins [11] , et d’autres de l’instruction religieuse [12]; il en est qui se proposent essentiellement de faire composer et de propager de petits traités de morale religieuse [13], ou des livres de prières et des homélies [u]. La seule société des traités religieux de Londres a distribué, en 1835, 12,594,241 exemplaires de livres, et pendant le cours de 34 ans, 170 mille publications en 70 langues différentes [15]. On sait que les sociétés bibliques, multipliées en Angleterre, au nombre de 500, se sont également reproduites dans les États-Unis, sur le continent, dans tous les pays où sont professées les diverses communions protestantes; que les unes et les autres forment entre elles une étroite alliance; on sait aussi quel nombre prodigieux de bibles elles ont répandu sur toute la surface du globe; les pays catholiques eux-mêmes leur sont redevables de la propagation du nouveau testament dans des versions acceptées par ce culte. On sait aussi que les sociétés de traités religieux se sont formées dans le nord de l’Europe, en Russie, en Allemagne, en Suisse, à Paris, à l’instar de celles d’Angleterre ; elles se sont étendues même à l’Italie, à la Grèce, à la Crimée ; ces institutions se sont organisées d’abord principalement sous l’influence et dans le sein des communions protestantes; elles se sont produites ensuite parmi des catholiques éclairés , particulièrement dans la capitale de la France [16].

Une société de traités religieux instituée à

[1] Par Martinus Bodisro et Cuver Kerk.

[2] Par J. Van Laer.

[3] Par le même et par Willetus, B. Jalgersma.

[4] Par Petras Schousen.— [5] Par J.Wigeri.

[6] Voir le recueil publié par la Société hollandaise de bien public.

[7] Une société formée à Namur a distribué, en un an seulement, 36,000 exemplaires de ses publications.

[s] Society for promoting Ch ristian knowledge.

[9] The dissenters book society.

[10] The endeavour society.

[tij Port of London society ; Bathel union society.

[12] Society for promoting religions knowledge among the poors, fondée en 1750.

[13] Religious trait society, fondée à Londres, en 1799.

[14] PrayerBook and bomily, fondée à Londres, en

[15] Voy. le rapport des travaux de cette société, pour l’année 1833.

[16] On doit rappeler cependant que la société, formée

SECONDE PARTIE. LIVRE III. CllAP. IV.

New-York, en 18215, y a bientôt été secondée par des sociétés affiliées dans les principaux états de l’Union ; elle en comptait jusqu’à 1108, en 1834 [ij ; le nombre des publications qu’elle avait fait naître, s’élevait à 730 [2], dont 4(5 avaient vu le jour pendant l’année précédente. Elle étend ses relations dans toutes les parties du monde, et fait traduire ses publications dans tous les idiomes. Le nombre total des exemplaires auxquels elle a donné l’existence depuis sa formation, s’élève à près de 54 millions [3]. Une branche spéciale d’association auxiliaire et locale de New-York, se compose de femmes , et joint à cette opération diverses autres bonnes œuvres [4] .

Du sein des États-Unis est sortie, il y a 00 ans, une philosophie populaire et pratique, qui bientôt s’est propagée dans les deux mondes. Cette philosophie repose sur le bon sens, recommande les bonnes mœurs, le travail, l’ordre, l’économie, la bienveillance; elle enseigne la sagesse et surtout la prudence ; elle ne fait aucun appel à l’imagination; elle n’exalte point ses disciples, elle fonde la vertu sur la raison; elle lui donne pour appui l’intérêt bien entendu : Franklin en a été l’apôtre. Il l’a personnifiée dans le bon homme Richard ; il lui a prêté un langage conforme à son esprit; langage plein de clarté, de sincérité, de simplicité, de calme. II a donné de bons conseils pour faire fortune ; des conseils plus sûrs encore pour éviter la misère; il y a joint ses mémoires, non moins instructifs que ses avis, appuyant ainsi ses leçons de l’expérience de sa propre vie. Franklin est devenu l’ami du pauvre, pour être son guide. lia enseigné par son exemple l’art difficile de s’entretenir avec le pauvre.

La France a commencé beaucoup plus tard à comprendre l’importance d’une bonne littérature populaire, et à jouir de ses productions. Cependant, depuis quelques aimées, une louable émulation s’est manifestée pour réparer ce long oubli. L’excellent duc de Liancourt, se déguisant sous le voile de l’anonyme, dans sa bonne action,

à Paris, par une réunion de protestans zélés pour le bien, s’efforça de donner aux petits traités religieux qu’elle publia, un caractère et une couleur qui pût convenir à toutes les communions chrétiennes.

[1] Voy. le neuvième rapport annuel de \a. Société américaine de s traités , formée à New-York, présenté en mai 1854, imprimé dans la même ville, page 24.

[2] Ibid., page 14.

[3] 55,669,918, ibid. Voy. le tableau détaillé dans le rapport précité.

donna le premier élan, en proposant, au commencement de 1817, un prix pour le meilleur ouvrage destiné à servir de lecture à la classe du peuple; cet appel fut entendu par des écrivains dignes d’y répondre; il fit naître Simon de Nantua, par M. Laurent de Jussieu, vrai modèle du genre; et les É lé mens de morale, par M. Charles Renouard , ouvrage aussi fidèle à son but qu’à son titre. La société pour l’instruction élémentaire, chargée de prononcer sur le concours, éprouva ensuite le besoin de s’associer aux motifs du généreux philanthrope, et continuant son ouvrage, publia un système entier de programmes, pour provoquer de bonnes lectures populaires. Ses encouragemens, offerts depuis 1824, ont été jusqu’à ce jour renouvelés d’année en année. Elle a couronné jusqu’à ce moment, 22 ouvrages. Elle a su tracer un cadre qui embrasse tous les sujets d’un véritable intérêt, pour la classe laborieuse; elle a déterminé les conditions que ce genre d’écrits doit remplir pour atteindre son but. Bientôt on a vu des hommes de lettres, des savans, des ingénieurs, des magistrats même, se présenter à l’envi pour offrir à cette cause philanthropique le tribut du zèle, du talent, des connaissances.

Lemontey écrivit les Trois visites du père Bruno , vrai modèle du genre; M. Brard sa minéralogie populaire et ses maîtres Pierre ; M. de la Palme publia une bibliothèque entière; M. de Jussieu les petits livres du P. Lamy; madame Swanton Belloc , sa bibliothèque de famille; M. Mahul son Curé de village; un philanthrope anonyme , la Science populaire de Claudius , simples discours sur toutes choses [5] ; on traduisit, on imita quelques-uns des ouvrages de ce genre qui avaient vu le jour 'a l’étranger. L’administration publique elle-même, en 1828, ouvrit un concours solennel, et offrit un prix de 10,000 fr. pour obtenir un bon livre de lecture ; concours qui n’avait pas été sans fruit, mais qui est resté sans jugement [6].

[4] Voy. le septième rapport de la société de New-York, city trait society, et le douzième de celui de : itsfemale branch. New- York, 1854.

[5] La science populaire de Claudius, forme une collection économique de traités, chacun en 1 vol. in-24, sur l’histoire, la philosophie, les voyages, les sciences, etc.

[6] Un certain nombre d’ouvrages avait été adressé au ministre de l’instruction publique. Mais, en 1850, la commission a été dissoute et le prix n"a pas été décerné.

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